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Conflit de loyauté au Tavini


Tahiti, le 31 mars 2026 - À une dizaine de jours de l’ouverture de la session administrative du 9 avril, le Tavini tente de colmater des plaies désormais bien ouvertes. Réunis ce mardi en comité de majorité élargi, cadres et militants ont tenté de sauver l’unité autour d’Oscar Temaru. Mais entre partisans d’une ligne indépendantiste stricte et élus “tiraillés” et tentés par un nouveau groupe à l’assemblée, les positions semblent difficilement réconciliables.

 
La réunion de ce mardi à la permanence du Tavini avait des allures de dernière tentative. Autour d’un comité de majorité élargi, réunissant une quinzaine des 35 élus du groupe mais aussi des cadres et militants, Oscar Temaru a martelé un message d’unité, appelant à revenir au combat d’origine : l’indépendance. Mais derrière les mots, la réalité politique s’impose. Deux lignes s’affrontent désormais ouvertement depuis la réunion explosive de samedi, et un retour en arrière semble difficile.
 
En ligne de mire, la séance du 9 avril, où Moetai Brotherson a annoncé la création d’un nouveau groupe à l’assemblée. Une échéance stratégique, puisqu’elle actera aussi le renouvellement des commissions intérieures – des postes loin d’être anodins, puisqu’ils doublent les crédits alloués aux collaborateurs.
 
Dans ce contexte, certains élus hésitent encore. Absent mardi, Steve Chailloux avait reconnu samedi être face à un choix cornélien. “Ma décision n’est pas encore prise”, disait-il, car “il faut choisir entre le cœur et le cœur”.
 
Entre fidélité au parti et choix personnel
 
Même incertitude du côté de Thilda Garbutt-Harehoe : “Le 9 avril, je ne sais toujours pas ce que je vais faire, tellement je suis tiraillée. Je suis en plein conflit de loyauté… Quand l’un annonce quelque chose, l’autre dit le contraire, et c’est ça qui me désole”, a-t-elle confié ce mardi, partagée entre fidélité au parti et responsabilités vis-à-vis des électeurs qui l’ont portée au pouvoir en 2023.
 
À l’inverse, d’autres élus restent inflexibles et fidèles à la ligne dure du parti à l’image de Heinui Le Caill : “Je suis Tavini, je reste Tavini”. Pour lui, il n’y a “qu’un seul groupe” : Tavini. Point. Même fermeté chez Maurea Maamaatuaiahutapu, qui recentre le débat sur l’essentiel : “La question de l’indépendance, elle est là. Je suis indépendantiste et je le reste.”
 
Difficile de savoir qui composera ce nouveau groupe, qui n’a besoin que de six élus pour exister mais pourrait en compter davantage : “10 à 12”, nous dit-on d’un côté, quand Moetai Brotherson évoque plus d’une vingtaine d’élus. Mais ce qui crispe surtout, c’est la méthode employée. Selon Tony Géros, qui l’a affirmé sur Radio 1 puis en comité de majorité, le président du Pays aurait contacté directement des élus pour constituer un nouveau groupe, “voire un parti”.
 
À mesure que l’échéance approche, les positions se figent. D’autant que pour le président de l’assemblée, la création d’un second groupe est une gesticulation inutile puisqu’ils “voteront les textes” comme un seul homme. Un nouveau comité de majorité est d’ores et déjà prévu mardi prochain, cette fois dans les locaux de l’assemblée, deux jours avant la séance décisive. Peut-être la dernière occasion de recoller les morceaux.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mardi 31 Mars 2026 à 16:22 | Lu 1146 fois