Tahiti Infos
Tahiti Infos

TAHITI INFOS, les informations de Tahiti
Facebook
Twitter
RSS
I phone App
Androïd
Newsletter
FENUACOMMUNICATION, Fare Ute, immeuble SAT NUI BP 40160 98 713 Papeete Polynésie Française. Tel:40 43 49 49

Oscar Temaru : "nous sommes en pleine néocolonisation"



PAPEETE, 3 juillet 2017 - Alors que le Tavini Huiraatira fait circuler une pétition pour que les essais nucléaires, dont on a fêté le 51e anniversaire du premier tir le 2 juillet dernier, soient reconnus par l’Etat français au titre de "crimes contre l’humanité", nous avons rencontré le père du parti indépendantiste.

En août 2016, lors de son 132e synode, l’Eglise protestante Ma’ohi exprimait sa volonté de poursuivre l’Etat français devant l’Organisation des Nations-Unies (ONU) pour son implication dans les essais nucléaires au titre de "crimes contre l’humanité". Désormais, c’est le Tavini qui lui emboîte le pas avec le lancement d’une pétition qui a déjà dépassé lundi les 1350 signatures. Selon certains membres du parti, le Tavini a tout à fait conscience que cette initiative relève, en grande partie, d'un acte de communication puisque le cas de la Polynésie française ne correspond pas aux normes du droit international en terme de "crime contre l'Humanité." L'idée étant, en fait, de présenter la pétition à la prochaine assemblée générale de l'ONU qui aura lieu le 12 septembre à New York. Dans ce document, le parti indépendantiste exhorte donc "la France et la Communauté internationale à entreprendre une démarche de vérité et de justice auprès de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU et de la Cour Pénale internationale".

Comme l’explique Oscar Temaru, "nous avons choisi de lancer cette pétition car nous pensons que c’est le moment pour y aller. Nous avons des preuves tangibles que ces essais, qui avaient été décidés par la France de manière inadmissible, sans informer la population, sans éducation préalable, relèvent de crimes contre l’humanité". Pour lancer cette pétition, le Tavini Huiraatira a choisi la date du 29 juin en référence au 29 juin 1880, le jour durant lequel le fils et le successeur de la reine Pomare avait cédé Tahiti ainsi que les autres îles et archipels de la Polynésie à la République française qui en avait alors fait une nouvelle colonie. "Nous avons donc choisi cette date car elle marque le premier jour de la colonisation". A l’aide des moyens technologiques qui n’existaient pas à l’époque des essais nucléaires, la pétition, comme l’indique Oscar Temaru, circulera prochainement dans le Pacifique ainsi qu’à l’international.

néocolonialisme

Le terme de "crime contre l’humanité", contesté par les adversaires politiques du Tavini qui estiment qu’il est surdimensionné, est, pour Oscar Temaru, bien approprié : "Nos opposants ne cessent de nous reprocher l’emploi de ce terme. Le cas du jeune américain dernièrement décédé suite aux blessures qu’on lui avait infligées en Corée du Nord lors de sa captivité, m’a particulièrement interpellé. Son avocat a, lui aussi, employé la notion de crime contre l’humanité. Alors, je pose la question : combien de victimes supplémentaires, mortes contaminées, faudra-t-il pour employer ce terme ? Combien de familles devront-elles encore souffrir ?" Rappelons ici que c’est la Cour Pénale internationale qui est en capacité de juger, outre les génocides et les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité. Cependant, elle ne peut juger que des individus et ce, sur des faits postérieurs à 2002.

Pour mémoire, le 17 mai 2013, l’ONU a adopté une résolution plaçant la Polynésie française sur la liste des 16 territoires à décoloniser, affirmant ainsi le droit inaliénable de la population à l’autodétermination et à l’indépendance. L’Etat français, qui n’avait pas pris part au vote, a, depuis, contesté cette décision. Se référant au positionnement d’Emmanuel Macron qui avait déclaré, le 15 février 2017 à Alger que : "La colonisation fait partie de l’Histoire française, qu’elle constitue un vrai crime contre l’Humanité", Oscar Temaru évoque un néocolonialisme : "La colonisation, en elle-même, constituait déjà un crime contre l’humanité mais le fait que l’Etat français ne veuille pas reconnaître la réinscription de notre Pays sur la liste des territoires à décoloniser constitue une nouvelle forme de colonialisme. Alors qu’en 2016, l’ONU, via une résolution, a rappelé à la France notre droit de souveraineté sur toutes les ressources aériennes, terriennes et maritimes, l’Etat français ne bouge pas. Ce qui est inacceptable. A propos du nouveau Président, Emmanuel Macron, nous attendons qu’il se mette en phase avec ses déclarations. Car nous n’acceptons pas ce que l’on est en train de nous faire subir et nous ne nous laisserons pas faire après des décennies de lutte".

Crimes contre l'humanité : ce que dit la loi

En matière de droit international, l'on dénombre deux juridictions compétentes. La Cour Pénale Internationale (CPI) qui est en capacité de juger les crimes de guerre, les crimes d'agression, les génocides et les crimes contre l'humanité. La CPI, dont le siège se situe à La Haye, peut exercer ses compétences sur des critères strictes. Ainsi, elle ne peut pas être saisie par un Etat et les faits qui lui sont présentés doivent être postérieurs à 2002. Elle peut, cependant, intervenir en cas de défaillance d'un Etat.
L'autre juridiction est la Cour Internationale de Justice qui est l'organe judiciaire principal de l'ONU. Sa mission contentieuse est de régler, conformément au droit international, les différends d'ordre juridique uniquement soumis par un Etat parti, c’est-à-dire l'un des 193 Etats membres de l'ONU.


Rédigé par Garance Colbert le Lundi 3 Juillet 2017 à 13:17 | Lu 4416 fois






Dans la même rubrique :
< >

Actualité de Tahiti et ses îles | Actualité de France | Actualité du Pacifique | Actualité du Monde | Actualité du Sport | Insolite | Magazine | Assistance