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La légende de la princesse espagnole à Makatea



La grotte espagnole, sur la falaise de Temao, à Makatea
La grotte espagnole, sur la falaise de Temao, à Makatea
MAKATEA, le 30 mai 2017. La grotte de la princesse espagnole, situé sur la falaise de Temao, abrite un cercueil en bois d’arbre à pain (uru) d’une princesse espagnole.

Tout commença par une nuit de pleine lune. Sur les falaises qui surplombent la passe de Temao, nombreux étaient les paumotu de l’île à assister aux manœuvres d’une pirogue sans balancier. Ils étaient loin de se douter que ce qu’ils prenaient pour une grande pirogue était en fait une brigantine-pirate.

Aussi loin que la vue leur permettait de voir, les Paumotu distinguèrent que les hommes qui se mouvaient à bord de cette embarcation portaient des vêtements étranges. Ce qui ne manqua pas de provoquer une panique générale auprès des aito (guerriers) de l’île, lesquels se mirent à prier et à invoquer les tout puissants atua maori (dieux) de leur venir en aide. Il fallait repousser ces intrus venus de nulle part.

Il faut croire que les incantations des aito de Makatea trouvèrent écho auprès des dieux Taaroa, Maui et Vahine nui te hau rai. Car, alors que rien ne laissait prévoir un fort orage dans ce ciel illuminé, le pu’a hiohio (tourbillon) se mit à hurler dans les feo (pierres coralliennes entourant d’énormes trous). La pluie se riait également à déverser des trombes, tandis que le patiri (tonnerre) se fit encore plus assourdissant. Prise sous cette tempête, secouée de tous bords par des vagues de plusieurs mètres de haut, la brigantine pirate fut littéralement soulevée et projetée sur le récif. Tremblant de toutes ses armatures, le bateau à l’agonie fut englouti par la mer et les ténèbres.

Pendant ce temps là, sur les rochers, les Paumotu regroupés autour de leur vieux tahua (sorcier) remerciaient par des prières les atua (dieux) de les avoir sauvés. La nuit quant à elle, avait repris ses riches couleurs et les étoiles brillaient de leur plus bel éclat.

Ce fut à ce moment là, apporté par une petite brise du large, qu’un murmure retentit contre les parois des falaises. Un murmure lancinant, une voix très lointaine, incompréhensible que les falaises répercutèrent à travers les feo . Comme par enchantent aussi, les feuilles de kaha’ia se mirent à trembler, tandis que les kaveu (crabe de cocotier) d’une soudaine panique, s’engouffraient aussi profondément dans les enrochements. Surpris par ce murmure qu’ils prirent pour des varua ino (feux follets) ou l’esprit du mal de ces hommes venus avec leur pirogue sans balancier, les Paumotu, les cheveux dressés s’enfuirent se cacher dans les grottes.

Resta seul sur l’énorme rocher de Makatea, un jeune garçon une quinzaine d’années, Moana tu rai mai (Moana venu de, la mer), qui, quelques années auparavant, avait accosté l’île sur le dos d’un mao (requin). On ne sut jamais grand chose de ce garçon que le dieu Taaroa avait sauvé de la mer, qu’il appartenait à une lignée de arii (rois) de la lointaine île de Fakarava. Moana i tu rai mai écouta encore pendant très longtemps cette voix qui semblait l’appeler. Il pensait surtout à sa mère qu’il entendait parfois dans la nuit, une mère qu’il avait tant envie de revoir. Et c’est alors qu’il décida de descendre la falaise avec des nape (corde tressée avec de la bourre de coco). Arrivé au bas des papa (rocher plat et dur), il découvrit le corps d’une femme, allongé sur le récif. Elle était belle, étonnamment belle, avec de très longs cheveux et ces yeux d’une extraordinaire beauté. Moana i tu rai mai s’avança d’un pas hésitant vers cette femme, dont les plaintes se firent de plus en plus douces. Habitué à soulever des lourdes charges, Moana i tu rai mai n’eût aucune peine à porter son fardeau jusqu’au pied de la falaise à l’abri des vagues.

Il veilla toute la nuit sur ce corps inconnu, lui donnant de temps à autre une gorgée de komo viavia (eau de coco). Au petit matin, le soleil brillait de son éclat transparent, lorsque l’inconnue se mit à bouger. Son premier geste fut de sourire, un sourire étincelant que Moana i tu rai mai reçut comme un signe d’amitié. Bien qu’ils ne purent se comprendre, autrement que par les gestes, ils allèrent néanmoins par les bords du mato mato jusqu’au sentier menant au village. Ils entrevirent les habitants de l’île, tapis derrière les cocotiers, épiant chaque mouvement de Moana i tu rai mai et de cette grande femme blanche inconnue.

Surmontant leur peur, les Paumotu s’avancèrent jusqu’à toucher le corps de cette femme. Ils ne devinèrent jamais d’où elle était venue, mais chacun avait compris que cette inconnue (ils voyaient pour la première fois une femme blanche) ne pouvait être qu’une arii vahine (princesse). Et si elle était auprès d’eux, c’est que les dieux maori l’avaient voulu ainsi en lui sauvant la vie des furies de la mer. Et c’est ainsi que cette inconnue venue de nulle part devint la princesse de l’île.

Du bateau qui la transportait, les habitants de Makatea récupèrent d’énormes coffres, lesquels renfermaient un trésor inestimable. Elle vécut des jours heureux à Makatea. A sa mort, son corps fut momifié et transporté à Moumu, de l’autre côté de Temao. Près de son cercueil, on avait placé ses affaires et les coffres contenant plusieurs objets de valeur ainsi que quatre autres cercueils. La légende dit que quatre personnes qui partagent la grotte sont ses gardiens, dont son ami Moana i tu rai mai.

Aujourd’hui, cette princesse inconnue (il semble que ce serait une princesse espagnole) veille toujours sur le trésor de Makatea. On raconte également à Makatea, que ceux qui ont voulu s’accaparer de ce trésor ont été frappés par la malédiction.

Sources

François Nanai . Makatea, légende de la princesse espagnole 1998
Olivier Babin et Claude Serra – Makatea 2000
Relation d’un voyage à l’île d’Amat ou Taïti et aux îles voisines exécuté en 1774 par la frégate espagnole L’Aguila commandé par Don Domingo de Bonechea et le paquebot Le Jupiter commandé par Don José Andia y Varela.

Une légende basée sur une histoire vraie

C’est une légende, bien sûr, mais elle serait basée sur une histoire vraie, celle d’une jeune fille « espagnole » de haut rang , la fille de Don José Andia y Varela qui commandait le navire espagnol « Le Jupiter » qui naviguait de concert avec « L’Aguila » commandé par Don Domingo de Bonechea au large de Makatea qu’il baptisa San Diego. Mourante, le commandant aurait confié sa fille, le 6 novembre 1774, aux bons soins des habitants de Makatea pour qu’elle y termine calmement ses derniers jours, plutôt que de souffrir des roulis du bateau. Elle avait avec elle des malles remplies de très beaux vêtements et de quelques beaux objets comme un miroir doré. Un trésor disent certains ! On raconte qu’elle se serait rétablie et aurait vécu en paix quelques années à Makatea avant de décéder.


La grotte de la princesse à Makatea
La grotte de la princesse à Makatea

Rédigé par TAHITI HERITAGE le Mardi 30 Mai 2017 à 15:33 | Lu 4594 fois





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