Tahiti Infos

Le compte à rebours du Heiva 2026 est lancé - Interview


Tahiti, le 6 mai 2026 - Alors que tous les groupes de chant, de danse et les orchestres se préparent déjà depuis de longs mois, la conférence de presse de lancement de l’édition 2026 du Heiva i Tahiti s’est tenue mercredi sur le paepae de la Maison de la culture.  

Mā Zinguerlet, présidente du jury du Heiva i Tahiti 2026 “Mieux mettre en lumière les groupes de chant”

Pourquoi passer de 9 à 11 membres du jury lors de cette édition 2026 ?
“Chaque année, nous rencontrons quelques problèmes, non pas au niveau des notations ou des délibérations, mais davantage dans la prise en compte de certains aspects spécifiques des prestations. À la demande des groupes, et avec la volonté de l’organisateur, il a donc été décidé d’ajouter des membres du jury spécialisés dans les percussions ainsi que dans l’aspect oratoire, l’écriture et la langue. L’objectif est de renforcer les recherches autour des prestations. Comme on le dit souvent : ‘Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin’.”  

Comment les jurés ont-ils été sélectionnés ? Chaque année, les membres du jury du Heiva i Tahiti sont proposés par les chefs de groupes de chant et de danse. Une fois les noms recueillis, ils sont ensuite soumis à un tirage au sort. Cette année, la Maison de la culture (TFTN) a souhaité instaurer ce système afin d’éviter de retrouver systématiquement les mêmes personnes au sein du jury. C’est une nouveauté qui peut avoir ses avantages. Cependant, le tirage au sort peut aussi amener des personnes qui ne sont pas forcément spécialistes de certains domaines précis. C’est un peu le risque du système.”  

Pouvez-vous rappeler le rôle du jury et celui du président du jury dans le cadre du concours ?
“Les jurys de danse sont de véritables spécialistes de la danse. De notre côté, pour les hīmene, les ‘ūte et les autres disciplines, nous travaillons également avec des spécialistes des percussions et de l’art oratoire. Pour établir le podium en danse, ce sont principalement les jurés spécialisés en danse qui évaluent les prestations. Les autres notes ont un coefficient plus faible. À l’inverse, pour les hīmene, les trois jurés spécialisés dans le chant disposent d’un coefficient plus important que les autres membres du jury. Cela permet une évaluation cohérente et équilibrée selon les disciplines. Durant les délibérations, il ne peut donc pas y avoir de conflit majeur puisque chacun intervient dans son domaine de compétence.”

Les critères de notation changent-ils chaque année ?
“Non. Chaque année, les mêmes fiches de notation sont proposées par Te Fare Tauhiti Nui. Elles sont d’abord validées par l’ensemble des chefs de groupes de danse et de hīmene avant d’être remises aux jurés pour être utilisées durant les soirées de concours.”  

Pour la 145e édition du Heiva i Tahiti, le chant semble davantage mis en valeur?
“Je ne dirais pas que les hīmene ont été dévalorisés auparavant. En revanche, avec l’Association des tā’ata rā’au hīmene, nous avons proposé plusieurs perspectives afin de mieux mettre en lumière les groupes de chant, qui méritent une reconnaissance plus importante. L’une des idées est notamment de faire revenir les deuxièmes et troisièmes prix lors des soirées des lauréats. Jusqu’à présent, le public retrouvait surtout les premiers prix mais beaucoup plus rarement les autres lauréats. Cette année, avec Te Fare Tauhiti Nui, le jury et plusieurs spécialistes du hīmene, nous souhaitons permettre aux deuxièmes et troisièmes prix de se produire également lors des soirées des lauréats. L’ensemble des membres du jury m’accorde leur confiance pour cette 145e édition et être présidente du jury spécialisée dans le chant représente un véritable honneur pour les hīmene.”   

Inatio Raveino, président de la fédération Amuitahiraa Tū’aro Mā’ohi “Montrer que les sports ancestraux n’existent pas uniquement chez nous”

Les sports traditionnels dépassent aujourd’hui les frontières de la Polynésie. Est-ce une évolution positive ?
“Lorsque nous avons créé cette fédération des sports traditionnels avec Enoch (Enoch Laughlin est l'ancien président de la Fédérations des sports et jeux traditionnels (Amuitahiraa Tū’aro Mā’ohi), NDLR), c’était justement un rêve : faire connaître nos disciplines à l’international. Pendant 23 ans, avec Enoch, nous avons toujours travaillé ensemble dans cette direction. Notre objectif était clair : montrer que les sports ancestraux n’existent pas uniquement chez nous. Partout dans le monde, il existe des pratiques traditionnelles. En France aussi, il y a des sports ancestraux. Et pour nous, cela permet également de nourrir cette réflexion importante : d’où venons-nous ?”  

Vous évoquiez de plus en plus de demandes venant d’autres pays. Lesquels ?
“Les demandes se multiplient, surtout dans le bassin du Pacifique. Nous avons des contacts avec Hawaii, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie, ainsi qu’avec les îles Cook. Cela ouvre aussi des perspectives vers l’Amérique du Sud. Le Brésil, par exemple, a montré un intérêt et de premiers contacts ont déjà eu lieu avec Enoch. En ce moment, il y a également des échanges et une demande du Vanuatu.”  

Une nouvelle fédération internationale a été créée. Pourquoi ?
“Je vais répondre de manière un peu plus administrative. Pour obtenir la délégation de service public (DSP), nous devons être soutenus par une fédération internationale. C’est ce qui nous a poussés à créer cette fédération internationale. Aujourd’hui, elle existe officiellement et nous pouvons désormais proposer nos services et développer davantage nos échanges à l’international.”  

Les îles éloignées participent-elles aussi au Heiva. Comment les accompagnez-vous financièrement ? “Nous prenons d’abord contact avec les îles qui souhaitent participer au Heiva, car nous finançons une partie des billets de transport. En principe, trois billets sont pris en charge par île. Pourquoi trois ? Parce qu’en lancer de javelot par équipe, chaque délégation est composée de trois personnes. Ensuite, il y a aussi les compétitions féminines et celles des jeunes, ce qui représente au total cinq billets financés pour les îles qui participent régulièrement au Heiva. Chaque archipel possède également ses spécificités. Aux Tuamotu, par exemple, on retrouve le pātia fa. Aujourd’hui, plusieurs îles montrent aussi un intérêt pour le lever de pierre ou encore les épreuves liées au coprah et aux porteurs de fruits.”  

Ces disciplines existaient déjà dans les archipels ?
“Oui, mais elles étaient davantage considérées comme des jeux traditionnels que comme des sports. En Polynésie, nous avons travaillé pour structurer ces pratiques et leur donner un véritable cadre sportif. Aujourd’hui, cinq disciplines sont officiellement reconnues : le pātia fa - lancer de javelot, les épreuves de coprah, les courses de porteurs de fruits, le lever de pierre et le grimper au cocotier.”  

Quelles sont les dates des Amuitahiraa Tū’aro Mā’ohi au Heiva i Tahiti ?
“Le 20 juin sera consacré aux pirogues à voile traditionnelles, au motu Ovini, à Papeari. Ensuite, les 11 et 12 juillet, les autres disciplines – pātia fa, lever de pierre, grimper au cocotier, coprah – se dérouleront au parc Vaira'i, à Punaauia. Enfin, la course des porteurs de fruits aura lieu le 14 juillet, sur l’avenue du Commandant Destremau.” 

Rédigé par Violaine Broquet le Mercredi 6 Mai 2026 à 23:41 | Lu 168 fois