En janvier 2024, une commission d’enquête conduite par des élus de l’assemblée de la Polynésie française s’est penchée sur la crise sanitaire en Polynésie française liée à pandémie de Covid-19. Un rapport de 284 pages, conduit par deux commissions différentes qui s’étaient attardées sur de nombreux points de la gestion de la crise au Fenua.
Pêle-mêle, la commission d’enquête avait fourni 49 recommandations dont la nécessité d’éclaircir les relations entre le Pays et l’État dans la chaîne décisionnelle, la nécessité de venir en aide au personnel soignant dans les domaines salariaux, en termes d’effectifs et de stocks, ou encore la mise en place de politiques publiques pour remettre la population, à 50 % atteinte d’obésité, sur les rails de la santé.
La commission avait aussi mis en avant les dispositifs d'aide mis en place pour soutenir les entreprises, l'emploi et le secteur aérien domestique afin d'amortir le choc des fermetures de frontières et des restrictions de déplacement.
C’est peu ou prou sur ces mêmes dispositifs que s’est penchée la Chambre territoriale des comptes dans le rapport qu’elle a rendu le 16 octobre dernier et qui sera lu en séance ce jeudi à l’assemblée de la Polynésie française. Un rapport né de la campagne de participation citoyenne de 2025 pratiquée sous la forme de “l’audit flash”, c’est-à-dire consacrée à un sujet au périmètre restreint et réalisée dans un temps limité. Dans l'audit, la Chambre analyse les aides mises en place par la collectivité pour répondre aux conséquences économiques et sociales résultant de la pandémie de Covid-19. Il a pour objectif de dresser un panorama des mesures mises en œuvre pendant la pandémie, de consolider les masses financières investies, d'en évaluer les effets et les limites. Le soutien de l’économie polynésienne par l’État est également évoqué, sans être épluché dans ses effets.
Des mesures rapides
Fin mars 2020, un plan de sauvegarde est voté. Un plan de relance suivra en septembre 2020 avec “la réactivation de dispositifs transitoires, la création de nouvelles mesures et le recours accru à d’anciennes mesures”.
Ces mesures, à l’époque, ont été accompagnées par l’IEOM qui a évité aux banques une crise de liquidités en accordant 73 milliards de francs de lignes de refinancement. “La Sofidep et l’Adie, soutenues notamment par la collectivité, ont contribué dans une moindre mesure à cet effort”, complète la CTC sur le volet bancaire.
Grâce à ces différents leviers, et le refus de remettre en place un confinement en 2020 et surtout 2021 pendant la vague Delta, alors que les Polynésiens se remettaient difficilement de la perte de nombreux êtres chers, le dernier trimestre 2020 notait déjà un indice du climat des affaires en hausse. Une économie qui retrouvait peu à peu la santé, après plus de 500 morts pour la seule rentrée d’août-septembre 2021.
“L’effort financier de la collectivité a été majeur, tout comme celui de l’État. Il représente 7,8 % du cumul des PIB 2020-2021 en subventions et exonérations (82 milliards de francs) et 10,2 % du cumul des PIB 2020-2021 en prêts garantis par l'État et avances en comptes courants (107 milliards de francs)”, ponctue le rapport de la CTC.
Ça marche, sans savoir sur quoi
“Il ressort que les mesures à destination des personnes les plus démunies ont été faibles eu égard aux montants injectés dans l'économie, les principaux bénéficiaires étant les entreprises, les salariés du public et ceux du privé dont le financement a été assuré par la collectivité”, note la Chambre qui ne peut que constater que les plus démunis n’ont jamais vu la couleur de l’argent débloqué pour soutenir l’économie.
Les bilans régulièrement réalisés par la collectivité montrent aussi la pagaille qui régnait à l’époque dans la tenue des comptes et des aides envoyées. “Les chiffres diffèrent souvent entre eux et l'effort d'évaluation global n’a pas été effectué”, explique la synthèse des conclusions du rapport de la Chambre. “Les effets réels de chaque dispositif restent pour la plupart inconnus”, ose même la CTC dans son rapport. Si on sait que les aides ont permis à l’économie de tenir, difficile de savoir donc sous quelle forme et avec quelle efficacité ces aides se sont manifestées auprès du public comme du privé.
“Bien que peu documentées au niveau des directions de la collectivité, les informations statistiques et les analyses des principaux instituts confirment l'efficacité des dispositions prises en termes de soutien à l’appareil productif et d’amortisseur social”, poursuit la CTC si bien que l’on sait définir que l’argent a bien aidé sans trop savoir comment.
“Les contrôles a posteriori n’ont pas été réalisés par la collectivité sur la plupart des dispositifs”, conclut la CTC sur ce volet. “Des alertes ont pourtant été matérialisées, notamment par la CPS, sur la perception irrégulière de plusieurs dispositifs incompatibles”, indique la CTC. Certaines sociétés ont perçu des aides qu’elles n’auraient pas dû percevoir. D’autres en ont perçu plusieurs… Mais la situation d’urgence et le “quoi qu’il en coûte” jupitérien ont aidé à faire fermer les yeux, pourvu que l’économie tourne encore.
La Direction des impôts a bien identifié “l'existence d'indus nombreux et d’effets d’aubaine” avec, “malgré la crise, des flux financiers vers l’étranger” qui se sont poursuivis, dans des montants significatifs au niveau du secteur bancaire.
“Au final”, conclut le rapport fourni par la CTC, “la collectivité de Polynésie française n’est pas en mesure de fournir des informations consolidées sur le coût des aides financières pendant la pandémie, sur le nombre de bénéficiaires soutenus, leur efficience et de donner une quelconque assurance que les aides octroyées n’ont pas excédé les préjudices subis.”
Même en temps de crise sanitaire et économique, il en est toujours de ceux qui parviennent à tirer leur épingle du jeu et à rendre leurs affaires florissantes. Ils déposent un cierge chaque matin sur l’autel de la désorganisation de l’aide publique qui arrose sans trop savoir s’il pousse herbe fraîche ou chiendent.
Deux années de lourdes fuites de capitaux
Dans un encart à part du rapport de la Chambre territoriale des comptes, cette dernière totalise le flux d’argent sortant de Polynésie française pendant la pandémie. “La balance des paiements comprend un compte financier qui retrace les flux financiers entre la Polynésie française et le reste du monde”, explique la CTC. “Selon les chiffres de l’IEOM, les comptes financiers de la Polynésie française, hors flux entre l’IEOM et le trésor public, présentent des sorties nettes de 10,7 milliards de francs en 2020 et 34,5 milliards de francs en 2021, contre 3 milliards de francs en 2019. Comme souligné par l’IEOM, les banques ont placé une partie de leurs liquidités excédentaires à l’extérieur. Leurs positions nettes s’élèvent à 17,5 milliards de francs en 2020 et 10,1 milliards de francs en 2021. Les investissements à l'étranger directs composés des remontées vers les maisons mères, les investissements immobiliers extérieurs et les sorties de capitaux des entreprises polynésiennes vers leurs filiales à l’étranger présentent un solde net d'1,3 milliard en 2020 et 3,9 milliards en 2021, contre 0,85 milliard de francs en 2019, et ce malgré les restrictions de voyages. Les achats de titres émis par des non-résidents progressent également (à hauteur de 2,5 milliards de francs en 2020 et 2021 contre 0,6 milliard de francs en 2019).”






























