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Légende de Tevaiteitei, l’amoureux abandonné




Tuméfaction du scrotum, Tahiti vers 1900
Tuméfaction du scrotum, Tahiti vers 1900
Atteint du huarahi, Tevaiteitei perd l’amour de sa bien-aimée. Alors qu’il pense au suicide, il croise le chemin d’un vārua ‘ino, un esprit mauvais. Il fait un pacte avec lui : sa guérison contre son éloignement à tout jamais de sa femme.

Il perd l’amour de sa femme

Tevaiteitei et sa femme Tevaiteitei vahine étaient fort beaux tous les deux et ils s’aimaient d’un amour inconditionnel. Ils étaient heureux et habitaient à Taha’a le village de Motutiairi, dépendant du district de Hauino. La résidence royale était alors à Vaitoare. Chaque fois qu’une fête y était donnée, Tevaiteitei vahine ne manquait pas d’y assister. Elle rejoignait son mari dès le soleil tombé. Le roi Raauri, qui la voyait à chaque fête, la convoitait ardemment.
Un jour, Tevaiteitei est atteint de huarahi, un gonflement important du scrotum. Sa femme se désintéresse petit à petit de lui. Quelques lunes plus tard, elle dit à son mari : « Mon cher Tevaiteitei, je vais m’absenter aujourd’hui. Il y a une grande fête à Vaitoare ; je vais y assister et rentrerai comme d’habitude, aussitôt après ».

Une absence trop longue

Cas d’éléphantiasis des bras, Tahiti vers 1950
Cas d’éléphantiasis des bras, Tahiti vers 1950
Comme d’habitude, son mari la laisse partir. Mais le soir, la jeune femme ne revient pas. Son mari l’attend jusqu’au lever du jour. En vain. Plein de chagrin, il pleure toute la journée et la nuit suivante. Puis, il se rend au bord de la mer. Rencontrant un pêcheur, il lui demande : « Par hasard, n’aurais-tu point vu ma femme ? ». Celui-ci lui répond : « Un de mes amis, pêcheur d’Iripau, m’a dit l’avoir vue hier à Papatiare (pointe qui se trouve à Pahure, place réservée pour les fêtes) ».

Je préférerais mourir plutôt que de te perdre

Tevaiteitei ne dit rien. Il s’en va vers le petit cap voisin et, regardant vers le couchant, se passe la main dans les cheveux pour les rejeter en arrière (Ua pani ihora i tōna rouru). Ce cap est appelé depuis Tepani (et non Tepane comme indiqué à tort aujourd’hui). Quittant la plage, Tevaiteitei va se cacher au creux d’un mape où il pleure en disant : « Ô mon amour, tu m’as menti et tu m’abandonnes dans ma douleur. Je préférerais mourir plutôt que de te perdre ».
Puis il part par la baie de Haamene pour se rendre à Pahure. Il passe par le col qui sépare Hauino de Iripau. Tevaiteitei veut aller chercher sa femme pour la ramener chez lui. Il descend du col dans une belle vallée où coule une rivière. En traversant celle-ci, il tombe, faisant un très grand bruit (ua haruru ihora te vai), ce lieu a donc été nommé Vaiharuru.

Une fête en l’honneur de Tevaiteitei vahine

Eléphantiasis des jambes, Tahiti 1940
Eléphantiasis des jambes, Tahiti 1940
Tevaiteitei se relève et continue son chemin vers la pointe de Ahutere. Là, il entend un grand tumulte, venant de Papatiare. Voyant un fare, il s’en approche pour savoir s’il est habité. À son appel, un homme et une femme en sortent. Il leur demande : « Quel est ce grand bruit que j’entends ?
– C’est une fête.
– En l’honneur de qui ?
– Mais en l’honneur de la belle Tevaiteitei vahine. »
En entendant ces paroles, il ne peut cacher son chagrin. Il leur confie que c’est sa femme et qu’il vient la chercher. Comme il n’ose pas se présenter devant la foule à cause de son état, il demande à la femme d’aller chercher Tevaiteitei vahine. Tu lui diras: « Ton mari est là, il te demande de revenir à lui. Il t’attend et a beaucoup de chagrin en raison de ton absence ».

« Il n’a qu’à rentrer chez lui »

La femme rejoint donc Tevaiteitei vahine qui est assise sur une estrade dressée sur la place, entourée de beaucoup de gens. Elle lui dit à l’oreille : « Ton mari est là qui t’attend et il te demande de venir le rejoindre ». D’une voix haute, l’orgueilleuse épouse répond : « Va lui dire que je ne veux plus de lui dans l’état où il se trouve, il n’a qu’à rentrer chez lui à Motutiairi ».

Un pacte avec un vārua ‘ino

La femme revint vers Tevaiteitei et lui rapporta les mots de sa femme. Entendant ces paroles, il en eut grand honte et s’en alla en pleurant. Il résolut de se suicider. En rentrant il passa par la vallée et, arrivé sur une grande roche, il choisit une lourde pierre qu’il mit près de lui.
Puis il enveloppa son huarahi dans son pareu et, le posant sur la roche, s’apprêta à l’écraser d’un seul coup avec la pierre. Mais il entendit une voix qui disait : « Te huru o te taata iino e ! Haapohe hanoa i te parau a te vahine ! » (Espèce d’idiot, tu te suicides à cause des paroles d’une femme).
C’était la voix d’un vārua ‘ino (esprit mauvais). Tevaiteitei continua donc son chemin, mais l’idée du suicide ne le quittait pas. Arrivé près d’un ruisseau à l’eau limpide et fraîche, il s’y glissa et y resta sans connaissance quelques instants. Lorsqu’il revint à lui, il grelottait de froid car l’eau était très fraîche ce jour-là (ce ruisseau fut appelé Vaitoetoe par la suite).

L’arrivée du souverain

Il remonte par le col qu’il avait franchi précédemment. Là, il entend des voix. Il se jette dans les fougères et y reste caché un bon moment. Il voit alors passer le roi Raauri et sa suite. Le roi et ses gens descendent vers le village pour aller y chercher la belle Tevaiteitei vahine car le souverain a entendu dire qu’elle a fui son foyer.
Le roi désire la prendre pour femme et la ramener chez lui. Il arrive à la pointe de Papatiare avec sa suite. Apercevant enfin Tevaiteitei vahine, le roi se presse pour aller vers elle, mais il bute sur une pierre, tombe et s’écorche les genoux sur du corail (depuis cette place porte le nom Pahure, Te pahureraa te turi o Raauri i te tipaparaa ia Tevaiteitei Vahine). Ayant retrouvé Tevaiteitei vahine, le roi continue sa route et rejoint Hauino où des préparatifs sont entrepris pour une grande fête.

Tevaiteitei soigné

Vito tane de Moorea vers 1900. Photo F. Homes
Vito tane de Moorea vers 1900. Photo F. Homes
Pendant ce temps, Tevaiteitei a rejoint sa case à Motutiairi. Il ne cesse de pleurer et de songer à se suicider. Il entend à nouveau la voix du vārua ‘ino : « Tevaiteitei, veux-tu que je soigne ta maladie ?
– Certainement
– Ce sera à une condition. C’est que tu ne retournes plus avec ta femme.
– Je ferai donc ainsi. »
Le vārua ‘ino le conduit dans la baie de Haamene et le soigne. Guéri, Tevaiteitei redevient beau comme avant. Le vārua ‘ino le mène ensuite à un endroit appelé Ma’o. Passant par Toamaro, ils arrivent à la pointe de Faraia. Ils y voient beaucoup de gens qui se rendent chez le roi Raauri.

Des noces royales

Eux-mêmes vont vers un motu qui se trouve en face de la résidence du roi. Le vārua ‘ino tresse une couronne pour son protégé (Fatu ihora oia i te hei no’na, d’où le nom Fatufatu que porte actuellement l’îlot). Puis, ils rejoignent le village pour assister aux noces du roi avec la belle Tevaiteitei vahine. Le vārua ‘ino dit à son compagnon : « Attention Tevaiteitei, n’oublie pas mes conseils, sinon c’est ta mort. Si tu es en difficulté, rappelle-toi que je suis là pour t’aider ». Tevaiteitei promet. Il s’approche de la fête, précédé de son protecteur invisible. Pénétrant dans la foule, il entend des cris : « Maeva e arii, maeva e arii ».

« Attrapez cet homme, c’est mon mari »

Ces cris saluent le roi qui vient d’arriver. Tevaiteitei vahine se lève pour recevoir le roi. Mais elle remarque dans la foule un homme couronné et très beau. C’était son mari, métamorphosé. Elle se met à crier : « Attrapez cet homme, c’est mon mari ».
Ses gens se mettent à la poursuite de ce dernier. Elle les rejoint pour les aider. Tevaiteitei bondit dans un ruisseau. Il y a une grande mêlée. L’eau se met à s’agiter comme les vagues de la mer (le ruisseau a pris le nom de Vaitoare). Profitant de cette confusion, Tevaiteitei s’enfuit sans que personne ne s’en aperçoive. Quelques instants plus tard, ne voyant plus son mari, Tevaiteitei vahine crie à ses gens : « Poursuivez-le, et saisissez-le, mort ou vif. »
Tevaiteitei est déjà arrivé à Faataoto (vallée qui dort). Le vārua ‘ino lui dit : « Allons mon ami, du courage ». Il continue. Arrivé à une pointe, très fatigué, il constate que ses poursuivants gagnent du terrain. L’un d’eux lui crie: « Tu es un homme mort ! ».

Projeté dans les airs

Il appelle donc le vārua ‘ino à la rescousse. Son protecteur invisible le projette dans les airs à une grande hauteur (d’où le nom Peeoni à ce lieu, te peeraa o te oni, l’envol du mâle). Tevaiteitei se trouve hors d’atteinte de la foule. Le vārua ‘ino le conduit vers Huahine et le dépose sur une montagne.
Depuis sa montagne, Tevaiteitei contemple longuement et avec beaucoup de regret son île bien-aimée. Il pleura. Mais il fait le serment de ne plus jamais y venir. Cette montagne a été nommée depuis Mouatapu (montagne sacrée ou du serment) en souvenir du serment de Tevaiteitei.

William Robinson, le premier à combattre la filariose à Tahiti

En novembre 1945, l’américain William Albert Robinson revient à Tahiti. Il retrouve sa belle maison au bord du lagon de Paea et, à peine installé, part saluer ses amis du district. Il s’aperçoit alors, avec tristesse, que beaucoup étaient atteints par l’éléphantiasis, cette évolution de la « Filariose de Bancroft » qui produit d’horribles fee fee qui gonflent et déforment les membres inférieurs et les organes génitaux. Comme Robinson aime les Tahitiens, il décide de faire quelque chose pour remédier à cette situation.
Il part à Washington où il découvre que pendant la guerre les médecins de l’armée américaine avaient découvert que l’Hetrazan (la Notézine) développé contre les vers intestinaux était aussi efficace contre la filariose. Robinson songe alors de faire de Tahiti un centre de recherche de la filariose car c’est un terrain idéal : le taux d’infection y est extrêmement élevée, la maladie présente plusieurs formes, l’absence de paludisme et d’autres maladies facilitera l’étude.
Pour cela, il fallait de l’argent. Robinson liquide donc le chantier naval qu’il possédait aux USA et avec le produit de la vente constitue un capital dont les revenus seront utilisés pour les recherches. Son ami, Cornelius Crane américain fortuné résidant à Paea, apporte lui aussi son appui financier et un programme de recherche et de lutte contre la filariose est rapidement mis sur pied, avec le concours du gouvernement français et des universités de Californie (UCLA).
Ainsi fut créé en 1948 l’Institut de Recherches Médicales de l’Océanie, renommé plus tard Institut Malardé, et en 10 ans, la filariose, fut pratiquement radiée de Tahiti.
Mais malheureusement pas totalement.

La filariose lymphatique communément appelée éléphantiasis

La filariose lymphatique, est une maladie tropicale, infectieuse et plus précisément parasitaire provoquée par des vers parasites du genre filaire transmis à l’homme en Polynésie par le moustique Aedes.
Les manifestations visibles, douloureuses et gravement défigurantes de la maladie, à savoir le lymphœdème, l’éléphantiasis et la tuméfaction du scrotum, n’apparaissent que plus tard dans la vie et entraînent des incapacités permanentes.


Rédigé par TAHITI HERITAGE le Jeudi 9 Mars 2017 à 16:20 | Lu 6951 fois







1.Posté par Diké le 10/03/2017 09:00 | Alerter
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Merci pour cet article et pour l'hommage à William Robinson. Combien aujourdh'ui sacrifient leur fortune pour venir en aide aux autres? Merci à ceux qui donnent encore au Secours Catholique ou aux autres organismes, ce qui permet de nourrir chaque jours plusieurs centaines de personnes ici. William Robinson nous a légué un autre magnifique cadeau en la personne de Tumata, grande dame de la culture polynésienne.

2.Posté par mono le 10/03/2017 11:46 | Alerter
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Il en a le mec....

3.Posté par simone grand le 10/03/2017 15:33 | Alerter
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merci pour cet excellent article et salutations renouvelées à M. Robinson qui a su aussi s'entourer et mobiliser le meilleur chez bien des gens.

4.Posté par Taufa christine le 22/03/2017 02:02 (depuis mobile) | Alerter
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C est bien de renouer avec nos anciennes legendes

5.Posté par papa ru'au le 23/03/2017 17:51 | Alerter
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Ce serait bien de dire de quand date cette légende, ou du moins sa transcription par écrit. Qui l'a recueillie? Auprès de qui? J'avoue aussi mon ignorance sur un point : je crois avoir déjà entendu dire que l'éléphantiasis n'existait pas en Polynésie avant l'arrivée des européens. Est-ce vrai? Cette légende, si elle est ancienne, ne démontre-t-elle pas le contraire?
merci à Tahiti Héritages.

6.Posté par Lebo RORO le 24/03/2017 12:40 | Alerter
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lebororo
Belles images... mais tristes aussi.

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