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Punaauia : résidence Iriatai, la bataille judiciaire s’essouffle, la conformité en ligne de mire


Pendant plusieurs années, le projet immobilier nommé résidence Iriatai a suscité une vive opposition de quelques familles de quartier. ©DR
Pendant plusieurs années, le projet immobilier nommé résidence Iriatai a suscité une vive opposition de quelques familles de quartier. ©DR
 
Tahiti, le 19 janvier 2025 – Sur les hauteurs de Taapuna, à Punaauia, la résidence Iriatai est aujourd’hui achevée. L’immeuble de 15 logements, dont plusieurs appartements de standing, domine désormais le quartier. Après près de huit années de procédures et de recours, la contestation portée par un collectif de riverains semble arriver à son terme, tandis que le promoteur affirme que la conformité du bâtiment a été validée par les services de l’urbanisme.
 
À l’origine du conflit, une divergence d’interprétation sur la destination de la parcelle. Selon les actes notariés du lotissement Taapuna, signés en 2015-2016, le terrain devait accueillir une maison individuelle. Pourtant, en 2017-2018, un permis de construire est accordé pour un immeuble résidentiel, sous l’ancien Plan général d’aménagement (PGA) de Punaauia. Le permis précise toutefois que le bâtiment ne doit pas créer de “masque gênant pour les propriétés situées en amont”.
 
Une bataille judiciaire
 
Dès le lancement du projet, plusieurs familles voisines s’inquiètent de son impact. Un collectif de six riverains se constitue et engage une série de recours devant les juridictions administratives et civiles. “Nous avons acheté une maison avec une vue dégagée sur Moorea. Aujourd’hui, nous faisons face à un immeuble”, explique Marjorie, l’une des habitantes concernées. Pour son voisin, la perte de l'intimité est tout aussi marquée : son jardin se retrouve désormais exposé au regard direct des futurs occupants. La proximité entre sa maison et la résidence est clairement gênante.
 
Les opposants dénoncent un changement de nature du projet et craignent un précédent en matière d’urbanisme. “Si une parcelle prévue pour une maison peut accueillir une résidence de 15 appartements, cela pose question pour l’avenir du quartier”, estime Pascal, membre du collectif.
 
Sur le plan judiciaire, toutefois, les promoteurs de la SARL Les Hauts de Taapuna revendiquent une position solide. Contacté, l'un deux, souhaitant garder l'anonymat, affirme avoir remporté “14 procédures sur 15” et assure avoir agi “dans le strict respect des règles et des décisions de justice”. Selon lui, les recours engagés par les riverains et par l'association syndicale des propriétaires du Lotissement Taapuna ont majoritairement été rejetés, notamment pour des raisons de fond et de conformité au droit en vigueur au moment de l’instruction du permis.
 
En décembre 2022, le juge des référés refuse ainsi de suspendre les travaux, estimant que la gêne invoquée n’est pas encore caractérisée. Entre 2023 et 2024, plusieurs procédures administratives sont rejetées pour des motifs procéduraux. Le chantier se poursuit alors jusqu’à son achèvement, fin 2025.
 
Le sentiment de lassitude
 
Un nouvel élément intervient toutefois en 2024, lorsqu’un géomètre mandaté par la justice relève des incohérences dans les documents ayant servi à l’instruction du permis de construire, évoquant des éléments “trompeurs” et un dépassement potentiel des hauteurs autorisées. Sur cette base, une procédure en démolition est engagée. Transmise au juge du fond, elle est toujours en cours.
 
Malgré cette action pendante, le promoteur indique que la conformité du bâtiment aurait été validée par les services d'urbanisme compétents et que le document officiel est attendu dans les prochains jours. Il précise également que la résidence est quasiment entièrement commercialisée, un seul appartement restant à vendre.
 
Du côté des riverains, la lassitude est palpable. “On arrive au bout des procédures”, reconnaît Marjorie. Une dernière option juridique resterait envisageable : contester la conformité elle-même, si celle-ci est officiellement délivrée. Une hypothèse évoquée avec prudence, tant l’enchaînement des démarches a été éprouvant pour les plaignants.
 
L'un des promoteurs reconnaît, lui aussi, une forte fatigue après plusieurs années de contentieux. Il évoque un “acharnement” de la part de certains riverains et souligne que, pour les promoteurs, les enjeux étaient considérables. “On parle d’un projet structurant, avec des investissements lourds, des emplois, des délais à tenir”, explique-t-il.
 
Sollicités sur ce dossier, la mairie de Punaauia, la Direction de la construction et de l’aménagement (DCA) ainsi que leur notaire des promoteurs n’ont pas répondu à nos questions. La municipalité a toutefois rappelé par le passé que son rôle dans l’instruction des permis est consultatif, la décision finale relevant de l’administration territoriale.
 
Alors que la résidence est désormais livrée et que la majorité des logements a trouvé preneur, le dossier Iriatai illustre les tensions persistantes entre densification urbaine, respect des règles d’urbanisme et acceptabilité des projets immobiliers.

Rédigé par Darianna Myszka le Lundi 19 Janvier 2026 à 14:48 | Lu 617 fois