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Le plan américain pour le Venezuela: prendre le pétrole et écarter un leader d'opposition


Federico PARRA / AFP
Federico PARRA / AFP
Washington, États-Unis | AFP | samedi 03/01/2026 - Après que les Etats-Unis ont chassé le président vénézuélien du pouvoir, qui va diriger le pays? A en croire Donald Trump, sa propre administration, avec la vice-présidente de ce pays sud-américain, et non pas l'opposition démocratique.

Le président américain a aussi été très clair sur le fait que les compagnies pétrolières américaines profiteraient de l'or noir du Venezuela, qui en détient les plus grandes réserves prouvées dans le monde.

M. Trump, qui n'a eu de cesse de critiquer par le passé ce qu'il qualifiait d'échecs américains à gérer des nations, a prôné une mise sous tutelle, au moins temporaire, d'un pays de 30 millions d'habitants.

"Nous allons diriger le pays jusqu'à ce que nous puissions procéder à une transition sûre, appropriée et judicieuse", a déclaré le président dans une conférence presse en Floride.

Sans préciser comment il entendait s'y prendre dans une nation où l'ambassade américaine est fermée et où ne se trouvent a priori aucunes troupes américaines.

Donald Trump a expliqué que les Etats-Unis allaient "désigner différentes personnes", incluant un mystérieux "groupe". Avant de préciser que "pendant un certain temps", le Venezuela serait dirigé par "les personnes qui se tiennent juste derrière moi". A savoir le secrétaire d'Etat Marco Rubio et des responsables militaires.

M. Rubio, un adversaire déclaré des dirigeants de gauche en Amérique latine, a souligné que la plupart des pays occidentaux, et pas seulement les Etats-Unis, jugeaient le pouvoir de M. Maduro illégitime après deux élections générales entachées d'irrégularités.

Mais quelques heures seulement après l'avoir chassé du pouvoir, M. Trump a disqualifié l'opposante Maria Corina Machado pour le remplacer. Cette figure de l'opposition et lauréate du Nobel de la paix était jusqu'ici considérée par les Occidentaux comme la vraie représentante des Vénézuéliens.

"Je pense qu'il lui serait très difficile d'être à la tête du pays. Elle ne bénéficie ni du soutien ni du respect au sein de son pays. C'est une femme très gentille, mais elle n'inspire pas le respect", a lancé M. Trump.

- L'"unique président" -

Le chef de la Maison Blanche a enfoncé le clou en indiquant ne pas avoir contacté Mme Machado, qui avait jugé que "l'heure de la liberté est arrivée" avec la capture de M. Maduro.

Donald Trump a fait état d'un contact téléphonique entre son chef de la diplomatie et la vice-présidente vénézuélienne, Delcy Rodriguez, un pilier du mouvement de gauche de M. Maduro et de son prédécesseur Hugo Chavez.

"Elle est prête à faire ce que nous estimons nécessaire pour que cela marche. C'est très simple", selon M. Trump.

Mais Mme Rodriguez ne s'est pas pliée à ce scénario, en expliquant ensuite dans une adresse à la Nation que M. Maduro était l'"unique président" d'un Venezuela prêt à se "défendre".

La plupart des alliés des Etats-Unis, prompts à s'opposer à M. Maduro, ont aussi pris leurs distances avec les positions de M. Trump.

Le président français Emmanuel Macron a appelé à une "transition démocratique", qui soit assurée par Edmundo Gonzalez Urrutia, candidat de l'opposition à la présidentielle 2024.

Un vétéran de la diplomatie américaine et spécialiste du continent latino américain, Kenvin Whitaker, s'est dit "extrêmement surpris" que M. Trump écarte Mme Machado. Et ce faisant paraisse "prendre des décisions sur l'avenir démocratique du Venezuela sans s'appuyer sur son résultat démocratique", selon ce membre du think-tank Atlantic Council.

- Impérialisme brutal -

Constitutionnellement, Mme Rodriguez devrait convoquer de nouvelles élections. Mais des analystes s'interrogent sur sa volonté de céder le pouvoir. Comme Maduro en son temps.

Si elle le conservait, cela pourrait faciliter les relations avec les Etats-Unis, "mais je ne suis pas sûre que cela change grand chose pour les Vénézuéliens", a jugé Iria Puyosa, une universitaire vénézuélienne travaillant elle aussi à l'Atlantic Council.

Les opposants démocrates au président américain ont fustigé les visées de M. Trump sur le pétrole vénézuélien, qu'ils considèrent comme un retour à une forme d'impérialisme brutal. 

"Les Etats-Unis ne devraient gérer d'autres pays sous aucun prétexte", selon le sénateur démocrate américain Senator Brian Schatz. 

"Nous devrions savoir aujourd'hui qu'il est préférable de ne pas s'engager dans des guerres sans fin et des changements de régime qui sont porteurs de catastrophe pour les Américains", a-t'il dit.

le Samedi 3 Janvier 2026 à 13:39 | Lu 206 fois