Tahiti, le 28 juillet 2026 - Faute de majorité pour renverser Moetai Brotherson, et surtout de consensus sur celui qui pourrait lui succéder, la crise politique pourrait s’installer dans la durée. Le président du Pays a encore près de deux ans pour élargir les rangs d’A Fano Ti’a et, lorsque les voix lui manqueront, la possibilité de recourir à son “49.3 polynésien” sur les textes budgétaires. En face, les oppositions peuvent laisser le gouvernement gouverner… tout en transformant chaque arbitrage en argument de campagne pour 2028.
Depuis sa rupture avec le Tavini qui l’a porté au pouvoir, Moetai Brotherson s’emploie à élargir les rangs d’A Fano Ti’a. Parti avec 15 représentants à l’assemblée en avril, son groupe en compte désormais 17 après les ralliements de Tevahiarii Teraiarue puis d’Ernest Teagai. Le Tavini, lui, est passé de 22 à 20.
Le dernier départ est révélateur. Le maire de Tatakoto n’a guère habillé sa décision de considérations idéologiques : Ernest Teagai veut “faire avancer le Pays”, mais aussi les dossiers de sa commune. Moetai Brotherson ne lui aurait “rien promis”, assure-t-il, mais l’élu place “beaucoup d’espoir en lui” et reconnaît être chargé de convaincre d’autres représentants de rejoindre A Fano Ti’a.
Le cas n’est pas isolé. Lors du deuxième collectif budgétaire, Tahuhu Maraeura, maire de Rangiroa, avait été le seul des 16 élus Tapura à voter avec le gouvernement, invoquant lui aussi les intérêts de sa commune. Et chaque déplacement gouvernemental dans les archipels est désormais susceptible d’être observé sous le même prisme. La semaine dernière à Tahuata, Félix Barsinas a démenti toute invitation à rejoindre A Fano Ti’a, mais confirmé qu’une candidature aux sénatoriales lui avait été proposée.
Pour Édouard Fritch, les derniers mouvements ne font que conforter les accusations qu’il portait déjà lors du rejet du deuxième collectif. “Je ne peux pas non plus arguer du fait qu’il achète les voix (...). Certains élus, effectivement, sont fragilisés.” Mais il dit faire confiance aux siens : “Je ne pense pas que les millions que peut étaler Moetai Brotherson (…) vont les faire basculer ailleurs.” Sur Tahuata, il félicite Félix Barsinas d’avoir “rappelé qu’il appartenait à un groupe” et prévient : “Ce n’est pas fini. Parce que ça va continuer. (…) Je pense que les gens résisteront. Ils peuvent dire oui, mais qu’ils ne vendent pas leur âme.”
Une lecture que conteste Moetai Brotherson. Interrogé lundi par TNTV, le président du Pays assure ne pas faire de “prosélytisme” lors des déplacements gouvernementaux. Quant au retrait du Tapura, il l’a accueilli mardi matin devant l’ensemble des médias avec ironie : “J’avoue que je n’ai pas suivi ce qui s’est passé, il y a tellement d’épisodes. C’est une bonne nouvelle. Enfin un peu de sagesse, on va dire.”
Gouverner sans majorité
À 17 élus, A Fano Ti’a reste loin des 29 nécessaires pour disposer seul d’une majorité absolue à Tarahoi. Mais Moetai Brotherson n’a pas forcément besoin d’en conquérir douze pour tenir jusqu’en 2028. Quelques soutiens ou abstentions peuvent suffire selon les textes. Et sur le budgétaire, il dispose surtout de l’article 156-1 de la loi organique.
Il l’a déjà dégainé après le rejet du deuxième collectif. Ce “49.3 polynésien” lui permet d’engager la responsabilité de son gouvernement. À ses adversaires, alors, de réunir 35 voix autour d’une motion de renvoi, d’un nouveau président et d’un budget alternatif. Autrement dit, de construire la majorité de remplacement qu’ils sont aujourd’hui incapables de trouver.
Le collectif n°3 pourrait rapidement remettre cette mécanique à l’épreuve. Avant d’en arriver là, Moetai Brotherson tente – enfin – la concertation. “J’ai envoyé des courriers à tous les groupes politiques pour les réunir à la Présidence, au salon d’honneur, pour leur exposer le collectif 3 dans sa dernière mouture et puis recueillir leurs remarques, s’ils ont éventuellement de bonnes idées. On est ouvert à toutes les bonnes idées”, a-t-il expliqué mardi. Sans y voir pour autant la recherche d’une alliance : “L’objectif n’est pas d’avoir raison. L’objectif, c’est que les choses avancent (…) c’est que la Polynésie avance.”
Reste à voir si cette ouverture suffira. Édouard Fritch prévoit une opposition du Tapura, une abstention du Tavini et un A Fano Ti’a trop court pour faire adopter seul le texte. “Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a plus de majorité dans cette assemblée”, claque-t-il.
Puis viendra le budget primitif. Moetai Brotherson pourrait alors se retrouver dans cette situation paradoxale : ne pas avoir 29 voix pour faire adopter ses textes budgétaires, mais profiter de l’incapacité de ses adversaires à en réunir 35 pour le remplacer. D’exceptionnel, le recours au 156-1 pourrait devenir beaucoup plus régulier.
L’opposition déjà en campagne
À défaut de faire tomber le gouvernement, ses adversaires peuvent lui faire payer politiquement ses arbitrages. Édouard Fritch rappelle ainsi que le collectif n°2 devait notamment “résoudre le problème des Jeux”. Or, dit-il, une “grosse subvention pour l’IJSPF” a depuis été accordée par arrêté : “Ils n’ont pas attendu que le collectif 2 soit voté.” Même attaque sur les postes d’urgentistes que Moetai Brotherson avait annoncé vouloir inscrire au collectif n°3 : “Je n’ai pas trouvé. Maintenant, il peut toujours amender puisqu’il faut quand même corriger quand on ne dit pas la vérité, complètement la vérité.”
De quoi fournir aux oppositions une matière toute trouvée pour les mois à venir. Pourquoi plus de quatre milliards pour une piste cyclable quand l’hôpital est à bout de souffle ? Pourquoi tel investissement plutôt qu’un coup de pouce au pouvoir d’achat ? Pourquoi des crédits à telle commune quand d’autres attendent ? Autant d’arbitrages que les oppositions ne manqueront pas de retourner contre le gouvernement. Fritch a déjà trouvé son angle : “Il n’y a rien sur le coût de la vie. Il n’y a rien sur le pouvoir d’achat des ménages. Alors que nous regorgeons d’argent”, déplore Édouard Fritch.
L’union reste sur la table
Le Tapura a choisi de mener cette bataille depuis les bancs d’une “opposition constructive”. Mais la porte qu’il vient de refermer, Ahip la laisse ouverte. Invitée mardi matin de nos confrères de Radio 1, Nicole Sanquer rejoint l’idée défendue par Antony Géros d’un gouvernement d’union. “L’urgence, c’est de trouver une majorité à l’assemblée de la Polynésie française sur un programme commun avec une liste de priorités et d’urgences”, insiste la présidente de Ahip.
Et entre les deux figures issues de l’ancienne majorité indépendantiste, son choix est désormais clairement assumé : “Entre M. Géros et M. Brotherson, aujourd’hui, je préfère travailler avec M. Géros.” Une position qui rappelle forcément le “7-7-7”, cette alliance entre indépendantistes et autonomistes qu’Édouard Fritch invoquait encore lundi pour expliquer le refus du Tapura de renouveler une telle expérience. Nicole Sanquer estime au contraire que le contexte a changé : “Ça fait trois ans que nous avons appris à nous connaître.” Et que les divergences institutionnelles peuvent être mises de côté face aux urgences, notamment “les problèmes de nos hôpitaux” et “la cherté de la vie”.
Reste à réunir les voix. Et sans le Tapura, qui vient précisément de se retirer de l’équation, cette majorité d’union demeure pour l’heure virtuelle. Nicole Sanquer refuse pourtant d’attendre : “On ne va pas continuer deux ans comme ça. À chaque séance, ça va être des insultes, des règlements de compte. La population, elle nous voit. Et je crois que ce n’est pas ça qu’elle attend.”
Et c’est précisément ce délai jusqu’en 2028 qui joue aujourd’hui en faveur de Moetai Brotherson.
Depuis sa rupture avec le Tavini qui l’a porté au pouvoir, Moetai Brotherson s’emploie à élargir les rangs d’A Fano Ti’a. Parti avec 15 représentants à l’assemblée en avril, son groupe en compte désormais 17 après les ralliements de Tevahiarii Teraiarue puis d’Ernest Teagai. Le Tavini, lui, est passé de 22 à 20.
Le dernier départ est révélateur. Le maire de Tatakoto n’a guère habillé sa décision de considérations idéologiques : Ernest Teagai veut “faire avancer le Pays”, mais aussi les dossiers de sa commune. Moetai Brotherson ne lui aurait “rien promis”, assure-t-il, mais l’élu place “beaucoup d’espoir en lui” et reconnaît être chargé de convaincre d’autres représentants de rejoindre A Fano Ti’a.
Le cas n’est pas isolé. Lors du deuxième collectif budgétaire, Tahuhu Maraeura, maire de Rangiroa, avait été le seul des 16 élus Tapura à voter avec le gouvernement, invoquant lui aussi les intérêts de sa commune. Et chaque déplacement gouvernemental dans les archipels est désormais susceptible d’être observé sous le même prisme. La semaine dernière à Tahuata, Félix Barsinas a démenti toute invitation à rejoindre A Fano Ti’a, mais confirmé qu’une candidature aux sénatoriales lui avait été proposée.
Pour Édouard Fritch, les derniers mouvements ne font que conforter les accusations qu’il portait déjà lors du rejet du deuxième collectif. “Je ne peux pas non plus arguer du fait qu’il achète les voix (...). Certains élus, effectivement, sont fragilisés.” Mais il dit faire confiance aux siens : “Je ne pense pas que les millions que peut étaler Moetai Brotherson (…) vont les faire basculer ailleurs.” Sur Tahuata, il félicite Félix Barsinas d’avoir “rappelé qu’il appartenait à un groupe” et prévient : “Ce n’est pas fini. Parce que ça va continuer. (…) Je pense que les gens résisteront. Ils peuvent dire oui, mais qu’ils ne vendent pas leur âme.”
Une lecture que conteste Moetai Brotherson. Interrogé lundi par TNTV, le président du Pays assure ne pas faire de “prosélytisme” lors des déplacements gouvernementaux. Quant au retrait du Tapura, il l’a accueilli mardi matin devant l’ensemble des médias avec ironie : “J’avoue que je n’ai pas suivi ce qui s’est passé, il y a tellement d’épisodes. C’est une bonne nouvelle. Enfin un peu de sagesse, on va dire.”
Gouverner sans majorité
À 17 élus, A Fano Ti’a reste loin des 29 nécessaires pour disposer seul d’une majorité absolue à Tarahoi. Mais Moetai Brotherson n’a pas forcément besoin d’en conquérir douze pour tenir jusqu’en 2028. Quelques soutiens ou abstentions peuvent suffire selon les textes. Et sur le budgétaire, il dispose surtout de l’article 156-1 de la loi organique.
Il l’a déjà dégainé après le rejet du deuxième collectif. Ce “49.3 polynésien” lui permet d’engager la responsabilité de son gouvernement. À ses adversaires, alors, de réunir 35 voix autour d’une motion de renvoi, d’un nouveau président et d’un budget alternatif. Autrement dit, de construire la majorité de remplacement qu’ils sont aujourd’hui incapables de trouver.
Le collectif n°3 pourrait rapidement remettre cette mécanique à l’épreuve. Avant d’en arriver là, Moetai Brotherson tente – enfin – la concertation. “J’ai envoyé des courriers à tous les groupes politiques pour les réunir à la Présidence, au salon d’honneur, pour leur exposer le collectif 3 dans sa dernière mouture et puis recueillir leurs remarques, s’ils ont éventuellement de bonnes idées. On est ouvert à toutes les bonnes idées”, a-t-il expliqué mardi. Sans y voir pour autant la recherche d’une alliance : “L’objectif n’est pas d’avoir raison. L’objectif, c’est que les choses avancent (…) c’est que la Polynésie avance.”
Reste à voir si cette ouverture suffira. Édouard Fritch prévoit une opposition du Tapura, une abstention du Tavini et un A Fano Ti’a trop court pour faire adopter seul le texte. “Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a plus de majorité dans cette assemblée”, claque-t-il.
Puis viendra le budget primitif. Moetai Brotherson pourrait alors se retrouver dans cette situation paradoxale : ne pas avoir 29 voix pour faire adopter ses textes budgétaires, mais profiter de l’incapacité de ses adversaires à en réunir 35 pour le remplacer. D’exceptionnel, le recours au 156-1 pourrait devenir beaucoup plus régulier.
L’opposition déjà en campagne
À défaut de faire tomber le gouvernement, ses adversaires peuvent lui faire payer politiquement ses arbitrages. Édouard Fritch rappelle ainsi que le collectif n°2 devait notamment “résoudre le problème des Jeux”. Or, dit-il, une “grosse subvention pour l’IJSPF” a depuis été accordée par arrêté : “Ils n’ont pas attendu que le collectif 2 soit voté.” Même attaque sur les postes d’urgentistes que Moetai Brotherson avait annoncé vouloir inscrire au collectif n°3 : “Je n’ai pas trouvé. Maintenant, il peut toujours amender puisqu’il faut quand même corriger quand on ne dit pas la vérité, complètement la vérité.”
De quoi fournir aux oppositions une matière toute trouvée pour les mois à venir. Pourquoi plus de quatre milliards pour une piste cyclable quand l’hôpital est à bout de souffle ? Pourquoi tel investissement plutôt qu’un coup de pouce au pouvoir d’achat ? Pourquoi des crédits à telle commune quand d’autres attendent ? Autant d’arbitrages que les oppositions ne manqueront pas de retourner contre le gouvernement. Fritch a déjà trouvé son angle : “Il n’y a rien sur le coût de la vie. Il n’y a rien sur le pouvoir d’achat des ménages. Alors que nous regorgeons d’argent”, déplore Édouard Fritch.
L’union reste sur la table
Le Tapura a choisi de mener cette bataille depuis les bancs d’une “opposition constructive”. Mais la porte qu’il vient de refermer, Ahip la laisse ouverte. Invitée mardi matin de nos confrères de Radio 1, Nicole Sanquer rejoint l’idée défendue par Antony Géros d’un gouvernement d’union. “L’urgence, c’est de trouver une majorité à l’assemblée de la Polynésie française sur un programme commun avec une liste de priorités et d’urgences”, insiste la présidente de Ahip.
Et entre les deux figures issues de l’ancienne majorité indépendantiste, son choix est désormais clairement assumé : “Entre M. Géros et M. Brotherson, aujourd’hui, je préfère travailler avec M. Géros.” Une position qui rappelle forcément le “7-7-7”, cette alliance entre indépendantistes et autonomistes qu’Édouard Fritch invoquait encore lundi pour expliquer le refus du Tapura de renouveler une telle expérience. Nicole Sanquer estime au contraire que le contexte a changé : “Ça fait trois ans que nous avons appris à nous connaître.” Et que les divergences institutionnelles peuvent être mises de côté face aux urgences, notamment “les problèmes de nos hôpitaux” et “la cherté de la vie”.
Reste à réunir les voix. Et sans le Tapura, qui vient précisément de se retirer de l’équation, cette majorité d’union demeure pour l’heure virtuelle. Nicole Sanquer refuse pourtant d’attendre : “On ne va pas continuer deux ans comme ça. À chaque séance, ça va être des insultes, des règlements de compte. La population, elle nous voit. Et je crois que ce n’est pas ça qu’elle attend.”
Et c’est précisément ce délai jusqu’en 2028 qui joue aujourd’hui en faveur de Moetai Brotherson.


































