Raiatea, le 1er mars 2026 - Préserver le corail du blanchissement tout en produisant de l'électricité solaire. C'est ce petit miracle que Serge Planes, directeur de recherches au Criobe, une des antennes du CNRS en Polynésie, et son équipe sont en train de mettre en œuvre à 350 mètres de la plage de Tumaraa sur l'île de Raiatea.
Il aura fallu près de deux ans mais le projet fonctionne désormais. Vendredi, en présence du conseil municipal de Tumaraa, et des représentants de TotalEnergies Polynésie, principal bailleur de fonds du projet, Serge Planes, directeur de recherches au Criobe, a officiellement inauguré le démonstrateur de ferme solaire installé sur le lagon de Tumaraa, à Raiatea. Avec quatre modules photovoltaïques flottants de 80 m², la production annuelle estimée de ce démonstrateur est d’environ 57 MWh d’électricité d’origine renouvelable et locale.
Initialement destinée à alimenter la cuisine centrale, sur décision municipale, l'électricité produite a finalement été redirigée vers la machine à glace très énergivore de l'association des pêcheurs de Tumaraa. La secrétaire présente ce vendredi n'a d'ailleurs pas manqué de souligner la satisfaction de l’association qui retire un double bénéfice de cette expérimentation. Dans l’immédiat, elle a vu les factures d'électricité de l'association diminuer de moitié grâce à l'apport du solaire.
50 % de baisse de la facture d'électricité
Comme le soulignait Serge Planes lors de son intervention, l'association se réjouit aussi d'être associée à la bonne marche du lagon en en préservant les coraux car la bonne santé et la réserve halieutique sont étroitement liées à la bonne santé de l'ensemble de l'écosystème. À court terme, il est aussi envisagé que l'association des pêcheurs revende à la SPL, qui gère la distribution de l’énergie aux Raromata’i, le surplus d’électricité non consommée, une nouvelle étape qui contribuera encore à réduire le prix de la glace pour le bénéfice de ses adhérents.
Des réflexions qui sont d'ailleurs en cours avec la SPL représentée lors de cette inauguration. À plus long terme, si le projet devait perdurer et être dupliqué sur d'autres sites, l'idée pourrait être d'adopter une double tarification jour-nuit. Le tarif de jour étant plus faible car l'électricité serait en grande partie d'origine solaire.
Les équipes du Criobe envisagent une surface de fermes solaires flottantes de 4 ha pour couvrir l’intégralité des besoins de la commune de Tumaraa en journée, une surface somme toute raisonnable dans un lagon de plusieurs dizaines d'hectares pour un bénéfice écologique et économique non négligeable.
Inscrite dans la volonté du Pays d'atteindre 70 % d'énergies renouvelables à l'horizon 2030, cette expérimentation prend tout son sens. D'autant que le coût de son installation pourrait être pris en charge par des investisseurs qui ont besoin de “crédit carbone”.
Le corail préservé, une première mondiale
L'expérimentation développée dans l’optique d’une préservation des récifs coralliens constitue une nouveauté à l’échelle mondiale. Et les résultats sont aussi au rendez-vous. Les différents modules installés étant plus ou moins opaques, les effets d'un ombrage plus ou moins élevé ont ainsi pu être analysés. Si une réduction de l'ensoleillement de 50 % semble sans effet, il est désormais acquis que le corail tire un réel bénéfice d'une réduction de 80 %. Certes, sa croissance s'en trouve ralentie d'environ 10 %, mais on note très peu de mortalité et de blanchissement lors des épisodes de fortes chaleurs. Ce dispositif ne stresserait donc pas le corail. C’était là un des points importants que les scientifiques entendaient vérifier avant d'envisager un potentiel développement de la technologie. Des résultats très encourageants et une nouvelle fois salués par l’association des pêcheurs qui apprécient ces dispositifs de concentration de poissons (DCP) d'un nouveau genre.
Dans le cadre d'une convention de trois ans avec la commune, l’expérimentation devrait courir jusqu'à la fin de l'année prochaine. Durant cette période, ce sont les équipes du Criobe et leurs bailleurs de fonds qui gèrent le parc, la commune demeurant le bénéficiaire de la production électrique. À l'issue, le parc deviendrait un équipement communal, charge à la ville de le gérer et l'entretenir, ou il sera démonté par les équipes du Criobe si la commune n'en veut pas.
Inauguré vendredi dans la cocoteraie qui borde la zone du lagon où sont installés les modules de panneaux solaires flottants, un panneau explicatif permet désormais aux visiteurs de prendre la mesure de ce projet d'avenir.





























