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Taxe sur le sucre : santé publique ou jackpot fiscal ?


Tahiti, le 22 mai 2026 - Présentée comme une “taxe comportementale” destinée à pousser les Polynésiens à consommer moins de sucre, la hausse de la TVA de 5 à 16 % sur certains produits sucrés semble avoir commencé à produire des effets. Selon les chiffres dévoilés par le ministre de l’Économie Warren Dexter, les importations de boissons sucrées ont chuté de 13,5 % en un an. La réforme a dans le même temps généré plus de 2 milliards de francs supplémentaires. De quoi relancer la question : véritable outil de santé publique ou simple jackpot fiscal ?
 

Un an et demi après l’entrée en vigueur de la TVA majorée à 16 % sur certains produits sucrés, le gouvernement livre un premier bilan de cette réforme fiscale aussi controversée qu’ambitieuse. Dans une question écrite adressée au ministre de l’Économie et des Finances Warren Dexter, les représentants Tapura Cathy Puchon et Simplicio Lissant demandaient au gouvernement si cette hausse de taxe avait réellement modifié les comportements alimentaires… ou si elle n’avait finalement servi qu’à remplir les caisses du Pays.
 
Car lors de son adoption dans le budget 2025, l’exécutif avait clairement défendu une logique de “fiscalité comportementale”. L’objectif affiché : renchérir le coût des produits les plus sucrés pour inciter les Polynésiens à réduire leur consommation, dans un territoire particulièrement touché par l’obésité et le diabète. La mesure concernait notamment les boissons sucrées, les sirops, les bonbons, chocolats, céréales sucrées, biscuits, glaces ou encore les confitures déjà soumis à la taxe de consommation pour la prévention (TCP).
 
Plus de 2,1 milliards de recettes supplémentaires
 
Sur le plan budgétaire, le rendement est bien au rendez-vous. Selon Warren Dexter, la hausse de TVA a généré en 2025 près de 2,17 milliards de francs supplémentaires, soit environ 90 % des recettes attendues par le gouvernement. Dans le détail, le surplus atteint 722 millions de francs à l’importation et 1,447 milliard en régime intérieur. Mais contrairement à la TCP, cette nouvelle manne fiscale n’est pas directement affectée aux politiques de prévention sanitaire. “Le produit de la TVA à 16 % participe au budget général”, précise le ministre, rappelant qu’il ne finance pas spécifiquement les actions de santé publique. Un point loin d’être anodin, alors que le gouvernement justifiait précisément cette réforme au nom de la lutte contre les maladies liées à la malbouffe.
 
Côté consommation, les premiers chiffres montrent néanmoins une baisse assez nette des volumes importés sur plusieurs catégories de produits sucrés entre 2024 et 2025. Les boissons sucrées et jus avec sucre ajouté soumis à la TCP sont ainsi passés de 3,6 millions à 3,1 millions de litres importés, soit une baisse de 13,5 %. Les autres produits alimentaires sucrés soumis à la TCP ont, eux, chuté de 10,6 %, tandis que les importations de sucre brut reculent de 2,7 %. Même tendance du côté de la production locale : les volumes de boissons sucrées fabriquées localement ont diminué de 6,4 % en un an.
 
Une corrélation… mais pas encore de preuve
 
Pour autant, le gouvernement reste prudent sur l’interprétation de ces chiffres. “En l’état, on ne peut affirmer un rapport de cause à effet entre l’application de la TVA à 16 % et les baisses de quantités observées”, nuance Warren Dexter. Le ministre relève toutefois plusieurs éléments allant dans le sens d’un changement des comportements : les baisses sont observées alors même que les importations alimentaires globales ont augmenté de 3,8 % sur la même période et que l’inflation atteignait encore +0,7 % en 2025.
 
Surtout, le gouvernement reconnaît lui-même que l’effet de cette hausse de taxe reste “mesuré”. Warren Dexter rappelle ainsi que les produits concernés étaient déjà soumis à la TCP avant le passage de la TVA de 5 à 16 %. “Cette TVA est passée de 5 à 16 % mais avec une fiscalisation déjà acquise à la TCP”, écrit-il, admettant implicitement que le choc des prix reste limité. Le ministre cite d’ailleurs des études de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) selon lesquelles il faudrait des hausses de prix d’au moins 20 % pour provoquer un véritable changement de comportement des consommateurs.
 
Le gouvernement envisage désormais d’aller plus loin. Warren Dexter confirme que l’extension du dispositif aux produits “gras et salés” reste envisagée, même si le chantier a été repoussé dans l’attente du futur plan de prévention sanitaire du ministère de la Santé qui vient tout juste d’être présenté en commission Santé de l’assemblée.

Vers une offensive plus large contre la “malbouffe” ?

Si le gouvernement envisage toujours d’étendre la taxation aux produits “gras et salés”, aucun calendrier n’est pour l’instant arrêté. Dans sa réponse aux élus Tapura Cathy Puchon et Simplicio Lissant, le ministre de l’Économie Warren Dexter confirme simplement que le chantier a été “différé” dans l’attente du futur plan de prévention du ministère de la Santé.
 
En attendant, des initiatives commencent à émerger à Tarahoi autour de l’alimentation ultra-transformée. Une proposition de loi du Pays portée justement par Cathy Puchon et Simplicio Lissant doit ainsi être examinée en séance plénière jeudi prochain. Le texte vise à mieux informer les consommateurs sur le niveau de transformation des aliments vendus en Polynésie française.
 
Inspirée de la classification internationale NOVA reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la proposition cible notamment les sodas, snacks industriels, plats préparés, sauces transformées ou produits très sucrés. Elle prévoit aussi des messages sanitaires obligatoires dans certaines publicités alimentaires ainsi que des campagnes annuelles de prévention dans les écoles. Dans les travaux en commission, il a justement été confirmé qu’un projet de loi du Pays sur les produits “gras, salés et sucrés” était “en cours d’élaboration” afin de définir “un cadre plus élargi à la lutte contre la mauvaise alimentation”.
 

 Les chiffres-clés de la “taxe sucre”
  • +2,17 milliards de francs de recettes fiscales supplémentaires en 2025
  • -13,5 % d’importations de boissons sucrées
  • -10,6 % sur les autres produits alimentaires sucrés
  • -6,4 % de production locale de boissons sucrées
  • 0 franc directement fléché vers la prévention sanitaire : la TVA majorée alimente le budget général
  • Extension possible aux produits gras et salés encore à l’étude

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 25 Mai 2026 à 17:11 | Lu 394 fois