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Moana, une plongée dans le miroir brisé de l’océan



Moana, une plongée dans le miroir brisé de l’océan
PAPEETE, le 1er août 2016 - Pratiquée de manière traditionnelle en Polynésie, notamment pour la pêche lagonaire et en bordure de récif, l’apnée a toujours été une discipline respectée. Inspiré d’un fait divers, le premier roman d’Anne-Catherine Blanc nous offre une plongée dans l’intimité du moana, le bleu abyssal de l’océan, aux côtés de ceux qui s’y perdent, de ceux qui s’y retrouvent.

"Plonger dans le bleu angoisse et fascine. Plonger dans le bleu, c’est la petite mort, le renoncement de l’être. C’est devenir soi-même, pour quelques instants d’éternité", annonce l’auteure dans le prologue de son ouvrage Moana Blues. À la limite du moana, le plongeur sombre dans le ‘ere’ere, là où le bleu devient noir. Moana, c’est aussi un prénom, celui du protagoniste absent mais pourtant si présent tout au long du récit, tel un prétexte assumé pour sombrer dans la psyché de Paulot, le narrateur.

Réveil à 4h45 pour une journée sans fin, étouffante voire suffocante, dans un huis-clos réunissant les membres d’une famille recomposée : Paulot, professeur métropolitain déraciné puis enraciné et reconverti en entrepreneur polynésien (traînant des cicatrices du passé). Ce professeur a refait sa vie avec Malinda et ses deux fils, Moana et Félix. De leur union est née la jeune et vive Urahei.

Famille recomposée, où deux cultures se découvrent et apprennent à se respecter. Notamment avec Moana, l’aîné, grâce à la pratique commune de la plongée en haute mer et de l’apnée qui les entraîne toujours plus profond et tisse entre eux un lien indicible, pétri de respect et construit de challenges toujours plus ambitieux. Jusqu’au point de non-retour, car c’est bien autour d’un évènement tragique que se déroule le récit, qui prend ainsi une tournure flirtant avec le dramatique, mais sublimée par l’immersion introspective que réalise le protagoniste face à une telle situation.

Une plume littéraire gorgée d'émotions

Au travers du personnage de Paulot, d’apparence taciturne et solitaire, l’auteure entraîne le lecteur dans une chute. Une chute rédemptrice dans l’abîme intérieur de Paulot, au sein de son univers maritime presque spirituel. Une chute qui se heurte à la réalité plus terre à terre de son entourage. Dans une atmosphère moite de l’aurore au crépuscule, l’esprit de Paulot s’éparpille entre monologue et brèves conversations avec les proches réunis, fuite face au passé renié pour mieux sombrer dans le présent, avant de reprendre son souffle pour atteindre une surface salvatrice, celle où l’on se livre sans retenue, pour enfin parvenir à se confronter à soi-même.

Faisant office de figurant dans sa propre réalité, le personnage de Paulot reste indéniablement bouleversant, plein d’émotions contraires : on ne peut que compatir à sa douleur, dont la montée en puissance est compensée par sa force virile émouvante et le style viscéral qui décrit sa psyché avec talent. La symbolique du moana est ainsi exaltée à l’extrême, de la profondeur abyssale de l’océan à l’immensité sans fin du ciel, fidèle image du voyage introspectif dans sa complexe totalité.

À demi-mot et plein de pudeur, l’amour est pourtant bien présent entre les lignes. Un roman saisissant, extrêmement bien construit et profondément littéraire, tout en restant d’une surprenante simplicité.

Un intense petit roman au cœur du moana

Ayant toujours vécue à proximité de la mer, Atlantique, Méditerranée puis Pacifique, Anne-Catherine Blanc rapporte que "les îles du Pacifique dégagent un mana, une aura puissante (…). La mer est l’espace de l’abîme intérieur (…), celui où l’on évolue en trois dimensions, comme l’oiseau dans l’espace, mais au prix de l’apnée."

Son écriture, au registre familier et simple, entremêle avec talent le ton de l’empathie, pour décrire les rapports humains, au style plus lyrique de la philosophie, pour décrire le rapport à la nature et l’océan. Si la mer reste une thématique commune à ses ouvrages, et la Polynésie un sujet de fond comme d’inspiration, l’éclectisme apparent des sujets choisis par l’auteure dans son œuvre résulte d’une volonté de produire des textes courts (moins de 200 pages) mais soignés, bien construits, "là où le mot juste s’harmonise avec le rythme de la phrase", témoigne-t-elle.

Ce changement de registre et de ton transforme ainsi une expérience anodine en une véritable remise en question du protagoniste, où le spirituel s’immisce telle une planche de salut dans une réalité figée et routinière, pétrie de douleurs et d’afflictions. Avec un équilibre délicat entre chaque mot, chaque phrase, chaque pensée qui habite Paulot ou encore, chaque scène décrite qui se révèle comme exaltée.

Anne-Catherine Blanc, une plume métissée

Moana Blues est le premier des trois romans d’Anne-Catherine Blanc. Ila été édité en 2002 par Au vent des îles. Depuis Anne-Catherine Blanc a également produit des essais et un recueil de nouvelles. Fille métissée, entre un père d’origine mi-catalane, mi-vietnamienne et une mère suisse, elle a grandi au Sénégal, puis n’a cessé de voyager et de naviguer de par le monde pour y enseigner le français : Maroc, île de Pâques… jusqu’à Tahiti. Ses livres naissent du contact entre "je" et le monde, "je" et l’autre. Seuls les voyages, les rencontres, le partage ont le pouvoir de transcender les mots. "Quand je rencontre l’autre, ses mots et les miens tissent le motif d’un récit que j’appellerai alterfiction." Un fiction altérée où le lecteur ne peut que se reconnaître, qu’il le veuille ou non.

Rédigé par Au Vent des îles le Lundi 1 Août 2016 à 17:19 | Lu 1539 fois





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