Tahiti, le 11 mai 2026 - La saga judiciaire entre ManaGaz et Gaz de Tahiti s’est poursuivie ce lundi devant le tribunal de commerce. Pour rappel, l’entreprise historique de la famille Siu, Gaz de Tahiti, avait déposé un recours pour “concurrence déloyale” contre les sociétés Mana Ito et ManaGaz, dirigées par Richel et Albert Moux. Une première audience était prévue le 29 août, renvoyée en octobre dernier. Ce lundi, place aux plaidoiries des deux sociétés.
Depuis l’arrivée de ManaGaz sur le marché du gaz en octobre 2024, Gaz de Tahiti estime subir une offensive commerciale agressive destinée à évincer l’entreprise historique du marché polynésien. Gaz de Tahiti dénonce une concurrence déloyale caractérisée par “le dénigrement, les prix anormalement bas et la publicité comparative mensongère” de son concurrent
Lors de l’audience qui s’est tenue ce lundi devant le tribunal du commerce, le point central du dossier a été la bataille des prix pratiqués. Gaz de Tahiti accuse son concurrent de vendre à des prix “abusivement bas”. L’entreprise affirme que ManaGaz bénéficie de la puissance financière du groupe Moux. Selon elle, cette capacité financière permettrait à ManaGaz de casser les prix temporairement. Me Pierre-Olivier Lambert, avocat parisien de Gaz de Tahiti, a souligné devant le tribunal qu’avec l’arrivée de la concurrence, le chiffre d’affaires de Gaz de Tahiti aurait baissé. Entre 2023 et 2025, Gaz de Tahiti estime avoir perdu près de 282 millions de francs de bénéfices.
Gaz de Tahiti affirme que la stratégie de ManaGaz menace directement l’emploi ainsi que l’expertise technique locale liée à la maintenance et à la distribution du gaz. Des accusations rejetées par les deux avocats de la défense de ManaGaz, Me Thibaud Millet et Me Angélique Herbez Fontaine : “On est en train de faire un procès à quelqu’un parce qu’il ne vend pas assez cher.” Ces derniers ont estimé que les pertes évoquées sont les conséquences normales de l’ouverture du marché. Pour eux, cela révèlerait surtout une dépendance à des marges importantes et non des pratiques illicites de prix prédateurs. “On ne peut pas non plus reprocher à ManaGaz de désorganiser Gaz de Tahiti après l’embauche de deux salariés de chez Gaz de Tahiti sur 40. Au dossier, on a aucune volonté de ManaGaz de récupérer un salarié. C’est le libre jeu de la concurrence dans ce cas.”
“Ce n’est pas le libre jeu de la concurrence”
L'autre grief soulevé par l’avocat du barreau de Paris : la “campagne de dénigrement menée par Managaz”. L’entreprise reproche plusieurs déclarations publiques faites entre septembre et novembre 2024. “Ce n’est pas le libre jeu de la concurrence. Moi, je suis pour la concurrence, c’est la concurrence déloyale qui est interdite”, a-t-il estimé.
Gaz de Tahiti a attaqué plusieurs campagnes publicitaires diffusées par ManaGaz, notamment sur Facebook et sur des panneaux d’affichage, jugées dévalorisantes pour ses produits, ses bouteilles étant présentées comme lourdes, rouillées et peu pratiques, face à des bouteilles ManaGaz présentées comme modernes et attractives.
ManaGaz, par la voix de ses avocats, a reconnu certaines erreurs matérielles dans les affichages mais estime qu’elles ont été corrigées et qu’elles ne suffisent pas à caractériser une concurrence déloyale.
La société Gaz de Tahiti demande la somme de 107,5 millions de francs de dommages et intérêts. Le tribunal rendra sa décision le 29 mai.





























