De gauche à droite, la sociologue Lucile Hervouet, le médecin Philippe Biarez, le président de l’UPF Jean-Paul Pastorel et le directeur de Fare Pasifika Jacques Vernaudon, mardi, à l’ouverture du colloque consacré à la promotion de la santé en Polynésie. crédit photo SD
Tahiti, le 3 novembre 2026 - Manger mieux, bouger plus… Depuis des années, les campagnes de prévention se succèdent en Polynésie, sans parvenir à enrayer la progression des maladies chroniques. Et si le problème ne venait pas seulement des comportements individuels, mais aussi de la manière dont on cherche à les changer ? C'est tout l'enjeu du colloque ouvert ce mardi à l'université, où chercheurs et professionnels de santé confrontent leurs approches pendant deux jours. Avec, à la clé, des pistes pour repenser la prévention et mieux l'adapter aux réalités du quotidien.
Les messages sont connus, martelés, les campagnes se multiplient… mais les indicateurs sanitaires restent obstinément dans le rouge. “Malgré tous les efforts en termes de prévention et de promotion de la santé, nous n'arrivons pas à infléchir cette courbe”, reconnaît la ministre de la Santé Raihei Ansquer, évoquant des chiffres “alarmants” pour les maladies chroniques et cardiovasculaires. D'où l'intérêt du colloque organisé mardi et mercredi à l'Université de la Polynésie française (UPF) par Fare Pasifika, en collaboration avec la Direction de la santé. Deux journées pour confronter les regards des médecins, sociologues, anthropologues et acteurs de terrain, et surtout comprendre pourquoi la prévention peine à produire les résultats attendus.
Pour la sociologue Lucile Hervouet, responsable du projet de recherche STEPS Quali, le problème vient aussi de la manière dont on explique l'échec des campagnes de prévention. Trop souvent, celui-ci est imputé “aux croyances, à l'ignorance des individus, à leur mécompréhension des enjeux autour de la santé”. Or, “les comportements de santé ne se réduisent pas à une méconnaissance ou à une incompréhension des risques pour sa propre santé”, insiste-t-elle. Une personne peut parfaitement savoir qu'elle devrait mieux manger ou bouger davantage, mais se heurter à des contraintes matérielles, familiales ou sociales. “On estime que les personnes ont de bonnes raisons de ne pas suivre les recommandations de leurs médecins et justement l'enjeu de la recherche est de comprendre, de mettre au jour ces bonnes raisons”.
Cette approche prend un relief particulier en Polynésie, “marquée par l'histoire coloniale, par plusieurs vagues d'immigration, par un changement social rapide et radical”, poursuit la chercheuse. Autant de bouleversements qui ont fait coexister différents systèmes de valeurs et de normes, parfois contradictoires, jusque dans les comportements de santé. Pour Lucile Hervouet, il ne s'agit donc pas de tout expliquer par la culture, mais de comprendre comment celle-ci s'articule avec les conditions de vie et les contraintes du quotidien.
Investir dans la prévention plutôt que subir la maladie
Un constat partagé par Philippe Biarez, médecin et président de l'association Partage Santé Pacifique. “Il s’agit surtout d'essayer de comprendre pourquoi on n'y arrive pas”, résume-t-il. Alors que les services de santé sont débordés, il pointe un déséquilibre frappant entre les moyens consacrés aux soins et ceux dédiés à la prévention. “En Polynésie, on a plusieurs dizaines de milliers de gens qui soignent les maladies. Mais on n'a que quelques personnes, une vingtaine, une trentaine, pas plus, qui travaillent à empêcher les maladies de venir”. Un fossé qu'il appelle à combler, sans attendre de miracles immédiats : “Changer des comportements, ça peut prendre une génération”. D'où la nécessité, selon lui, d'investir durablement dans la prévention et de maintenir les programmes sur le long terme, plutôt que de repartir régulièrement de zéro.
Tout n'est pas pour autant à réinventer. Philippe Biarez cite notamment l'exemple des Écoles en santé, expérimentées à Moorea dès 2016 avant d'être progressivement étendues. “Actuellement, il y a plus d'un élève sur deux” scolarisé dans une École en santé, souligne-t-il, assurant que les premiers résultats sont déjà visibles dans les comportements des enfants. Reste à poursuivre l'effort, notamment dans le secondaire, pour ancrer ces habitudes jusqu'à l'âge adulte.
Dans son discours d'ouverture, le président de l'UPF, Jean-Paul Pastorel, a justement appelé à faire des travaux scientifiques une “sorte de boîte à outils dans laquelle on peut puiser pour avancer et déployer des politiques publiques”. Jacques Vernaudon, directeur de Fare Pasifika, a de son côté rappelé les recherches déjà menées sur les violences intrafamiliales, le vieillissement ou les comportements de santé, en partenariat avec les autorités du Pays.
Raihei Ansquer entend désormais s'appuyer sur les conclusions du colloque pour finaliser son plan de prévention et de promotion de la santé 2026-2036, “avant le budget”, assure-t-elle. Un calendrier serré, puisque le projet de budget 2027 doit être déposé à l'assemblée au plus tard le 15 novembre. La ministre défend notamment le concept de va’a ora, inscrit au cœur du schéma d'organisation sanitaire, qui envisage la santé comme un équilibre entre l'individu, sa communauté et son environnement. “Ce n'est pas parce qu'on a entendu un message et qu'on l'a compris, qu'on va changer de comportement”, insiste-t-elle. Reste à voir si le prochain plan de prévention saura passer du message aux actes.
Les messages sont connus, martelés, les campagnes se multiplient… mais les indicateurs sanitaires restent obstinément dans le rouge. “Malgré tous les efforts en termes de prévention et de promotion de la santé, nous n'arrivons pas à infléchir cette courbe”, reconnaît la ministre de la Santé Raihei Ansquer, évoquant des chiffres “alarmants” pour les maladies chroniques et cardiovasculaires. D'où l'intérêt du colloque organisé mardi et mercredi à l'Université de la Polynésie française (UPF) par Fare Pasifika, en collaboration avec la Direction de la santé. Deux journées pour confronter les regards des médecins, sociologues, anthropologues et acteurs de terrain, et surtout comprendre pourquoi la prévention peine à produire les résultats attendus.
Pour la sociologue Lucile Hervouet, responsable du projet de recherche STEPS Quali, le problème vient aussi de la manière dont on explique l'échec des campagnes de prévention. Trop souvent, celui-ci est imputé “aux croyances, à l'ignorance des individus, à leur mécompréhension des enjeux autour de la santé”. Or, “les comportements de santé ne se réduisent pas à une méconnaissance ou à une incompréhension des risques pour sa propre santé”, insiste-t-elle. Une personne peut parfaitement savoir qu'elle devrait mieux manger ou bouger davantage, mais se heurter à des contraintes matérielles, familiales ou sociales. “On estime que les personnes ont de bonnes raisons de ne pas suivre les recommandations de leurs médecins et justement l'enjeu de la recherche est de comprendre, de mettre au jour ces bonnes raisons”.
Cette approche prend un relief particulier en Polynésie, “marquée par l'histoire coloniale, par plusieurs vagues d'immigration, par un changement social rapide et radical”, poursuit la chercheuse. Autant de bouleversements qui ont fait coexister différents systèmes de valeurs et de normes, parfois contradictoires, jusque dans les comportements de santé. Pour Lucile Hervouet, il ne s'agit donc pas de tout expliquer par la culture, mais de comprendre comment celle-ci s'articule avec les conditions de vie et les contraintes du quotidien.
Investir dans la prévention plutôt que subir la maladie
Un constat partagé par Philippe Biarez, médecin et président de l'association Partage Santé Pacifique. “Il s’agit surtout d'essayer de comprendre pourquoi on n'y arrive pas”, résume-t-il. Alors que les services de santé sont débordés, il pointe un déséquilibre frappant entre les moyens consacrés aux soins et ceux dédiés à la prévention. “En Polynésie, on a plusieurs dizaines de milliers de gens qui soignent les maladies. Mais on n'a que quelques personnes, une vingtaine, une trentaine, pas plus, qui travaillent à empêcher les maladies de venir”. Un fossé qu'il appelle à combler, sans attendre de miracles immédiats : “Changer des comportements, ça peut prendre une génération”. D'où la nécessité, selon lui, d'investir durablement dans la prévention et de maintenir les programmes sur le long terme, plutôt que de repartir régulièrement de zéro.
Tout n'est pas pour autant à réinventer. Philippe Biarez cite notamment l'exemple des Écoles en santé, expérimentées à Moorea dès 2016 avant d'être progressivement étendues. “Actuellement, il y a plus d'un élève sur deux” scolarisé dans une École en santé, souligne-t-il, assurant que les premiers résultats sont déjà visibles dans les comportements des enfants. Reste à poursuivre l'effort, notamment dans le secondaire, pour ancrer ces habitudes jusqu'à l'âge adulte.
Dans son discours d'ouverture, le président de l'UPF, Jean-Paul Pastorel, a justement appelé à faire des travaux scientifiques une “sorte de boîte à outils dans laquelle on peut puiser pour avancer et déployer des politiques publiques”. Jacques Vernaudon, directeur de Fare Pasifika, a de son côté rappelé les recherches déjà menées sur les violences intrafamiliales, le vieillissement ou les comportements de santé, en partenariat avec les autorités du Pays.
Raihei Ansquer entend désormais s'appuyer sur les conclusions du colloque pour finaliser son plan de prévention et de promotion de la santé 2026-2036, “avant le budget”, assure-t-elle. Un calendrier serré, puisque le projet de budget 2027 doit être déposé à l'assemblée au plus tard le 15 novembre. La ministre défend notamment le concept de va’a ora, inscrit au cœur du schéma d'organisation sanitaire, qui envisage la santé comme un équilibre entre l'individu, sa communauté et son environnement. “Ce n'est pas parce qu'on a entendu un message et qu'on l'a compris, qu'on va changer de comportement”, insiste-t-elle. Reste à voir si le prochain plan de prévention saura passer du message aux actes.
Quand l'obésité prend toute la place
Partie d'une enquête sur les facteurs de risque cardiovasculaire, la sociologue Lucile Hervouet a rapidement vu les discussions prendre une autre direction. Dans les entretiens menés auprès des habitants comme des professionnels de santé, les échanges revenaient presque systématiquement au surpoids et à l'obésité. “On partait d'une question assez large sur le cardiovasculaire pour vite se focaliser sur la question du surpoids et de l'obésité”, a-t-elle expliqué mardi matin à l'ouverture du colloque.
Et ce n'est pas le seul glissement observé. Alors que l'obésité est une maladie multifactorielle, faisant intervenir des facteurs génétiques, hormonaux, comportementaux et environnementaux, les discussions se concentraient très vite sur l'alimentation. “L'alimentation et le surpoids saturent toutes les discussions autour de la santé cardiovasculaire”, relève la chercheuse. “J'ai choisi de suivre ce glissement au cours de la recherche”, a-t-elle précisé.
Une recherche qui s'appuie sur 75 entretiens individuels, réalisés principalement au domicile des personnes interrogées, neuf groupes de discussion et 40 entretiens avec des professionnels de santé, essentiellement tournés vers les soins. Pourquoi s'être intéressée en priorité aux professionnels chargés des soins ? Parce que les patients “désignent leur médecin, leur infirmière, comme ceux qui transmettent les messages de santé publique”, explique Lucile Hervouet.
Partie d'une enquête sur les facteurs de risque cardiovasculaire, la sociologue Lucile Hervouet a rapidement vu les discussions prendre une autre direction. Dans les entretiens menés auprès des habitants comme des professionnels de santé, les échanges revenaient presque systématiquement au surpoids et à l'obésité. “On partait d'une question assez large sur le cardiovasculaire pour vite se focaliser sur la question du surpoids et de l'obésité”, a-t-elle expliqué mardi matin à l'ouverture du colloque.
Et ce n'est pas le seul glissement observé. Alors que l'obésité est une maladie multifactorielle, faisant intervenir des facteurs génétiques, hormonaux, comportementaux et environnementaux, les discussions se concentraient très vite sur l'alimentation. “L'alimentation et le surpoids saturent toutes les discussions autour de la santé cardiovasculaire”, relève la chercheuse. “J'ai choisi de suivre ce glissement au cours de la recherche”, a-t-elle précisé.
Une recherche qui s'appuie sur 75 entretiens individuels, réalisés principalement au domicile des personnes interrogées, neuf groupes de discussion et 40 entretiens avec des professionnels de santé, essentiellement tournés vers les soins. Pourquoi s'être intéressée en priorité aux professionnels chargés des soins ? Parce que les patients “désignent leur médecin, leur infirmière, comme ceux qui transmettent les messages de santé publique”, explique Lucile Hervouet.






























