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“Laisser pourrir une situation pour (…) une euthanasie collective”


Tahiti, le 27 février 2026 - Les association de protection des animaux sortent du silence après les récentes déclarations du ministre de l’Environnement en charge de la Cause animale, Taivini Teai, selon qui le refuge de Afaahiti est “illicite”. Elles pointent du doigt l’affairisme du Pays qui “laisse pourrir une situation pour peut-être aboutir à une nécessité d'euthanasie collective. J'appelle ça un massacre organisé”. La fédération To Tātou Mau Animara, à l’origine de ce refuge, reconnaît avoir fait “deux bourdes”, à savoir “avoir récupéré autant de chiens et avoir occupé l'espace à Afaahiti”, et demande “pardon”.
  
La fédération To Tātou Mau Animara, créée en 2025 et qui est aujourd’hui au cœur d’une polémique avec le refuge de Afaahiti, s’était à l’origine installée à Mahina sur une propriété que la fédération devait louer sur du long terme. Finalement, le propriétaire a changé d’avis et lui a demandé de s’en aller. “Dans l’urgence, on a cherché un terrain et le propriétaire de Afaahiti nous a loué le sien. Cela devait être temporaire car on devait en louer un à Papeno’o. Mais finalement, le propriétaire ne voulait plus le louer et nous a proposé de l’acheter à plus de soixante millions de francs”, assure le bureau de la fédération.
 
To Tātou Mau Animara reconnaît que “les installations très temporaires à Afaahiti ont été du bricolage (…) et c’est une erreur d’être en plein milieu d’une zone résidentielle”.

“On attendait un accompagnement du Pays”

Le bureau de la fédération assure avoir attendu “un accompagnement du Pays (…) malheureusement, j'ai l'impression que c'est tout le contraire”.
En effet, la fédération ainsi que la présidente de l’association Alliance pour le respect et la protection des animaux de Polynésie (Arpap), Carole Couturier, rappellent que le 8 janvier dernier, un projet a été proposé au Pays et ce n’est qu’un mois plus tard que “le rendez-vous technique a eu lieu”, regrette Carole Couturier. “On a perdu un mois pour qu'ils nous disent non (…). Les régimes dérogatoires peuvent être faits en toute légalité. Ce n'est pas la volonté du Pays. Je trouve ça dommage. Et leur idée de faire des petites structures de 15 unités, c'est d'un côté flouer la loi (…) ça veut dire que le contrôle sera que biosécurité, mais pas environnemental des installations”.
 
Carole Couturier s’interroge également sur le fonctionnement de telles structures. “Entre une grosse structure qui est bien gérée, qui est bien organisée, qui est cohérente, et plusieurs petites structures éparpillées (…), cela me paraît peu viable et très coûteux.
 
Elle soutient que le Pays “veut” mettre la gestion de ces structures en sous-traitance. “On va avoir des contrats avec je ne sais qui. En plus, il y a une pénurie de gens formés et aptes à gérer ce genre d'établissements sur le territoire”.
 
La présidente de l’Arpap souligne que cela va coûter “très cher” au Pays et que la mise en place va être très longue, soit “entre six et neuf mois. Et pendant ce temps-là, que font les voisins ?”

“On ne leur a pas demandé d'argent”

“Laisser pourrir une situation pour (…) une euthanasie collective”
Elle rappelle que pour leur projet, “on ne leur a pas demandé d'argent. On était prêts à payer les redevances du terrain”. Des partenariats étaient sur le point d’être conclus pour avoir des réductions ou de la gratuité pour les matériaux. “On était prêts à prendre des gens en contrat aidé pour avoir une équipe fixe et des bénévoles.”
 
Selon la présidente de l’Arpap, la construction de leur chenil aurait mis quinze jours “avec des installations mobiles, ce qui fait que même si à la fin, on ne nous donnait pas les autorisations administratives, on pouvait déménager en limitant l'impact environnemental sur le terrain. D'où notre incompréhension du positionnement du Pays.”
 
“Quelle est la réelle volonté politique du Pays dans le cadre du bien-être animal ? Est-ce que c'est simplement un affichage pour faire joli ? Ou est-ce qu'on va dans le concret et on se retrousse les manches ?

“Un massacre organisé, prémédité et légal”

To Tātou Mau Animara considère que le Pays “laisser pourrir une situation pour peut-être aboutir à une nécessité d'euthanasie collective. J'appelle ça un massacre organisé.”
 
La fédération considère qu’elle est “le bouc émissaire idéal (…) ça ne nous gêne pas, mais qu'on ne nous fasse pas croire que c'est pour le bien-être animal”.
 
Carole Couturier appelle à ce que tous travaillent ensemble pour le bien-être animal : “Tout le monde tape sur To Tātou Mau Animara, mais il faut peut-être qu'on commence à dépasser ça. Il faut qu'on essaie maintenant d'avoir des solutions concrètes dans l'intérêt des animaux et du voisinage.”
 
Le bureau de la fédération s’interroge : “Est-ce que le problème de la cause animale doit reposer sur le tissu associatif ? Est-ce aux associations de porter tout ce fardeau-là ?”
 
To Tātou Mau Animara reconnaît avoir fait “deux bourdes, qu’on assume et on va faire face. La première, c'est d’avoir récupéré autant de chiens (…). La deuxième, c'est d'avoir occupé l'espace à Afaahiti.”. La fédération souligne que ce problème existait déjà et qu’être à Afaahiti n’a fait que mettre en exergue le problème de la cause animale.
 
Carole Couturier rappelle que le “seul tord des animaux, c’est d’exister (…). Dans le silence, je hurle avec mes animaux et j'aimerais que ce silence devienne le plus assourdissant possible”. Elle insiste sur le fait que les associations ne sont pas restées les bras croisés, elles ont fait des propositions, dit-elle.
 
“Quand on est face à une situation d'urgence (…) on cherche un petit peu plus loin que le bout de son nez (…) il ne faut pas être buté et être enfermé dans des procédures qui ne permettent pas de gérer les urgences”, ajoute l’Arpap qui considère que le Pays ne fait que “saupoudrer, on se targue de mesurettes pour faire bien, mais je vais être très vulgaire, je n'ai rencontré aucun politique qui ait les ‘corones’ suffisantes pour dire ‘on fait ça, stop’. Et on trouve une solution maintenant.”
   
“Il y a une erreur de faite, on essaie de la réparer et en plus on a des propositions concrètes et c'est ça, moi, qui me met hors de moi”, regrette Carole Couturier. Elle appelle le Pays à avoir “le courage et les c… de dire à la fédération, on prend la décision de tous les euthanasier. Vous avez merdé, voilà la punition. Encore faudrait-il qu'il y ait une justification légale pour les euthanasier.”

Ilona Ferral, présidente de Animara no Tahiti Iti : “Le Pays ne fait rien pour les associations”

“Nous savons que la fédération s'est installée sans autorisation et que c'est illicite, et le ministre est en train de nous saquer en disant qu'il cherche des terrains, alors que pas du tout. On a trouvé un terrain loin de tout (…) et bien placé. Et il y a deux semaines, le Pays nous a dit niet, alors qu'on était prêts à déménager. On veut sortir de là et c’est le Pays qui ne veut pas.   
Les chiens n’ont pas non plus de cancer, un vétérinaire est passé à Afaahiti la semaine dernière, et il dit bien qu’ils sont en bonne santé et qu’ils ne sont pas maltraités. Il faut arrêter de raconter des mensonges. 

Le problème, c'est le Pays qui ne fait rien pour les associations.
On demande juste un terrain, c'est tout (…). Après, nous, on s'en va d'en haut et c'est fini car tous les chiens qui sont là-bas, ce sont des chiens que les gens ont maltraités et abandonnés. Après, c’est vrai que la fédération a été prise au dépourvu. Pour nous, l’urgence maintenant, c’est que le Pays nous donne son accord pour le terrain, on envoie tous les chiens là-bas et le problème est réglé (…). Nous avons peur que le Pays prenne la décision d’euthanasier les chiens et pour nous, ce n'est pas du tout envisageable.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Lundi 2 Mars 2026 à 05:00 | Lu 780 fois