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Carnet de voyage - Deux amiraux « pères » de la vanille de Tahiti



Dans le cadre de la semaine de la vanille, qui se tient en ce moment à l’Assemblée de la Polynésie française, il nous a paru intéressant de vous proposer un petit voyage dans le temps, aux racines, en quelque sorte, de la vanille de Tahiti, Vanilla xtahitensis. Cette orchidée lianescente n’existait pas avant 1845 dans nos îles et elle est le fruit d’une hybridation entre deux espèces du genre Vanilla (d’où le x collé devant tahitensis). A l’origine de cette richesse de notre Fenua, deux hommes, des amiraux français, sans oublier un petit esclave réunionnais de douze ans, qui vécut et mourut dans la misère. Portraits…

Hamelin, l’amiral vanille

Carnet de voyage - Deux amiraux « pères » de la vanille de Tahiti
Officiellement, c’est à Ferdinand Alphonse Hamelin (1796-1864) que la Polynésie française doit ses premières lianes de vanille, alors cultivée aux Philippines (les espèces du genre Vanilla venant toutes, à l’origine, de la Méso-Amérique : Sud du Mexique, Belize, Guatemala, Honduras). En fait, selon certains botanistes, la toute première introduction remonterait à 1845, mais aucune source écrite ne donne plus de précisions. Hamelin, à bord de la frégate « La Virginie » est donc l’introducteur officiel de la vanille à Tahiti en 1848 (très probablement des plants de Vanilla planifolia, dont un synonyme passé était Vanilla fragrans).

En froid avec les Anglais

A cette époque, Hamelin était en poste dans le Pacifique depuis quatre ans. Il avait, en effet, été nommé contre-amiral, commandant de la Station navale du Pacifique et, à ce titre, il circulait donc dans notre vaste océan. Il découvrit Tahiti dès sa nomination, le 21 décembre 1844, et il se fit très vite remarquer en donnant une splendide réception à bord de « La Virginie » le 7 janvier 1845 au cours de laquelle il annonça à ses invités anglais qu’il était en mission pour restaurer pleinement le protectorat de la France. Ce qu’il fit le 17 janvier, mais sans la reine Pomare IV qui s’était exilée à Raiatea et qui ne reviendra à Tahiti qu’en 1847, après la victoire définitive des troupes françaises contre les opposants au protectorat. Ce 17 janvier consacre la brouille franco-britannique, car Hamelin refuse que le drapeau britannique soit hissé sur le consulat anglais, dans la mesure où celui-ci, qui n’a pas reçu l’exequatur, n’est donc pas officiel. On est alors en pleine affaire Pritchard, l’ex-consul britannique, qui avait renoncé à ses fonctions et qui fut expulsé (le 13 mars 1844, pour avoir créé une agitation manifeste contre les Français).

Ministre de la Marine

Lorsque le 10 février 1845, le commandant anglais sir T. Thomson arriva à Papeete à bord du navire « Talbot », pour enquêter sur l’expulsion de Pritchard, il ne traîna pas face à l’intransigeance de Hamelin et repartit pour Honolulu dès le 15 février, embarquant le consul anglais « non officiel » Miller.

Hamelin quitta Tahiti à la fin de ce même mois à destination du Pérou, mais revint dès l’année suivante et poursuivit sa vie de marin dans le Pacifique jusqu’à nous amener des boutures de vanille des Philippines en 1848.

Sa carrière, par la suite, fut brillante puisqu’il devint ministre de la Marine de 1855 à 1860. Il décéda le 16 janvier 1864 et repose aujourd’hui aux Invalides.

Bonard, l’amiral de la Fautaua

L’amiral Bonard participa à la guerre franco-tahitienne et y mit fin grâce à un coup d’éclat au fond de la Fautaua.
L’amiral Bonard participa à la guerre franco-tahitienne et y mit fin grâce à un coup d’éclat au fond de la Fautaua.
Louis Adolphe Bonard (1805-1867) était, lui aussi, vice-amiral. On lui doit, en 1850, l’introduction d’au moins une seconde espèce de vanille, Vanilla odorata ou plus probablement Vanilla pompona, ainsi que de nouvelles boutures de Vanilla planifolia, vanilles originaires des Antilles et de la Guyane.
Pour tous les spécialistes, la vanille « pompona » est de qualité inférieure à V. planifolia, mais c’est à partir de ce « mélange » d’espèces du genre Vanilla que va naître, sans que l’on sache exactement quand et comment, la vanille de Tahiti, Vanilla xtahitensis.

Enchaîne à Alger

Mais revenons à notre vice-amiral, né à Cherbourg au début du XIXe siècle. Elevé dans une famille aisée, il fit de brillantes études, au point d’intégrer polytechnique avant d’entrer dans la marine à 21 ans, en 1826. A l’époque, les relations entre l’Algérie et la France étaient exécrables, à cause, notamment, de dettes non payées au dey d’Alger, Hussein. La situation était si mauvaise que les pirates mauresques, comme on appelait encore les marins algériens, n’hésitaient pas à affronter des navires français. C’est ainsi que dans un combat rapproché Bonard fut capturé par les Algériens et se retrouva emprisonné et enchaîné. Ce n’est qu’à la faveur de l’expédition d’Alger, entre le 14 juin et le 5 juillet 1830, une fois la ville prise, que les forces françaises délivrèrent le pauvre Bonard ; malgré cette pénible détention, il poursuivit sa carrière dans la marine.

Fin de la guerre à Tahiti

Si son nom est resté dans la petite histoire locale pour son apport en vanilles, il est beaucoup plus célèbre pour une tout autre action d’éclat, qui lui valut de se couvrir de gloire. Bonard, alors capitaine de corvette sur l’ »Uranie », étant en effet à Tahiti dès 1844, période troublée de notre histoire, fut appelé à participer aux luttes contre les Tahitiens réfractaires au protectorat français. Il s’illustra à Mahaena en avril 1844, à Faa’a le 30 juin de la même année (il y sera blessé) et plus tard à Huahine. Mais c’est en décembre 1846, en pleine saison des pluies, qu’il réussit à mettre fin à ces combats d’une manière hardie : un millier de Tahitiens s’étaient réfugiés au fond de la vallée de la Fautaua, au fort de Fachoda, jugeant leur position inexpugnable.

Sans un coup de feu

Un piimato originaire de Rapa, Tariirii, chasseur de plumes de phaétons, connaissant parfaitement la montagne, emmena le 17 décembre 1844 dans son sillage 150 voltigeurs de Bonard. Ils tracèrent un chemin jugé aussi périlleux qu’impraticable pour permettre à d’autres soldats de monter à leur tour sur les hauteurs de la vallée, de manière à prendre à revers les Tahitiens dont l’attention avait été mobilisée par une attaque de diversion sur le chemin qu’ils avaient empruntés avant de se barricader. Ce qui fut fait sans un coup de feu pratiquement, en tous les cas sans aucune perte humaine dans le bref combat des deux côtés ; tous les Tahitiens se rendirent ; seuls quelques-uns, fuyant au mépris de leur sécurité, chutèrent dans les ravins et se tuèrent. Un rapport militaire de l’époque précise qu’« il n’y eut pas le moindre acte d’inhumanité à regretter et les vainqueurs partagèrent leurs rations avec les vaincus ».

Gloire et promotion

Bonard venait de réussir un exploit, tant en termes de prise de risques qu’en termes de victoire sans effusion inutile de sang. Le choc fut tel pour les révoltés que là où subsistaient des foyers d’insoumission, les insurgés rendirent les armes immédiatement : le 22 décembre à la Punaruu, le 24 décembre à Papenoo.

Auréolé de gloire, Bonard rentra en France où il fut promut capitaine de vaisseau, avant de revenir à Tahiti en tant qu’officier commandant de la subdivision navale de l’Océanie (remplaçant alors le gouverneur dont le poste avait été supprimé). Bonard fut nommé le 19 juillet 1849 et entra en fonction le 20 mars 1850 (jusqu’au 16 juin 1852).

Il fut ensuite nommé contre-amiral en juin 1855 et prit en main le devenir de toute la division navale du Pacifique de 1858 à 1851, avant d’opérer en Cochinchine. Il décéda à Amiens le 31 mars 1867.

Ses hautes fonctions militaires chez nous ne l’empêchèrent pas de voir le potentiel que la vanille pouvait avoir à Tahiti et dans les îles et c’est pour cela qu’il enrichit en espèces le genre Vanilla et qu’on peut donc le considérer, au même titre qu’Hamelin, comme l’un des pères de Vanilla xtahitensis.

Edmond Albius, petit esclave aux doigts d’or

L’unique portrait (sans doute approximatif) d’Edmond Albius, qui découvrit, à douze ans seulement, comment « marier » la vanille.
L’unique portrait (sans doute approximatif) d’Edmond Albius, qui découvrit, à douze ans seulement, comment « marier » la vanille.
Edmond Albius est entré dans l’histoire par une toute petite porte, celle de l’esclavage. On ignore la date précise de sa naissance, parce que personne, en 1829, ne notait ce genre de « détail » dans un quelconque état civil d’esclaves. Il vit le jour à Sainte-Suzanne, commune rurale de l’île de La Réunion, et y décéda en 1880, à l’âge donc de 50 ans à peine.

Esclave et orphelin

Un esclave se savait condamné toute sa vie à travailler aux champs, sous la férule de son maître. Dans son malheur, le petit Edmond (qui n’a pas reçu de nom de famille) eut de la chance : certes sa mère décéda à sa naissance, certes on ne lui connaissait pas de père, mais un botaniste distingué le recueillit, Féréol Bellier Beaumont, qui le traita bien et lui apprit l’art de cultiver les plantes tropicales de La Réunion. L’une d’elle, introduite en 1819, « faisait de la résistance », la liane de vanille. Cette belle orchidée ne produisait pas de fruits, des capsules aromatiques de grande valeur, comme dans sa région d’origine, l’Amérique centrale.

Déjà expert à douze ans

Certes, Charles François Antoine Morren, éminent botaniste belge, en 1836, avait réussi le premier à féconder une fleur de vanille pour obtenir la fameuse capsule, improprement appelée « gousse » (ainsi que le Français Joseph Henri François Neumann en 1837).

Mais dans la pratique, personne ne savait reproduire cette opération. Edmond, lui, n’avait que douze ans, mais il avait l’œil averti d’un expert en herbe. L’orchidée produit une fleur hermaphrodite, abritant des organes mâles et femelles et le jeune garçon savait les reconnaître. En 1841, son mentor lui laissa les coudées franches pour expérimenter un « mariage » de la vanille et le résultat fut immédiat ; en un tour de main, Edmond parvint à féconder des fleurs et à obtenir des gousses.

La Réunion convertie à la vanille

Toute l’île de La Réunion salua ce coup de maître et se mit à cultiver massivement de la vanille, jusqu’à en devenir le premier producteur mondial. Sept ans après la découverte du petit esclave, l’île exportait dix kilos de gousses, puis 267 kilos en 1853, plus de trois tonnes en 1858, 200 tonnes en 1898 (4 200 hectares étaient plantés).

Edmond, malheureusement pour lui, était Noir et esclave. Il ne retira aucun bénéfice de sa trouvaille et décéda jeune dans la misère, après l’abolition de l’esclavage en 1848. C’est d’ailleurs à l’occasion de sa « libération » qu’il reçut son nom de famille, Albius, en référence à la couleur claire de la fleur de vanille.

Pire, des Blancs tentèrent de lui voler la paternité de sa découverte. Ainsi le botaniste Jean-Michel Claude Richard prétendit qu’il avait lui-même appris la technique de la fécondation à Edmond trois ou quatre ans avant sa découverte. Au tout début du XXe siècle, un journal ira même jusqu’à affirmer que le procédé de la pollinisation était dû à un Blanc, puisque Albius n’était pas un Noir ! Certes, son nom de famille, Albius, est tiré de l’adjectif latin « albus », signifiant blanc, mais de là à faire d’Edmond un Blanc, il fallait oser.

Heureusement, des botanistes vinrent rétablir la vérité et rendre à Edmond Albius ce qui était à Edmond Albius, une reconnaissance qui ne l’empêcha pas, encore une fois, de mourir dans un dénuement extrême.

Textes : Daniel Pardon

La prise du fort de la Fautaua à Tahiti le 17 décembre 1846. Une peinture due à Charles Giraud (1819-1892).Musée national du Château de Versailles.
La prise du fort de la Fautaua à Tahiti le 17 décembre 1846. Une peinture due à Charles Giraud (1819-1892).Musée national du Château de Versailles.

La vanille, au XIXe siècle, était un produit de luxe extrêmement recherché et les territoires tropicaux sous le contrôle de la France bénéficièrent du développement de cette culture.
La vanille, au XIXe siècle, était un produit de luxe extrêmement recherché et les territoires tropicaux sous le contrôle de la France bénéficièrent du développement de cette culture.


Rédigé par Daniel PARDON le Jeudi 18 Mai 2017 à 16:30 | Lu 1468 fois





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