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La population jeune et défavorisée plus vulnérable aux troubles psychiques



PAPEETE, le 1 novembre 2017 - Pendant plusieurs mois, l'organisation mondiale de la santé a réalisé une enquête auprès de 968 polynésiens concernant la santé mentale. Les informations recueillies serviront à l'élaboration d'une politique de prévention et de lutte contre les troubles mentaux.

La santé mentale est plus que jamais un sujet d'actualité au fenua. Nombre d'indicateurs sont dans le rouge. C'est ce qui ressort d'une enquête de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) réalisée sur le territoire entre 2015 et 2016. Deux axes principaux étaient explorés : la représentation de la maladie mentale chez les personnes interrogées et l'évaluation des principaux troubles mentaux des plus de 18 ans.

Cette étude, intitulée "La santé mentale en population générale : images et réalités", a été menée en partenariat avec l’association SOS Suicide et l’Association septentrionale d’Epidémiologie Psychiatrique (ASEP) ainsi que des psychologues, infirmiers et étudiants. Depuis sa création en 1998, cette étude a été réalisée dans 87 sites différents.

Au fenua, les personnes interrogées habitaient à Tahiti, Moorea, Huahine et Bora Bora et avaient plus de 18 ans. Les résultats des travaux ont été présentés par les docteurs Jean-Luc Roelandt et Imane Benradia, collaborateurs de l’OMS pour la recherche et la formation en santé mentale, ce matin à la mairie de Pirae. Sans surprise, ils révèlent l'importance de mettre en place un plan de santé mentale réclamé par les professionnels depuis de nombreuses années.

DES PROBLÈMES LIÉS À L'ALCOOL IMPORTANTS

Les chiffres indiquent que 42,8 % de la population à au moins un trouble psychique. "Celui-là peut être très léger, commente le docteur Jean-Luc Roelandt. Parfois, les gens ne s'en rendent même pas compte." L'OMS désigne par troubles psychiques les troubles de l'humeur et les troubles anxieux, entre autres.

17 % des hommes interrogés ont déclaré avoir des troubles de l'humeur contre 24 % des femmes. Concernant les troubles anxieux, le pourcentage homme/femme est quasi similaire, 25 % contre 27 %. L'enquête a fait ressortir un autre phénomène important connu sur le territoire : les problèmes liés à l'alcool. 13,8 % de la population interrogé a déclaré avoir des problèmes d'alcool. "Les troubles liés à l'alcool en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie sont importants, comme pour la drogue", a indiqué le professionnel.

Les résultats de cette enquête indiquent que les personnes les plus touchées sont les jeunes et celles dont le revenu se situe entre moins de 100 000 et 155 000 francs. "La prévention qui sera mise en place doit s'adresser aux plus jeunes, a souligné Jean-Luc Roelandt. Les troubles les plus fréquents se retrouvent chez les personnes les plus défavorisées. Il faut donc s'intéresser aux groupes les plus précaires."

Cette enquête a aussi mis un coup de projecteur sur le suicide. Le risque suicidaire est très élevé au fenua. 18,5 % des personnes interrogées ont indiqué au cours de leur questionnaire avait fait une tentative de suicide au cours de leur vie. Dans une étude effectuée en parallèle sur les adolescents de 13 à 17 ans, 13 % d'entre eux ont indiqué connaître un sentiment dépressif et 14 % avoir envisagé de se suicider. "Cette enquête confirme que les troubles commencent avant l'âge de 15 ans", a insisté Jean-Luc Roelandt.

Ces résultats et recommandations seront utilisés par le gouvernement pour construire le plan de santé mentale, qui fait partie des objectifs du schéma d'organisation sanitaire 2016-2020. "C'est un vaste chantier d'établir le schéma de santé mentale. Nous partons de loin, nous avons beaucoup de retards. Nous allons poursuivre le travail entamé avec ces données", a indiqué la directrice de la santé, Laurence Bonnac-Théron. L'état des lieux pour l'élaboration du schéma directeur de santé mentale a débuté. Il devrait permettre de répertorier les dispositifs et besoins du territoire. Tous les professionnels seront associés à la démarche. Ce plan servira de feuille de routes pour la prévention des troubles et la prise en charge des maladies.

"Près 30 % des patients sont ré hospitalisés dans l'année"

Trois questions à Stéphane Amadéo, président de SOS Suicide et chef d'unité dans le service psychiatrie à l'hôpital.

Quel est votre sentiment par rapport à ces résultats?

Ces résultats sont très récents, nous en prenons aussi connaissance. Ce que nous voyons là est qu'il s'agit vraiment des problèmes mentaux qui semblent plus élevés qu'en métropole : troubles de l'humeur, les addictions, l'alcool, le risque suicidaire… Il y a effectivement importants. Avec ces données, nous allons établir des hypothèses sur le pourquoi du comment. Ensuite, nous allons bâtir avec la direction de la santé, du CHPF et de la communauté, un plan de santé mentale et un plan de prévention du suicide qui soit efficace. Tout le monde doit être associé. Nous l'avons vu dans l'enquête, les gens interrogés se disent satisfaits de l'aide apportée par leur entourage et de la communauté.

Avez-vous de plus en plus de patients en psychiatrie?

L'activité a augmenté. Nous avons 4 000 à 5000 consultations en tout. Le taux de remplissage est de 110 à 120 %. Nous avons toujours du mal à hospitaliser les gens. Nous avons eu des lits supplémentaires et malgré ça, nous avons toujours du mal à trouver de la place pour les patients. Il faut développer le reste pour arriver à mieux suivre les patients et éviter les ré-hospitalisations. Nous avons à peu près 30 % de gens qui sont ré hospitalisés dans l'année. Ce sont des gens qui sont sortis trop tôt parce qu'il n'y a plus de place. Ils ne sont pas assez suivis parce qu'il n'y a pas assez de médecins et ils rechutent. 30 % de ré hospitalisation c'est important.

Vous avez lancé un appel à la direction de la santé, quel était l'objet?

Quand nous demandons de faire des nouvelles choses à l'hôpital, ,nous faisons une demande des contrats d'objectifs et de moyens. Nous avons demandé à créer des Centres médico-psychologiques (CMP) et des centres d'accueil à temps partiels (CATTP) et c'est là que nous attendons toujours la réponse.

Du retard dans la construction du pôle de santé mentale

En novembre dernier, sur le site de l'ancien hôpital Jean Prince à Pirae, la première pierre du futur pôle de santé mentale était posée lors d'une grande cérémonie. Les travaux ont commencé dans la foulée. Ils doivent coûter 3.5 milliards de francs et devaient durer 36 mois. Le futur pôle de santé mentale regroupera un secteur d’hospitalisation psychiatrique de 40 lits et un secteur de prise en charge ambulatoire de 110 places. Le secteur d’hospitalisation comprendra notamment un centre de crise psychiatrique de huit lits pour adolescents, une unité d’hospitalisation de 12 lits en alcoologie-toxicologie, et une unité d’hospitalisation de psychiatrie adulte de 18 lits. La prise en charge ambulatoire s’appuiera sur de nombreuses structures d’aide d’accueil thérapeutique destinées aux enfants, adolescents et adultes.

Ce mardi, à l'occasion de la conférence, le ministre de la Santé Jacques Raynal est revenu sur ce projet. Il a annoncé que la construction de ce pôle avait pris du retard "pour des raisons techniques". Prévue pour 2019, la fin du chantier est aujourd'hui annoncée pour 2020.

Rédigé par Amelie David le Mercredi 1 Novembre 2017 à 05:00 | Lu 1440 fois





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