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Bulibasha : le Patriarche maori



PAPEETE, le 24 juin 2017 - Avec Bulibasha, roi des gitans, l’écrivain maori Witi Ihimaera livre un tableau tout à fait authentique des clans de tondeurs de moutons dans les années 1950. Véritable saga familiale sur trois générations, ce roman historique dépeint avec authenticité et sens critique la rivalité entre deux familles maories, sur fond de division raciale, sociale et culturelle avec les pakeha, alors grands exploitants et propriétaires domaniaux.

Si son surnom de Bulibasha ("roi des gitans" en roumain) lui colle parfaitement à la peau, ce n’est pas sans mérite que le grand-père Tamihana le porte fièrement. Redouté et admiré de tous dans la communauté de Waituhi, au pays du long nuage blanc, cet ancien athlète à la force inégalée, à la carrure impressionnante et à la poigne de fer, règne avec autorité sur la lignée familiale dans l’activité du clan. Seul Simeon, fils du dernier fils de Bulibasha, ose s’élever contre l’organisation immuable de la famille et l’autorité tyrannique du patriarche.

Un authentique tableau de l’arrière-pays maori en plein XXe siècle.

C’est en 1920 que l’intrépide Tamihana Mahana parvient à convaincre la Banque de Nouvelle-Galle du Sud de lui accorder un prêt pour lancer son affaire familiale : des équipes mobiles spécialisées dans la tonte de moutons. Associé à la famille Whatu, les équipes se déplacent de ferme en ferme le temps des tontes. Tranche de vie rurale au cœur de paysages hors des sentiers battus, on y découvre un arrière-pays plein de charmes : les courses de chevaux, les vallées à perte de vue, les abeilles au milieu des forêts...

Le professionnalisme et le sérieux des équipes de Bulibasha (quatre en 1950, sous la responsabilité de chacun de ses quatre enfants) lui valent de détenir le service de tonte le plus important de toute la baie de la Pauvreté. Enfin presque, car une seule équipe était comparable : celle du clan de Rupeni Poata, de Hukareka. Et ce n’est pas sans raison que les deux familles se vouent une haine réciproque depuis tant d’années… Au fil des événements rythmant la vie de la famille élargie et ponctuant les rivalités au sein de la communauté maorie, on découvre les relations unissant ou opposant chaque génération et chaque clan. Notamment au cours de l’événement annuel majeur : le grand Prix de la Toison d’or, où s’affrontent les équipes des deux clans et où la haine s’envenime d’année en année…

Une saga familiale sur fond de clivage culturel et social

Si le développement des exploitations de laine prit un essor inédit au début du XXe siècle en Nouvelle-Zélande, il va sans dire que les équipes de tonte étaient la clé du succès des exploitants pakeha. La rapidité d’exécution, le soin porté à l’animal et à la laine, ainsi que la qualité de son ramassage et de son tri, assuraient la pérennité des exploitants et de l’export international. Toutefois, la violence et les ravages engendrés par les spoliations de terres au profit des pakeha durant le siècle précédent n’ont pas laissé indemnes les communautés maories restantes. "Les Pakeha avaient imposés leur langue sur toutes les pancartes. Le Pakeha était toujours le chef."

Dépossédées de leurs terres, de leurs coutumes et de leurs traditions, nombre de familles se sont alors tournées vers la religion. Si la vie au sein de la famille Mahana suit un ordre strict, ancré dans un cadre profondément religieux, les principes mormons sont pourtant en tous points étrangers aux traditions maories. Le lien de subordination omniprésent au sein même de la famille Mahana n’est-il pas le reflet de la population maorie, spoliée de ses terres ancestrales, réduite à un lien de subordination exercé par les Pakeha ?

Le poids des traditions… et du silence

Mais ces rapports bouleversants tout autant qu’affectueux dans cette famille ne parviennent pas à faire plier le Patriarche. Le silence pour "garder la face", préserver l’honneur de la famille et honorer le mana du chef. Figure emblématique respectée de tous, il faudra attendre qu’il rende l’âme pour qu’enfin, les masques tombent, les langues se délient et que la vérité éclate au grand jour. Une vérité occultée, passée sous silence pendant trop longtemps, mais dont le fardeau humiliant n’est pas si facilement oublié. "Il devint en réalité encore un plus grand homme dans la mort que dans la vie."

Car par-delà les apparences de réussite et d’unité familiale où l’Amour fécond transcende toute autre préoccupation, la violence conjugale fait pourtant rage, attisée par des sentiments de haine et de jalousie, qui de tout temps ont opposés les deux chefs de clans ennemis : Tamihana Mahana et Ropeni Poata. Le développement des personnages et des rapports complexes qu’ils entretiennent suit un rythme tout à fait maîtrisé et l’humour est, comme souvent chez Witi Ihimaera, très présent pour dépeindre les rivalités familiales et communautaires qui s’affrontent pour le prestige, le pouvoir et une certaine forme de liberté.

Witi Ihimaera, de la plume à la toile


Écrivain prolifique, Witi Ihimaera fait figure de pionnier dans la littérature maorie avec Tangi en 1973. Il publie ensuite The Matriarch (1986) et The Whale Rider (1987), traduit en France sous le titre Paï et décliné en album jeunesse (Éd. Au vent des îles). C'est avec cet ouvrage, traduit en une vingtaine de langues et adapté au cinéma en 2003, qu'il se fait connaître du public international.

En 2016, le réalisateur Lee Tamahori (L’âme des guerriers, adaptation du roman d’Alan Duff) s’attaque cette fois à l’adaptation du roman Bulibasha, roi des gitans sous le titre Mahana. Le long-métrage, à la qualité exceptionnelle — tant par le jeu des acteurs que pour les paysages à couper le souffle, exaltés par le choix de cadrages somptueux — a été diffusé en version sous-titrée en français, pour la première fois, lors du 11e Festival Rochefort Pacifique, où il a reçu un accueil des plus enthousiastes !


Pratique

Bulibasha, roi des Gitans, de Witi Ihimaera, publié en 1994, est récompensée par le Wattie-Montana Book Award (un des prix littéraires les plus prestigieux de Nouvelle-Zélande) pour la version originale ; traduit en 2009 par Mireille Vignol, éditions Au vent des îles.

Plus d’informations l’ouvrage :
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Rédigé par Au Vent des îles le Samedi 24 Juin 2017 à 16:15 | Lu 2004 fois






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