Tahiti, le 21 septembre 2026 – Élu en 2020 avec Lana Tetuanui sous les couleurs du Tapura, Teva Rohfritsch brigue cette fois un second mandat sans étiquette et sans le réseau du parti qui l’avait porté il y a six ans. Le sénateur sortant mise sur son bilan et promet de “libérer les communes”, mot d’ordre de sa campagne. Après avoir consulté les tāvana avant de se lancer, il défend désormais une candidature qu’il veut au-delà des clivages politiques.
En 2020, vous aviez été élu sous les couleurs du Tapura. Cette fois, vous vous présentez sans étiquette. Votre bilan de sénateur peut-il compenser la perte de l’appui du parti et de son réseau de grands électeurs ?
“Cette réponse appartient aux grands électeurs. Moi, j’ai effectivement un bilan. J’ai beaucoup travaillé avec Lana Tetuanui et c’est un bilan que nous portons ensemble. J’ai aussi beaucoup appris, parce que le Sénat et le Parlement à Paris, c’est un autre monde. Après avoir bien réfléchi, je souhaite mettre à disposition de nos communes et de nos grands électeurs cette expérience acquise à Paris, mais aussi celle que j’ai pu avoir auparavant au gouvernement, pour continuer à servir nos communes et notre Fenua.”
Vous avez fait de “libérer les communes” le mot d’ordre de votre campagne. De quoi faut-il concrètement les libérer aujourd’hui ?
“Elles sont entravées dans leur action, notamment par le poids de l’histoire. L’autonomie s’est construite autour du Pays, dans une relation avec l’État, et les communes sont aujourd’hui les parents pauvres de cette construction. Je pense que l’autonomie doit passer à une nouvelle étape en accordant davantage de confiance et de moyens à nos maires et à nos communes.
Nous avons fait un premier pas avec Lana Tetuanui à travers la réforme de l’article 43-2 du statut, mais il faut aller plus loin. Si je suis élu, je propose d’améliorer encore cette rédaction et de développer une capacité d’initiative générale des communes, avec les moyens qui vont avec. Sinon, on transfère les problèmes, mais pas les solutions. On l’a déjà connu avec le CGCT. Nous avons obtenu en juin une première ordonnance d’adaptation, qui répondait à une grosse demande de nos tāvana il y a six ans. Nous n’avons pas obtenu tout ce que nous demandions, mais c’est un pas supplémentaire et je souhaite poursuivre ce travail.”
Vous aviez conditionné votre candidature à ce que vous diraient les tāvana. Qu’est-ce qu’ils vous ont dit pour vous convaincre d’y retourner ?
“D’abord, ils m’ont dit : ‘Merci pour tout ce que tu as fait. Merci pour ton bilan et d’avoir travaillé comme tu t’y étais engagé.’ Le second message a été : ‘Compte tenu de tout ce que tu as fait et de ton expérience, tu ne peux pas être absent de ce scrutin.’ Ils souhaitaient entendre ma candidature et mes propositions.
C’est ce que je porte aujourd’hui devant les conseils municipaux : libérer les communes, passer à une nouvelle étape de notre autonomie, mais aussi préserver notre Fenua et notre océan. Il faut préparer nos populations au changement climatique, mais surtout obtenir les moyens d’y faire face. La France est un acteur majeur sur ces questions au niveau international. Elle ne doit pas oublier ses propres îles du Pacifique, confrontées aux mêmes réalités que les pays qui nous entourent.”
En 2020, la discipline du Tapura avait largement profité à votre binôme avec Lana Tetuanui, élu dès le premier tour. Cette fois, elle devrait profiter au tandem Tetuanui-Fritch. Votre premier objectif est-il de bousculer cette logique pour provoquer un second tour ?
“Ce que j’ai appris au contact des maires, c’est que les communes sont elles-mêmes la représentation de toutes les sensibilités politiques de leur territoire. Un conseil municipal n’appartient pas à un seul parti. C’est au contraire cette diversité qui permet à un maire d’agir pour tous ses habitants.
Je pense que les sénateurs doivent eux aussi porter cette représentativité plurielle. Pendant six ans, je n’ai jamais fait de différence entre les maires, les élus, le président du Pays, l’assemblée ou les groupes qui me sollicitaient en fonction de leur couleur politique. La seule couleur politique qu’on doit avoir à Paris, c’est celle de notre Fenua.”
Six ans au Sénat ont-ils changé votre regard sur la manière dont la Polynésie peut peser à Paris ?
“Absolument. Avec Lana Tetuanui, nous avons démontré que même si nous ne sommes que deux sur 348, nous pouvons faire beaucoup de choses à Paris. Mais il faut choisir des sénateurs qui vont y siéger et qui souhaitent s’y investir pour nous, ici. Moi, j’y suis tous les quinze jours. Cela demande des sacrifices personnels, mais c’est le travail.
Il faut créer un lien de confiance avec les institutions pour que, lorsque l’on prend la parole, on soit non seulement entendu, mais aussi écouté. C’est aussi pour cela que j’ai travaillé sur plusieurs rapports portant sur des sujets nationaux. Pouvoir “tenir le crayon”, en tant que Polynésien et Français, permet d’y faire passer notre vision océanienne et pacifique sur des sujets encore trop souvent traités sous un angle européen.”
Si vous êtes réélu, quel engagement prenez-vous aujourd’hui sur lequel on pourra vous demander des comptes dans six ans ?
“Je suis prêt à refaire dans six ans la même interview avec vous pour faire le point sur tous les engagements de ma profession de foi. Je ne dis pas que je vais tout obtenir, mais je vais me battre sur chacun d’eux, comme je l’ai fait depuis six ans.
S’il faut en retenir un, c’est libérer les communes. Cela ne veut pas dire déshabiller le Pays ni mettre les communes contre le Pays ou l’État. Cela veut simplement dire démultiplier notre capacité d’action et répondre aux attentes de nos populations. En 2026, les gens ne veulent pas lire un statut avant d’obtenir des solutions pour leur quotidien. Nous avons des maires présents dans toutes nos îles : nous avons tort de ne pas leur faire davantage confiance.”
Propos recueillis par Stéphanie Delorme
En 2020, vous aviez été élu sous les couleurs du Tapura. Cette fois, vous vous présentez sans étiquette. Votre bilan de sénateur peut-il compenser la perte de l’appui du parti et de son réseau de grands électeurs ?
“Cette réponse appartient aux grands électeurs. Moi, j’ai effectivement un bilan. J’ai beaucoup travaillé avec Lana Tetuanui et c’est un bilan que nous portons ensemble. J’ai aussi beaucoup appris, parce que le Sénat et le Parlement à Paris, c’est un autre monde. Après avoir bien réfléchi, je souhaite mettre à disposition de nos communes et de nos grands électeurs cette expérience acquise à Paris, mais aussi celle que j’ai pu avoir auparavant au gouvernement, pour continuer à servir nos communes et notre Fenua.”
Vous avez fait de “libérer les communes” le mot d’ordre de votre campagne. De quoi faut-il concrètement les libérer aujourd’hui ?
“Elles sont entravées dans leur action, notamment par le poids de l’histoire. L’autonomie s’est construite autour du Pays, dans une relation avec l’État, et les communes sont aujourd’hui les parents pauvres de cette construction. Je pense que l’autonomie doit passer à une nouvelle étape en accordant davantage de confiance et de moyens à nos maires et à nos communes.
Nous avons fait un premier pas avec Lana Tetuanui à travers la réforme de l’article 43-2 du statut, mais il faut aller plus loin. Si je suis élu, je propose d’améliorer encore cette rédaction et de développer une capacité d’initiative générale des communes, avec les moyens qui vont avec. Sinon, on transfère les problèmes, mais pas les solutions. On l’a déjà connu avec le CGCT. Nous avons obtenu en juin une première ordonnance d’adaptation, qui répondait à une grosse demande de nos tāvana il y a six ans. Nous n’avons pas obtenu tout ce que nous demandions, mais c’est un pas supplémentaire et je souhaite poursuivre ce travail.”
Vous aviez conditionné votre candidature à ce que vous diraient les tāvana. Qu’est-ce qu’ils vous ont dit pour vous convaincre d’y retourner ?
“D’abord, ils m’ont dit : ‘Merci pour tout ce que tu as fait. Merci pour ton bilan et d’avoir travaillé comme tu t’y étais engagé.’ Le second message a été : ‘Compte tenu de tout ce que tu as fait et de ton expérience, tu ne peux pas être absent de ce scrutin.’ Ils souhaitaient entendre ma candidature et mes propositions.
C’est ce que je porte aujourd’hui devant les conseils municipaux : libérer les communes, passer à une nouvelle étape de notre autonomie, mais aussi préserver notre Fenua et notre océan. Il faut préparer nos populations au changement climatique, mais surtout obtenir les moyens d’y faire face. La France est un acteur majeur sur ces questions au niveau international. Elle ne doit pas oublier ses propres îles du Pacifique, confrontées aux mêmes réalités que les pays qui nous entourent.”
En 2020, la discipline du Tapura avait largement profité à votre binôme avec Lana Tetuanui, élu dès le premier tour. Cette fois, elle devrait profiter au tandem Tetuanui-Fritch. Votre premier objectif est-il de bousculer cette logique pour provoquer un second tour ?
“Ce que j’ai appris au contact des maires, c’est que les communes sont elles-mêmes la représentation de toutes les sensibilités politiques de leur territoire. Un conseil municipal n’appartient pas à un seul parti. C’est au contraire cette diversité qui permet à un maire d’agir pour tous ses habitants.
Je pense que les sénateurs doivent eux aussi porter cette représentativité plurielle. Pendant six ans, je n’ai jamais fait de différence entre les maires, les élus, le président du Pays, l’assemblée ou les groupes qui me sollicitaient en fonction de leur couleur politique. La seule couleur politique qu’on doit avoir à Paris, c’est celle de notre Fenua.”
Six ans au Sénat ont-ils changé votre regard sur la manière dont la Polynésie peut peser à Paris ?
“Absolument. Avec Lana Tetuanui, nous avons démontré que même si nous ne sommes que deux sur 348, nous pouvons faire beaucoup de choses à Paris. Mais il faut choisir des sénateurs qui vont y siéger et qui souhaitent s’y investir pour nous, ici. Moi, j’y suis tous les quinze jours. Cela demande des sacrifices personnels, mais c’est le travail.
Il faut créer un lien de confiance avec les institutions pour que, lorsque l’on prend la parole, on soit non seulement entendu, mais aussi écouté. C’est aussi pour cela que j’ai travaillé sur plusieurs rapports portant sur des sujets nationaux. Pouvoir “tenir le crayon”, en tant que Polynésien et Français, permet d’y faire passer notre vision océanienne et pacifique sur des sujets encore trop souvent traités sous un angle européen.”
Si vous êtes réélu, quel engagement prenez-vous aujourd’hui sur lequel on pourra vous demander des comptes dans six ans ?
“Je suis prêt à refaire dans six ans la même interview avec vous pour faire le point sur tous les engagements de ma profession de foi. Je ne dis pas que je vais tout obtenir, mais je vais me battre sur chacun d’eux, comme je l’ai fait depuis six ans.
S’il faut en retenir un, c’est libérer les communes. Cela ne veut pas dire déshabiller le Pays ni mettre les communes contre le Pays ou l’État. Cela veut simplement dire démultiplier notre capacité d’action et répondre aux attentes de nos populations. En 2026, les gens ne veulent pas lire un statut avant d’obtenir des solutions pour leur quotidien. Nous avons des maires présents dans toutes nos îles : nous avons tort de ne pas leur faire davantage confiance.”
Propos recueillis par Stéphanie Delorme






























