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“Sabotage” : Brotherson renvoie les élus à leurs responsabilités


Tahiti, le 6 juillet 2026 - Entre piques, accusations de “trahison”, “théâtralité” et “cinéma”, les échanges ont été vifs à Tarahoi entre Hinamoeura Morgant-Cross et le président du Pays, Moetai Brotherson, avant qu'Antony Géros n'appelle chacun à éviter les attaques personnelles. Interpellé sur ses accusations de “sabotage économique” après le rejet des crédits de paiement par l'assemblée, le président a défendu ses propos, affirmant que ce vote mettait en péril le financement de 967 chantiers, touchait 430 entreprises et laissait plus de 20 milliards de francs de crédits en suspens. Sans toutefois répondre à la question centrale : reviendra-t-il rapidement devant l'assemblée avec un nouveau collectif budgétaire ?

 
Avant même de lire sa question, la représentante non inscrite Hinamoeura Morgant-Cross a quitté son texte pour s'adresser directement au président. “Vous avez préféré cocktails et petits fours avec le haut-commissaire et la représentante de la France plutôt que d'être devant nous. Pour un indépendantiste, préférer passer du temps avec l'État plutôt que défendre le budget du Pays, c'est un peu gonflé”, a-t-elle lancé, avant de dénoncer une “politique de la peur”, un “mépris régulier” envers les élus et de qualifier la recomposition politique de “véritable trahison”. Le ton était donné. “Je vais d'abord applaudir votre théâtralité exceptionnelle”, lui a rétorqué Moetai Brotherson, saluant ironiquement sa “commedia dell'arte” avant d'entamer une longue réponse.
 
Sur le fond, le président a assuré n'avoir “jamais contesté le droit de l'assemblée à débattre, amender ou rejeter un texte”. Mais il a maintenu que les représentants devaient également “assumer les conséquences de leur vote”. Selon lui, le terme de “sabotage” ne visait pas l'institution elle-même mais “une stratégie politique” consistant à bloquer les crédits avant de demander ensuite au gouvernement d'en réparer les effets. “Le respect, ça fonctionne dans les deux sens. (...) Les représentants doivent également expliquer leurs votes et assumer leurs conséquences”, a-t-il lancé.  
 
Les chiffres du président
 
Pour étayer son argumentation, Moetai Brotherson a multiplié les chiffres : “967 chantiers sont concernés, 430 entreprises sont positionnées sur ces opérations et plus de 20 milliards de francs de crédits manquent aujourd'hui”, a égrené le président, énumérant ensuite plusieurs projets désormais bloqués, de l'aéroport d'Aratika à l'extension de l'aérogare de Tikehau. “Pour la préparation des Jeux du Pacifique, chaque retard peut avoir des conséquences”, a-t-il ensuite insisté, rejetant les accusations de dramatisation. “Dire cela, ce n'est pas faire peur à la population, c'est lui dire la vérité.” Avant d'ajouter : “On n'est pas ici pour faire du cinéma. Notre responsabilité, c'est d'informer les Polynésiens, même lorsque la réalité est inconfortable.”
 
Reste toutefois une question qui sera restée sans réponse. Hinamoeura Morgant-Cross lui demandait s'il acceptait de revenir rapidement devant l'assemblée avec un collectif budgétaire “revu, clarifié et sincère”. Tout au long de son intervention, Moetai Brotherson a défendu la gravité des conséquences du vote des représentants, sans préciser s'il présenterait ou non un nouveau texte à Tarahoi. Depuis son perchoir, Antony Géros a repris son rôle d'arbitre des débats, appelant les deux élus à poursuivre leurs échanges “sans attaques personnelles” et rappelant que les désaccords politiques ne devaient pas faire oublier le respect dû aux personnes. Hinamoeura Morgant-Cross a alors présenté ses excuses à ses collègues et au président de l'assemblée, avant d'adresser, plus timidement, quelques mots au chef de l'exécutif : “C'est un peu facile de demander le respect quand on n'en a pas toujours fait preuve”.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 6 Juillet 2026 à 14:02 | Lu 621 fois