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Tentative de reprise en main sur la concession aéroportuaire


Tahiti, le 27 mai 2026 - Après les déboires du GIE Motu Tahiri, exclu de la course pour le renouvellement de la concession de gestion de l’aéroport de Tahiti-Faa’a, une proposition de résolution émanant du groupe Tavini à l’assemblée suggère à la représentantion polynésienne de se prononcer en faveur d’un rôle clé dans le choix de la future société concessionnaire.
 
Une proposition de résolution, à l’initiative des représentants Tavini Huiraatira Mitema Tapati, Vincent Maono et Cliff Loussan, suggère aux représentants de l’assemblée de se prononcer en faveur d’une demande à l’État de “prendre pleinement en considération la position des institutions polynésiennes” dans le choix de la future société concessionnaire de l’aéroport international de Tahiti-Faa’a et dans sa gestion.
 
Le texte est déposé au secrétariat de Tarahoi depuis la semaine dernière et n’est toujours pas programmé pour un examen en commission. Mais, alors que la procédure d’attribution de la concession aéroportuaire est toujours en cours à Paris, il marque un nouveau pas dans les tentatives de reprise d’initiative sur cette “infrastructure stratégique de premier rang” pour la collectivité.
 
“Influence réelle et effective”
 
La proposition de résolution entend donc soumettre à la représentation polynésienne la demande à l'État d’une “prise en considération” “pleinement” de la position des institutions polynésiennes dans la procédure d'attribution de la concession, “compte tenu du caractère stratégique de cette infrastructure et de l'implication directe du Pays dans la future société concessionnaire”.
 
En effet, les représentants indépendantistes défendent que tout schéma de concession impliquant la Polynésie française “est subordonné à la présentation d'un modèle économique soutenable, transparent et favorable aux intérêts du Pays, garantissant notamment : le réinvestissement prioritaire des résultats de l'exploitation dans la modernisation et le développement des infrastructures aéroportuaires ; la transparence sur le niveau d'endettement, les garanties demandées à la collectivité, les engagements financiers et les perspectives de retour économique ; une gouvernance assurant à la Polynésie française une influence réelle et effective”.
 
La proposition de résolution plaide ainsi en faveur d’une association effective de la Polynésie française à toute décision structurante “relative à la gouvernance, aux investissements, aux engagements sociaux et à la stratégie d'exploitation” : la participation du Pays à hauteur de 49 % dans la future société concessionnaire “ne saurait être purement formelle”.
 
Le texte propose en outre de gonfler le nombre de représentants au conseil d’administration de la future société gestionnaire “d'au moins deux représentants titulaires et deux représentants suppléants” disposant d’une voix délibérative. Il demande aussi un accès trimestriel aux comptes de celle-ci. “L'assemblée de la Polynésie française est fondée à exprimer sa position sur une opération engageant durablement l'avenir du Pays […] ; tout engagement financier du Pays doit faire l'objet d'une étude d'impact budgétaire et d'une autorisation préalable de l'assemblée”, soutient la proposition de résolution.
 
Tentatives avortées
 
Pour l’heure, l’aéroport de Tahiti-Faa’a est géré dans le cadre d’une convention de concession aux risques et périls du concessionnaire. Cette concession est en cours de réattribution par l’État dont c’est statutairement la compétence. Elle doit être conclue pour une durée de 40 ans avec une prise d’effet en 2027. En attendant, l’aéroport international est géré depuis 2010 par la société Aéroport de Tahiti (ADT), une filiale du groupe Égis.
 
Deux candidats sont en lice pour la nouvelle concession aéroportuaire : Vinci Airports et Égis. En décembre 2024, le GIE Motu Tahiri, en cours de constitution, s’était déclaré dans la course après le dépôt de sa candidature à la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) à Paris. Autour de la commune de Faa’a, ce groupement rassemblait les communes de Paea, Teva i Uta et Hitia’a o te Ra ainsi que des “partenaires privés ou institutionnels”. Mais le haut-commissaire avait refusé d’approuver la convention constitutive de ce GIE en mars 2025, rendant sans effet cette candidature, à quelques jours de l’échéance de l’appel à manifestation, estimant que les communes n’ont en effet, statutairement, pas compétence en matière de développement économique. Une analyse que confirmera le tribunal administratif de Papeete en mars 2026, douchant les ambition du GIE, à l’appui d’une jurisprudence du Conseil d’État. Parallèlement, mais trop tard, une proposition de loi signée d’Antony Géros sur la compétence économique des communes avait été soumise à l’assemblée mi-mars 2025.
 
Reste que la procédure d’attribution de la concession aéroportuaire pour les 40 prochaines années n’est toujours pas arrivée à terme à Paris. Et qu’un espoir reste possible du côté de l’assemblée. Mais il est mince. Difficile, dans le contexte politique actuel, d’imaginer un texte voté à l’unanimité par la représentation polynésienne, qui serait pourtant gage d’une réelle portée à Paris. L’entrée en vigueur de la nouvelle concession, si son attribution n’est pas à nouveau contestée, est en attendant fixée au 1er janvier 2027.

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Mercredi 27 Mai 2026 à 16:52 | Lu 275 fois