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Bora Bora vise 100 % d’énergie verte


Bora Bora vise 100 % d’énergie verte
Tahiti, le 4 novembre 2026 - À moins d’un mois du 12e Symposium international OTEC (du mardi 1er au vendredi 4 décembre), le projet de centrale d’énergie thermique des mers (ETM) de Bora Bora a été présenté ce mercredi en conférence de presse. Pour la commune, l’enjeu dépasse la technologie : il s’agit de sortir du gasoil pour produire sa propre électricité, sans abîmer le lagon qui fait sa réputation et sans que la facture ne soit trop salée.

Aujourd’hui, le réseau énergétique de la Perle du Pacifique repose sur une centrale thermique qui fonctionne au gasoil, et c’est ce que le maire, Gaston Tong Sang, veut drastiquement changer. Avec le solaire et une nouvelle centrale d’énergie thermique des mers (ETM), Bora Bora devrait avoir “pratiquement atteint 100 % d’énergie renouvelable dans moins de dix ans”, espère le tāvana.

La mise en service de la centrale est visée pour 2030 après les études et les autorisations.

Alors que le Swac utilise le froid de l’océan pour climatiser des bâtiments, l’ETM exploite la différence de température entre les eaux pour produire de l’électricité. L’ETM produirait jour et nuit, en exploitant l’écart de plus de 20 °C entre l’eau de surface et l’eau puisée à plus de 1 000 mètres de profondeur, là où le solaire s’arrête avec le soleil. Pour atteindre 100 %, “il faut du mixte”, a reconnu le maire. 

​Qui paie, et en combien de temps ?

Bora Bora vise 100 % d’énergie verte

Le projet d’ETM de Bora Bora fera partie des thématiques du 12e Symposium international OTEC, qui se tiendra du 1er au 4 décembre. Pour le professeur Franck Lucas (UPF), président du comité scientifique, “tout est calé” pour le symposium et pour lui, le projet de centrale d’énergie thermique des mers a “dépassé le stade de la faisabilité, on entame le stade de projet”. Il admet pourtant que le frein est autant financier que technique : poser ces installations demande aujourd’hui des moyens pétroliers surdimensionnés, ce qui fait leur coût. Après une première réalisation, il estime que les prix de la production électrique vont être divisés “facilement par quatre”.

Le coût du projet, qui comprend l’initialisation du site, est estimé à une dizaine de milliards de francs et des financements publics et privés seront nécessaires. Sur le retour sur investissement, Franck Lucas avance que tout dépend de la subvention de départ : si l’aide européenne atteint 80 %, il parle de huit ans maximum. Il plaide pour une analyse en coût global, qui intègre le fonctionnement sur toute la durée de vie de l’équipement. La question du financement du projet lui-même n’a en revanche pas reçu de réponse précise. La session “Captage et coûts” du symposium pourrait y répondre et est prévue le 2 décembre à 13 h 30.

D’un autre côté, Bora Bora porte le Pavillon Bleu d’Europe pour la 25e année consécutive, ce qui met la question environnementale au cœur du sujet. Le projet prévoit une installation à terre, enterrée, et le maire situe la difficulté dans la pose de la canalisation, qui doit se faire en continu, en s’appuyant sur l’expérience de Tetiaroa.

Cette conduite est le point sensible, et Bora Bora en connaît le prix. Le Swac de l’InterContinental de la Perle du Pacifique, installé en 2006, a été en panne entre 2016 et 2018 : son pipeline s’est disloqué à partir de 45 mètres de profondeur. Le remplacement, par un tuyau de 400 millimètres posé jusqu’à 860 mètres, a vu son coût passer de 490 millions de francs prévus en 2018 à 1,16 milliard en 2021, soit plus du double. 

​Quelle place pour la population ?


Les rencontres scientifiques sont un passage obligé : c’est là que se lèvent les verrous techniques, juridiques et financiers, et c’est ce qui fera avancer le projet. Mais un symposium réunit des chercheurs, des industriels et des décideurs, pas les habitants de Bora Bora.

La question se pose donc de savoir si la population sera concernée une fois les experts repartis ?  Gaston Tong Sang a répondu qu'il “pourra toujours organiser des réunions d’information”. La perception de la décarbonation a pourtant déjà été sondée dans le cadre du consortium européen Lanos, et la mairie a aussi avancé avec la fondation Génération Indigo, qui a lancé des enquêtes dans les écoles sous forme de concours de dessins. Franck Lucas reconnaît par ailleurs un flou juridique : a-t-on le droit d’utiliser l’eau profonde, et quels textes faut-il établir ? “Ce flou ne sert pas la technologie”, dit-il, d’où des programmes de recherche en droit public et en sciences humaines, qui seront eux aussi abordés au symposium.

Alors, rendez-vous est donné aux chercheurs, industriels et décideurs à Bora Bora en décembre, pour se retrouver autour du projet lors du Symposium international OTEC.

Rédigé par Violaine Broquet le Mercredi 4 Novembre 2026 à 18:04 | Lu 220 fois