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Ouverture de la session budgétaire 2016 : "Mon propos risque de déplaire" (Marcel Tuihani)



PAPEETE, 15 septembre 2016 - L'allocation prononcée par le président de l'assemblée, Marcel Tuihani, à l'ouverture solennelle de la session budgétaire 2017.

Monsieur le haut commissaire de la République,
Monsieur le président de la Polynésie française,
Monsieur le Vice président, sénateur de la Polynésie française,
Madame la sénatrice, représentante à l’assemblée de la Polynésie française,
Madame et messieurs les députés de la Polynésie française,
Monsieur le conseiller économique social et environnemental,
Monsieur le président du Conseil économique social et culturel représenté,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les représentants,
Mesdames et messieurs les directeurs de cabinet,
Monsieur le secrétaire général du gouvernement,
Madame la secrétaire générale de l’assemblée de la Polynésie française,
Mesdames et messieurs les maires et les élus municipaux,
Mesdames et messieurs les chefs de service de l’Etat, de la Polynésie française et de l’assemblée de la Polynésie française,
Mesdames et messieurs les directeurs d’établissements,
Madame le gouverneur de l’île de Pâques
Chers élèves de la classe préparatoire à l’IEP du Lycée Tuianu Legayic de Papara,
Mesdames et messieurs les journalistes,
Chers invités,
Ia orana e Maeva.

Aujourd’hui s’ouvre la session budgétaire 2016, un temps fort de l’année législative. L’occasion nous sera offerte de prendre connaissance des orientations budgétaires du gouvernement pour l’année 2017, et à travers elles, des choix retenus pour le redressement de notre économie.

Chers collègues, je vais m’attacher à un exercice délicat en espérant être compris. Certains y verront une forme de naïveté, pour ma part, j’y vois un exercice de vérité.

La situation que nous connaissons reste difficile. Il suffit de savoir écouter la rue, caisse de résonance idéale de l’atmosphère d’une société, pour mesurer l’écart entre la réalité et des chiffres faiblement optimistes. Mon propos risque de déplaire. Le pays va mal. Une partie de la population souffre toujours, la jeunesse s’inquiète. La reprise annoncée n’est pas, véritablement, au rendez-vous en dépit des statistiques qui pourraient nous laisser croire le contraire. Simplement parce que la réalité quotidienne que vivent les familles, les entreprises et les commerces est bien éloignée des chiffres.

Le taux de chômage des jeunes atteint probablement des niveaux historiques, avec près de 56,8%, ce qui veut dire que plus de la moitié de notre jeunesse est sans emploi. De son histoire, la Polynésie n’a jamais connu une telle précarité.

Il faut bien le dire, même si cela déplaît fortement à quelques-uns, que la dynamique de 2013 est enrayée. Que cette vérité déplaise est d’ailleurs sans importance, car la réalité quotidienne de notre population est tellement plus déplaisante. C’est elle qui doit tous nous mobiliser.

J’entends, comme vous j’en suis sur, les voix qui dénoncent le spectacle décalé que nous donnons de nous-mêmes. Dans le même temps, je constate que l’écart se creuse entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés et j’y inclus l’assemblée. J’ai parfois l’impression que deux mondes parallèles cohabitent sans se rencontrer. Une partie de plus en plus importante de notre population souffre et se sent exclue. C’est un constat. Nous serions bien inspiré de ne pas le nier.

Chers collègues, la réalité est là, devant nous. Il nous suffit de passer la tête en dehors de nos murs. Cette réalité, nous saurons toujours la commenter car nous sommes faits pour ça. Mais, avons-nous apporté les remèdes aux problèmes que nous commentons tous ? Ou plus simplement, avons-nous bien compris les problèmes que nous commentons ? Je vous laisse à ces réflexions.

Chacun devrait pouvoir avoir un toit, un travail, dormir dans un lit, manger à sa faim, être éduqué, être soigné. Ces besoins constituent le socle de la dignité humaine et nous sommes les portes parole de ces revendications légitimes de la population. C’est ici que réside la noblesse de notre fonction. C’est là que réside le sens de la politique.

Nos défis ne sont pas seulement économiques, même si cette dimension est essentielle, car pour créer de l’emploi et de la solidarité nous avons besoin de créer de la richesse. Nos défis sont aussi sociaux et politiques. Mais je ne suis pas un utopiste. Je suis un pragmatique. Si on entre en politique sans idéal, ce n’est pas la peine d’y aller. Avoir un idéal ne veut pas dire être un idéaliste.

"La politique n'est pas là pour faire le bonheur des hommes. Elle est là pour combattre le malheur et elle seule, à l'échelle d'un pays ou du monde peut le faire efficacement", disait un théoricien contemporain de la politique, le philosophe André Comte-Sponville.

Voilà pourquoi la politique est nécessaire. Voilà pourquoi j’y crois et je m’y engage pleinement. Cette conviction me conduit à affirmer que nous avons besoin de justice sociale. Pour cela, nous devons renouer avec les fondamentaux de la politique, non pas de la politique politicienne qui prend souvent le dessus, mais de celle qui porte l’ambition d’aider son prochain.

Il s’agit ici de gouvernance. Il ne suffit pas de l’invoquer pour la faire exister. Il ne suffit pas de dire qu’on va être en rupture pour que ça change. Il ne suffit pas de dire qu’on va rompre avec les pratiques passées pour qu’elles n’existent plus. La gouvernance ce n’est pas une incantation, ce sont des actes clairs et sans ambiguïtés.

Un chef d’entreprise, et non des moindres, me disait récemment que le véritable problème est la « non décision ». Il rajoutait également, il y a un problème de visibilité. Pour ma part, j‘essaye chaque jour de donner corps à cette gouvernance nouvelle que j’appelle de mes vœux. Il me faut faire craquer doucement les vieux clivages, contraindre les réflexes habituels, forcer les mauvaises habitudes, combattre la méfiance.

C’est ainsi qu’à l’ouverture de la session administrative en mars dernier j’avais lancé le concept de politique solidaire. J’avais proposé une répartition proportionnelle des présidences de commissions en fonction de la représentation de chaque groupe. J’avais lancé l’idée d’aller plus loin et d’ouvrir à un gouvernement d’union. On m’a critiqué, brocardé même.

Je constate que nous ne sommes pas encore prêts pour franchir ce pas et c’est bien dommage car nous aurons tous à y gagner. Vous aurez compris, le pays tout entier.

Au quotidien, je me fais un point d’honneur de m’assurer que chaque élu dispose des moyens de travailler, que chaque groupe politique soit traité avec équité et qu’au-delà de nos différences politiques qui font notre richesse, notre institution fonctionne bien. C’est vers cette maturité politique que nous devons tendre. C’est ma préoccupation de tous les jours. C’est là, à mon sens, que réside la légitimité de l’élu, dans sa fidélité aux convictions qu’il porte et aux populations qu’il représente. Nous ne convaincrons personne de la sincérité de nos convictions si à la première contrariété nous changeons de camp.

Ceci m’amène à vous livrer mon sentiment sur cette fameuse instabilité dont on a beaucoup parlé, et dont on parle moins il est vrai.
J’affirme, et je ne suis pas le premier à le dire, d’autres l’ont fait avant moi et non des moindres, que la stabilité n’est pas revenue avec la création de la nouvelle majorité. En réalité, la stabilité a toujours été là depuis 2013. Avec vous d’abord, monsieur le président.

Aujourd’hui comme avant, en 2016 comme en 2015, en 2014 comme en 2013, les textes sont votés. Aujourd’hui, la nouvelle majorité constituée fait, pour ainsi dire, ce qu’elle veut. Je ne vois aucune différence dans l’adoption des lois de pays et des délibérations, entre avant et après. Les choses avancent-elles mieux pour autant ? Répondons-nous à nos propres exigences ? Chacun répondra.

Je constate, et je déplore, que les initiatives prises par l’assemblée dans le cadre de ses compétences propres sont souvent dénigrées et attaquées comme une volonté d’ingérence. Pourtant, ce n’est pas le cas. Je reste persuadé que la création de la commission d’enquête sur la fiscalité et la PSG aurait permis de faire avancer cette réforme difficile. Au contraire, on lui a fait un mauvais procès d’intention en affirmant qu’elle allait tout bloquer, qu’elle allait s’ingérer ! Au terme d’une bataille qui relève de l’hystérie juridique, cette commission a été torpillée puis enterrée. Je n’y vois aucun gagnant, je ne vois que des perdants.

Mais cette bataille juridique n’a pas arrêté le temps, il presse toujours autant. Elle n’a pas gommé l’urgence, bien au contraire. Elle a fait perdre du temps et l’urgence n’en est que plus forte. Notre assemblée va être invitée à revoir les conditions d’inscription au régime de la solidarité.
Mesdames et messieurs les représentants, il nous appartiendra aux termes des débats qui auront lieu ici, OUI NOUS et personne d’autres, de fixer ces conditions d’inscriptions.

Lors de mon intervention à l’ouverture du congrès des maires, j’ai indiqué que toutes réformes doivent respecter trois principes : La concertation, le respect des responsabilités de chacun et la préservation des équilibres des institutions, autrement dit, chacun dans son rôle.

Le suivi des politiques publiques est un élément essentiel de cette noblesse que j’entends redonner à notre institution. Ce n’est pas une ingérence dans l’exécutif, ce n’est que la continuité de l’action législative. A ce titre, il est expressément prévu par la loi organique et le règlement intérieur de notre assemblée. Pour l’heure, nous n’honorons pas cette obligation.

Chacun s’en souvient, le 18 septembre 2014, dans mon discours d’ouverture de la session budgétaire je vous ai présenté le projet de nous affirmer dans ce rôle. En dépit de péripéties dont je me serais bien passé, je reste déterminé à le faire aboutir, parce que je considère qu’il constitue une dimension essentielle encore absente du rôle de notre institution.

Je compte profiter de cette session qui s’ouvre pour faire inscrire l’examen de cette mission dans notre règlement intérieur. Le bureau de l’assemblée sera pleinement associé à la démarche préparatoire.

Depuis quelques temps, vous pouvez constater que certains élus s’inscrivent dans ce sillage. Ils entament des déplacements dans les archipels pour se rendre compte de certaines situations. Leur démarche participe au devoir d’information des élus et des commissions législatives et entre tout à fait dans le cadre du contrôle et du suivi des politiques publiques que j’entends promouvoir.

Sachez que je soutiendrai toutes initiatives pour permettre aux représentants d’accéder aux informations les plus pertinentes. Nous travaillons de plus en plus avec la mise en place de schémas directeurs. Ces schémas sont nos nouvelles boussoles. C’est le cas du schéma d’organisation sanitaire, ou encore du schéma directeur du transport inter-insulaire et aérien.

Prenons le schéma d’organisation sanitaire. Annoncé, attendu, invoqué, il semble désormais coincé sur une étagère.

Je vous propose, chers collègues, de mettre en place un comité de suivi afin de nous assurer de la mise en œuvre et de la bonne progression de ces schémas.

Là aussi, je souhaiterais permettre aux représentants de jouer pleinement leur rôle en allant au-delà du vote des textes eux-mêmes, pour s’assurer du suivi des politiques publiques. Il ne s’agit pas ici de contrôler l’action de l’exécutif, mais bien de la compléter en s’assurant que les décisions qu’il a voulues et que nous avons adoptées sont bien suivies d’effets et répondent à l’objectif recherché. Voilà ce que j’appelle une complémentarité gagnante.
Notre assemblée est dans son rôle, elle légifère, et elle contrôle. Lorsqu’elle légifère, elle accompagne la prise de décision. Lorsqu’elle contrôle, elle en assure la bonne application. A aucun moment elle ne se substitue au pouvoir de décision de l’exécutif.

Je m’emploierai également d’ici la fin du mandat à mettre à profit la convention signée avec l’Assemblée Nationale, le Sénat et le partenariat que nous avons noué avec le Congrès de la Nouvelle-Calédonie et l’assemblée territoriale de Wallis-et-Futuna.

Une période difficile s’ouvre devant nous. A l'heure des performances, à l’heure où les statistiques sont consultées comme des oracles, au moment où leurs résultats sont invoqués comme les saintes écritures, à une époque où elles remplacent petit à petit la politique, nous devons encore plus nous interroger sur la pertinence de nos décisions et sur l’efficacité de nos résultats. Veillons à ne pas faire dire aux chiffres ce qu’ils ne disent pas.

Osons voir la vérité en face, même si elle déplaît. Il y a des vérités qui sont nécessaires. C’est ce que je retiens du message du congrès des maires qui s’est tenu début août à Taravao. Ses conclusions ont fait polémiques. Je les ai perçues pour ce qu’elles sont : une sonnette d’alarme, une invitation pressante à agir.

Des échéances majeures se profilent à l’horizon qui vont disperser les énergies et accroître la pression. Je suis inquiet de ce que je vois et de ce que j’entends parfois. Je note que les discours politiques se radicalisent, certains comportements également, que les procédures judiciaires s’emballent, que les critiques se font plus acerbes, que la rumeur tient lieu d’information et de vérité.
Notre devoir est de préserver l’essentiel, notre savoir vivre ensemble.

Disons-le franchement : la précarité et la misère gagnent du terrain, l’exclusion grandit. Je ne fais pas de catastrophisme, je porte un regard lucide sur une situation que j’observe, et qui, comme vous probablement, me préoccupe et m'inquiète, car j'y vois les ferments de la division et de la rancœur.
Le désespoir peut devenir mobilisateur et lorsqu’il devient mobilisateur, il devient dangereux. L’exclusion peut conduire à la volonté d’exclure à son tour.

L’identité de la Polynésie est une identité heureuse. Elle véhicule une certaine idée du savoir vivre ensemble que beaucoup nous envient dans le monde. Gardons-nous du repli sur soi qui pourrait découler d’une situation difficile qui n’a que trop durée et qui viendrait menacer ce que nous sommes.

Pour terminer sur une note positive. Lorsque j’observe l’arrivée d’investisseurs étrangers dans le secteur du tourisme, cela me rassure sur notre avenir.
Nous devons absolument accroître notre capacité d’accueil et d’hébergement de qualité pour accompagner la croissance dans ce secteur. Comme beaucoup d’entre nous, je crois fermement aux atouts de notre Fenua. Je vous remercie

Rédigé par A partir d'un communiqué le Jeudi 15 Septembre 2016 à 13:29 | Lu 1616 fois






1.Posté par Cool Ruler le 15/09/2016 17:10 | Alerter
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"L’identité de la Polynésie est une identité heureuse". Mort de rire. Juppé es tu là ?

On a connu des présidents d'assemblée plus optimiste ... Quant à s'inclure dans le partie du peuple gouvernée ... Sortez les mouchoirs.

2.Posté par Duc le 15/09/2016 18:54 (depuis mobile) | Alerter
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Bien parlé. Avertissement pour tous les élus de l''assemblée...UPLD et Tahoeraa compris...

3.Posté par Pito le 16/09/2016 07:12 | Alerter
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Il oubli que sous la présidence de ses amis Oscar et Gaston rien n'a été fait pour améliorer le statut du polynesien de base.
Oscar a dépensé beaucoup d'argent pour son rêve d'indépendance, il a freiné la venue d'investisseurs avec ses discours racistes. Gaston a dilapidé l'argent pour des projets et réalisations qui n'ont rien apporté à la population. Marcel devrait au contraire reconnaître que depuis deux ans les choses commencent à changer, il faut laisser le temps à cette équipe de tout mettre en œuvre pour une amélioration de notre pays.
Bien sûr il a tellement peur de son mentor qu'il ne le dira jamais, c'est un vrai manque de courage politique.

4.Posté par mathius le 16/09/2016 11:27 | Alerter
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Le plus comique c'est que tout le monde se fou de ce que peut dire l'avatar de Flosse.

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