Tahiti Infos
Tahiti Infos
TAHITI INFOS, les informations de Tahiti

Facebook
Twitter
Rss
Abonnez-vous à la newsletter
 





“Vous êtes le bras armé de la prévention”


Tahiti le 24 septembre 2026 – Ils seront bientôt dans vos quartiers, au plus près de vous. Les 27 Arata’i Ora ont pour mission de faire de la prévention, écouter, informer ou encore vous guider vers des professionnels.  
 
Le Pays a désormais 27 Arata’i Ora, ces “guides tout près de notre population” vont intervenir directement dans les communes pour aider, conseiller ou accompagner les habitants dans leurs démarches de santé ou leur parcours de soin. Ils ont reçu ce jeudi une attestation après avoir suivi une formation de trois semaines.
 
De retour de Hao, la ministre de la santé Raihei Ansquer leur a indiqué que les tāvana attendent leur retour avec “beaucoup d’impatience (…) parce que là, ils ont envie de vous donner plein de missions. L'important c'est de dire que vous êtes le bras armé de la prévention pour notre population”.
 
La ministre a rappelé que l’objectif c’est d’aller vers les habitants “aujourd'hui la population ne vient pas à la santé, c'est à la santé d'aller à elle, c'est à la prévention d'aller à elle peut-être parce qu’on a honte ou on n’a pas confiance”.
 
À la différence des guides sanitaires lors du Covid, les Arata’i Ora ont, comme l’a souligné taote Laurence Bonnac-Théron, directrice du Fare Tama Hau, “des tâches beaucoup plus larges. Ces volontaires vont aller sur le terrain pour accompagner la population” dans plusieurs domaines, de l’aide aux démarches pour une inscription à la CPS, jusqu’à aller chercher leurs ordonnances ou même sortir les personnes comme les matuatua de leur “isolement”.
 
“Ce qu'on leur demande, c'est de justifier leurs heures, bien sûr, puisqu'ils vont être en autonomie sur le terrain. Le reste, c'est tout ce qu'ils ont appris sur le secret, sur la confidentialité. Quand les gens se confient, on ne va pas raconter ça au quartier, ni au chef car c'est des choses qui ne se partagent pas”, rappelle Laurence Bonnac-Théron.

“On a besoin de bras armés qui aillent au contact de la population”

Taote Teanini Tematahotoa, directrice de l’Institut du cancer de Polynésie française (ICPF), assure que ces jeunes sont une aubaine pour la santé. “Ils vont faire ce qu’on peine à faire, c'est-à-dire aller vers les gens, car on n'a pas toujours les effectifs suffisants, ni le temps. On a besoin de bras armés qui aillent au contact de la population.”
 
Faisant partie eux-mêmes de la population, ils savent donc, selon taote Teanini Tematahotoa, pourquoi telle ou telle personne ne fait pas ses examens ou est perdue dans son parcours de soins. Et ces jeunes pourront leur apporter les réponses adéquates ou les guider vers des professionnels.
 
“C'est vraiment une chance pour les professionnels de santé car on va pouvoir s'appuyer sur eux. J’espère avoir une remontée du terrain, c'est-à-dire qu'ils vont nous aider à orienter nos campagnes, nos communications, ou même certaines politiques publiques, parce qu'ils sauront ce que disent les gens aux plus proches de leur vie.”

“Être présent, écouter, informer et surtout orienter”

Anne-Lise Caussé, responsable de formation supérieure à Ocellia, indique que la formation, “s’est très bien passée” et que les 27 jeunes étaient “extrêmement engagés”. Plusieurs thèmes ont été abordés tels que des notions pour la santé, comment mener les entretiens, le respect sur le secret, sur la confidentialité, ou encore sur l'animation.
 
Elle explique que les Arata’i Ora sont des “animateurs en prévention et promotion de la santé de proximité qui facilitent l'écoute, l'information, la mise en lien et l'orientation des personnes vers les ressources adaptées en contribuant au développement de la santé individuelle et collective”.
 
Son devoir était qu’à la fin de leur formation ces jeunes soient “efficients” sur le terrain. Ils ont d’ailleurs eu des tests et, selon Anne-Lise Caussé, “les connaissances étaient acquises”. Elle ajoute qu’elle les reverra à raison de quatre heures mensuellement “pour qu'ils puissent faire leur retour de terrain et qu'on puisse reprendre, avec des compétences très spécifiques, leurs problématiques”. Ces jeunes seront désormais pris en charge par les agents du Fare Tama Hau.
 
Pour René Ndoumbe, l’un des 27 guides de santé, originaire de Hao, “devenir Arata’i Ora ce n'est pas devenir un professionnel de santé mais c'est devenir un guide, un repère, une personne de confiance auprès de notre population”. Il ajoute que dans les îles éloignées “notre rôle prend tout son sens. Être présent, écouter, informer et surtout orienter chaque instant vers le professionnel adapté à ses besoins (…). Cette proximité sera notre force pour créer un lien entre la population et le professionnel de santé”.

Mahinatea Vaitahe de Mahina “C'est sûr qu'on aura du pain sur la planche”

“Avant je travaillais avec les matahiapo et après je n’avais plus de travail. Et la mairie m'a proposé de m'inscrire à cette formation. Je ne regrette pas. C'est sûr qu'on aura du pain sur la planche. Aujourd’hui nous sommes stagiaires reconnus par les communes et le Pays et c’est une bonne chose car cela va permettre à tous les habitants de Mahina de nous identifier et de nous intégrer plus facilement dans leurs quartiers. On a suivi une formation pendant trois semaines pour être guide sanitaire. On va apporter notre aide aux habitants des quartiers, on va faire de la prévention, de la sensibilisation car peut-être ils ont du mal faire leurs papiers ou tout simplement ils ont besoin d’une écoute (…).

Ce que je crains le plus c'est plutôt pour nos jeunes qui sont touchés par l'ice. On va bien sûr aller vers eux et voir comment on peut les aider à s’en sortir. Je sais que cela ne sera pas facile (…). On pourra peut-être mettre en place des activités pour éviter justement que d’autres jeunes ne tombent dans ce fléau et on va travailler avec les associations.”

Teragihei Moo de Faa’a “Ce sera ma contribution dans l'évolution de ma commune”

“Ce qui m'a plu avec Arata’i Ora, c'est le fait de venir en aide aux personnes car il y en a qui ne savent pas quelles démarches faire pour leur santé. Notre rôle c'est de les accompagner, les orienter vers les professionnels. Lors de notre formation j’ai retenu les premiers secours de santé mentale (PSSM) car on peut reconnaitre les cas de troubles. C'est important de savoir comment réagir face à ces situations. On a même eu des mises en situation et cela nous a bien aidé (…).
 
Notre travail, c’est d'abord d'écouter sans porter de jugement, de les orienter vers des professionnels et de les suivre aussi (…). C'est vrai que ce ne sera pas évident parce qu’on va leur demander des informations personnelles. Je précise que tout cela restera confidentiel. 
 
Je ne regrette pas d’avoir fait cette formation, ça m’a permis de voir les choses autrement et surtout de réagir face à des situations critiques, ça nous a aussi responsabilisé.
 
Dommage qu’il n’y ait pas plus d'heures de formation car dans les quartiers il y a des situations qui demandent un peu plus de connaissances, comment réagir, comment faire bien les choses (…). Je suis content d’avoir eu mon diplôme car ça me donne un statut parce j'étais un simple habitant qui avait envie d'aider les personnes. Aujourd'hui, j'ai un statut qui me permet d'aider réellement les personnes. Ce sera ma contribution dans l'évolution de ma commune.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Jeudi 24 Septembre 2026 à 19:28 | Lu 330 fois