Le vieux manguier n’a pas résisté aux assauts du temps et de l’urbanisation (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 28 octobre 2026 – L’arbre aux oiseaux de Taravao a été abattu pour des raisons de sécurité, ce mercredi. Des représentants de la DEQ, de la commune de Taiarapu-Est et de la SOP Manu étaient mobilisés sur place, non sans émotion, y compris pour les passants. L’implantation d’une sculpture ou d’un nouvel arbre de petite taille est en réflexion.
Comme annoncé à l’issue de plusieurs réunions de concertation entre la Direction de l’équipement (DEQ), la commune de Taiarapu-Est et la Société d’ornithologie de Polynésie (SOP) Manu menées ces derniers mois, l’arbre aux oiseaux de Taravao a été abattu ce mercredi. En juillet dernier, il avait fait l’objet de travaux d’élagage en veillant à la préservation des nids et des poussins de Noddis noirs ; un îlot de vie sauvage au cœur du centre-ville qui n’aura pas résisté aux assauts du temps et de l’urbanisation.
Comme annoncé à l’issue de plusieurs réunions de concertation entre la Direction de l’équipement (DEQ), la commune de Taiarapu-Est et la Société d’ornithologie de Polynésie (SOP) Manu menées ces derniers mois, l’arbre aux oiseaux de Taravao a été abattu ce mercredi. En juillet dernier, il avait fait l’objet de travaux d’élagage en veillant à la préservation des nids et des poussins de Noddis noirs ; un îlot de vie sauvage au cœur du centre-ville qui n’aura pas résisté aux assauts du temps et de l’urbanisation.
“Il a continué à dépérir”
Les autorités, impliquant également la Direction de l’agriculture (DAG), ont dû se rendre à l’évidence entre les chutes de branches et l’état de détérioration du vieux manguier, confirmé par un diagnostic technique. “On a attendu de voir si l’arbre allait se remettre après l’élagage, mais il a continué à dépérir. Avec le risque cyclonique annoncé, ça risquait de ne pas tenir. En termes de sécurité, avec la commune, on a préféré partir sur un abattage”, rappelle Tetauru Williams, agent de la DEQ spécialisé dans la mise en sécurité arboricole. “Je suis moi-même originaire de Taravao et je connais cet arbre depuis tout petit. À l’époque, il était impressionnant, beau et plein de vigueur. Aujourd’hui, ce n’était malheureusement plus le cas”, poursuit-il, touché par la situation.
Vers 9 heures, la route a donc été barrée par la police municipale entre le Sacré-Cœur et le marché de Taravao. Une dizaine d’agents étaient mobilisés, dont un bûcheron perché sur une nacelle. Avant d’allumer sa tronçonneuse, il s’est assuré de l’absence de nids et de poussins sous le regard de Juliette Beaumont, responsable du centre de soins de la SOP Manu à Toahotu. “C’était le meilleur moment pour intervenir, parce qu’il n’y avait pas de nids actifs, donc pas de gêne à ce niveau-là. Les oiseaux ont déjà commencé à quitter l’arbre”, remarque-t-elle, confiante, tout en regrettant qu’il y ait “de moins en moins d’arbres dans les rues”. D’autant que cette colonie de ‘ōio est unique à Tahiti. “Ce matin, ils étaient encore nombreux perchés sur les fils électriques, donc ils vont trouver où nicher ailleurs. Il y a d’autres grands arbres dans les environs. Ce n’est pas une espèce menacée, mais ça reste un oiseau marin endémique, donc c’est bien d’en prendre soin au maximum”, poursuit la référente, qui va continuer de s’occuper des cinq oisillons rescapés de la précédente opération d’élagage jusqu’à leur envol.
Entre sécurité et souvenirs
Le maire délégué de Taravao, Dominique Andreucci, ainsi que le premier adjoint au maire de Taiarapu-Est, Mario Sie, avaient fait le déplacement. Ce dernier était partagé entre devoir et nostalgie : “C’est une décision pour la sécurité des usagers. C’est triste, mais il fallait faire un choix. Ce manguier a vu passer plusieurs générations. Il m’a vu naître et grandir. Au début, tout le long, il n’y avait que des ‘aito et c’était le boulodrome à côté du magasin Ah-Kan. Il y avait Nicolas, un papy qui vendait des māpē, assis sous le manguier. La route était de l’autre côté. C’est une page qui se tourne !”.
La scène, qui aura duré un peu plus d’une heure, n’a pas manqué d’interpeler le voisinage, dont un restaurateur : “C’est dommage pour les oiseaux, mais pour nous au niveau des odeurs et de l’hygiène, c’était dérangeant. Et quand on garait nos voitures à proximité, en fin de journée, elles étaient pleines de fientes”. Les passants avaient eux aussi les yeux rivés vers le ciel, comme Edwige en sortant d’un rendez-vous médical : “Je n’étais pas au courant. J’ai toujours connu cet arbre. Enfant, j’allais au collège de Taravao en truck depuis Papeari. Ça fait un peu mal au cœur, mais peut-être que le moment était venu ? Ce serait bien de mettre quelque chose à la place, en mémoire”.
Un projet de stèle
Si ce carrefour régulièrement engorgé pourrait un jour prendre la forme d’un rond-point, dans l’immédiat, c’est un autre projet qui est évoqué pour combler le vide suite à l’abattage de cet arbre emblématique du centre-ville de Taravao. Plusieurs pistes se dessinent en veillant à ne pas perdre à nouveau en visibilité pour les automobilistes. “C’est en réflexion avec la commune. Un projet de sculpture, de stèle ou de unu pourrait être envisagé, mais ça pourrait aussi être la replantation d’un autre arbre, pas trop grand par rapport à l’environnement entre les réseaux électrique et d’eau, mais aussi au niveau de l’emplacement de terre disponible pour l’accueillir”, suggère Tetauru Williams, du côté de la DEQ. “Avec l’Équipement, il y a un projet commun d’embellissement”, confirme le premier adjoint, Mario Sie. Une partie du bois devrait ainsi être remise à l’atelier de menuiserie de la Maison familiale rurale (MFR) de Vairao, afin de “ne pas tomber dans le domaine de l’oubli”.



































