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Le soutien de Musk, un parfum de soufre pour Marine Le Pen


Paris, France, le15 juillet 2026. A peine partie en campagne pour l'Elysée, Marine Le Pen doit composer avec le soutien encombrant d'Elon Musk, coutumier des ingérences politiques en faveur de l'extrême droite et associé au retour au pouvoir d'un Donald Trump dont le RN et sa candidate veulent à tout prix se démarquer.


Elon Musk s'est invité mercredi dans la campagne présidentielle. Il lui a suffi de cinq mots en anglais, huit en français, sur son propre réseau social: "Elle est le dernier espoir de la France", a écrit le milliardaire américain dans un message vantant les sondages qui placent largement en tête Marine Le Pen.

Avec environ 35% des intentions de vote et quinze à vingt points d'avance sur son premier concurrent (Edouard Philippe, le plus souvent, parfois Jean-Luc Mélenchon), avait-elle vraiment besoin d'un tel renfort?

Certes le tout-puissant patron de X dispose d'une influence décuplée par ses algorithmes. Une arme dont il a pris l'habitude de se servir pour diffuser ses opinions, comme quand il dénonçait l'an dernier la "persécution" visant la patronne du Rassemblement national, rendue inéligible après son premier jugement et qu'il avait malgré tout "encourag(ée) à se présenter" à l'Elysée.

Voeu renouvelé, après que la cour d'appel l'a autorisée à concourir une quatrième fois, quitte à prêter le flanc aux accusations d'ingérence, du député macroniste Pieyre-Alexandre Anglade à l'insoumis Antoine Léaument, en passant par l'ex-commissaire européen Thierry Breton.

Au gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s'est contenté d'un proverbial "Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis". Sans aller jusqu'à évoquer "l'internationale réactionnaire" dénoncée début 2025 par Emmanuel Macron.
Car avant la France, Elon Musk s'était illustré par son intervention en faveur de l'AfD, le parti d'extrême droite allemand, qu'il qualifiait déjà de "meilleur espoir pour l'Allemagne" juste avant les dernières législatives.

Et il avait mené une virulente campagne contre le Premier ministre britannique Keir Starmer, quitte à relayer de fausses informations, avant de s'afficher au côté du populiste anti-immigration Nigel Farage.

Donner des gages

Pas vraiment le genre d'allié recherché par une Marine Le Pen qui, hasard du calendrier, s'est insurgée mercredi contre la notion d'"ingérence intérieure" dans un rapport du Sénat sur... la désinformation.

Soucieuse de "garantir le pluralisme et la libre confrontation des idées à l'approche de la présidentielle", la championne du camp nationaliste sait aussi qu'elle doit toujours donner des gages d'indépendance, presque dix ans après être allée chercher l'appui de Vladimir Poutine (qui l'avait reçue au Kremlin) et celui de Donald Trump (qui l'avait laissée languir au pied de sa tour à New York).

Il y a dix-huit mois encore, son dauphin Jordan Bardella se réjouissait de la réélection du président américain, incarnation à ses yeux du "vent de liberté qui souffle sur toutes les démocraties occidentales". Enthousiasme à l'époque inaltéré par sa passe d'armes avec le conseiller Steve Bannon, dont le "geste nazi" l'avait conduit à annuler un discours à Washington.

Jusqu'en décembre, le jeune président du RN se demandait même avec candeur où le locataire de la Maison Blanche "trouve toute cette énergie". 

La poussée belliciste des Etats-Unis, du Venezuela à l'Iran, en passant par le Groenland et la guerre tarifaire avec l'Europe, a obligé le parti à la flamme à revoir sa posture et à prôner le "rapport de force" contre la "soumission".

Rupture consommée aussi pour Marine Le Pen, qui considère que Donald Trump "a fait exactement l'inverse de ce qu'il avait promis" en renouant avec "une forme d'impérialisme". Tout le contraire d'un appel du pied à l'endroit de l'Américain et de ceux qui l'ont porté au pouvoir, à commencer par Elon Musk.

La candidate n'échappe cependant pas à la comparaison avec son ex-source d'inspiration: certains voient en effet des accents trumpistes dans sa décision de briguer le mandat suprême, en dépit de deux verdicts défavorables et de la menace d'une condamnation définitive avant le scrutin, en affirmant que seuls "les électeurs seront juges".

Rédigé par AFP le Mercredi 15 Juillet 2026 à 10:58 | Lu 60 fois