Tahiti, le 3 mai 2026 - C’est un témoignage du temps qu’Armelle Merceron a retrouvé dans ses archives la semaine dernière et qu’elle a bien voulu partager avec Tahiti Infos. Une lettre de Gérald Coppenrath, son père, à ses parents, envoyée peu de temps après le débarquement en Normandie. Depuis Pornic, il y décrit son parcours de résistant, ses combats et son attachement à la France libre.
À quelques jours des célébrations des 80 ans du retour des Tamari’i volontaires partis combattre l’occupation allemande en Europe, et celles du 8 mai 1945, jour de capitulation de l’Allemagne nazie, la famille Coppenrath vient de retomber sur une lettre de Gérald Coppenrath, ancien avocat et homme politique polynésien. Parti avec son frère, Michel, futur archevêque de Papeete, Gérald Coppenrath était entré dans la Résistance en 1943, dans le maquis Joël.
Dans son courrier, il explique les motivations qui l’ont décidé à entrer dans la Résistance en 1943 alors que l’Hexagone était tiraillé entre l’adhésion au régime de Vichy ou l’entrée dans la clandestinité pour combattre l’oppresseur allemand sous l’impulsion du général De Gaulle.
Alors qu’il s’apprêtait à être appelé à officier dans le Service du travail obligatoire (STO), Gérald Coppenrath a préféré laisser ses études de côté pour entrer dans la clandestinité. “Il faut vous dire, chers parents, que les notions de devoir que vous nous aviez inculquées, les leçons de patriotisme que nous donnaient les Tahitiens engagés du bataillon du Pacifique, l’écoute journalière des émissions du soir de Radio Londres, les premières injustices dont étaient victimes les patriotes français, et l’admiration profonde que nous éprouvions tous les deux pour celui que nous considérions comme notre seul chef – tous ces facteurs avaient fait de nous des RÉSISTANTS”, écrit Gérald Coppenrath.
La solitude et les études
Déterminé à concourir à la libération de la France, Gérald Coppenrath s’est alors caché dans une ferme abandonnée près de la Châtaigneraie, en Vendée, en attendant son affectation le 8 juin 1943 pour combattre en Afrique. Une affectation qui sera finalement rendue impossible, le laissant seul dans cette ferme d’où il ne pouvait sortir que la nuit pour éviter la Gestapo. Une vie recluse lors de laquelle il continuait malgré tout ses lectures pour préparer ses études.
À l’approche de l’hiver 1943, il quittait la Châtaigneraie pour Poitiers “sans me faire prendre par les Allemands ou leurs valets”, avec une fausse carte d’identité, pour être hébergé chez Madame Gibeaud d’où il commencera à tisser des liens plus solides avec la Résistance. Avec l’appui de son frère, Michel, il distribuait alors tracts et journaux de propagande contre les nazis. “Petit à petit, de fil en aiguille, nous nous créâmes des relations. Michel partit à Paris à l’insu de Grand-père et de Grand-mère, se mit en rapport avec des camarades de la résistance parisienne, la plupart des étudiants scouts ou jécistes, et trois jours plus tard nous apporta une valise pleine de journaux et de tracts. Nous devions organiser la succursale poitevine du journal DÉFENSE DE LA FRANCE ; en dehors des numéros de la D.F., il apportait ‘Combat’, ‘Lorraine’, ‘Les courriers du Témoignage chrétien’ que nous ne tardâmes pas à répandre la nuit dans tous les quartiers de la ville et certains villages environnants.”
Les combats armés
De cette opposition par voie de presse, Gérald Coppenrath passera par la suite à celle armée. En juin 1944, juste après le Débarquement, il rejoint le maquis au sud de la Vienne où sont parachutés armes et vivres. “Le 3 août, de 20 heures à 22 heures à Pleuville (Charente), nous connûmes notre premier baptême du feu que nous rééditions le lendemain au Vigeant près de l’Isle-Jourdain. Notre troisième combat, celui de St Maurice de Gençay, à vingt kilomètres de Poitiers, fut une victoire magnifique, où nous ne perdîmes qu’un homme et huit blessés, alors que nous mettions soixante-dix boches hors de combat et leur détruisions plusieurs voitures”, écrit-il alors avec passion à ses parents. “Au début de septembre, nous libérions Poitiers sans combat, dans l’enthousiasme, et nous pouvions aller embrasser famille et amis.”
Après la libération de Poitiers, les résistants reprenaient tour à tour Ligugé, Touvois (Loire Inférieure) pour ensuite garder les côtes de Noirmoutier. “Nous avons pris position devant Pornic où sont encore encerclés 20 000 Allemands que nous ne pouvons attaquer sans blindés ni aviation. Seulement des échanges de patrouille dans le no man’s land”, écrit Gérald Coppenrath.
C’est donc depuis Pornic que le futur avocat écrira ces lignes à ses parents. Il y attendait sa “démobilisation” pour pouvoir reprendre le combat. “Michel et moi, ainsi que les étudiants du groupe allons être officiellement démobilisés ces jours-ci et attendrons en poursuivant nos études d’être réincorporés dans la nouvelle armée”, conclut-il exprimant sa confiance en l’avenir de la France et sa volonté farouche de revenir à Tahiti. “Les Français ont montré trop de qualité et de courage pour ne pas espérer un relèvement ; ils ont trop souffert pour ne pas aspirer à l’ordre et sont en général prêts à suivre le gouvernement qui conciliera justice et liberté dans le maintien de la grandeur du pays. Ils sont prêts à une politique sociale poussée que leur propose le général De Gaulle. D’autre part, nous voyons venir le jour où, la famille entière réunie, nous pourrons pleurer ensemble de joie. En l’attendant, Michel continuera son droit en préparant l’école coloniale. Quant à moi, je suis plus que jamais décidé à retourner à Tahiti une fois la guerre finie.”
Gérald Coppenrath reviendra finalement à Tahiti en 1948 pour y devenir avocat, membre de l’assemblée territoriale puis sénateur. Il est décédé en 2008 à l’âge de 86 ans.
Les autres résistants tahitiens
En dehors des Tamari’i volontaires dont on célèbre cette année les 80 ans de leur retour, d’autres Tahitiens étaient engagés dans la résistance. Charles Higgins dans la Drôme, André Vernier, tué à Vassieux en Vercors le 21 juillet 1944, Marie Legendre, Eugène Jacquesson, Jeanne Maistre, déportée et exécutée le 1er septembre 1944, Marie Gustave Éric Pettiti, décédé au camp d’Ellrich en Allemagne, André Constantin, décédé à Buchenwald le 4 décembre 1943, Povo Marenko, Sarah Colombani, Micheline Vincent, Raoul Teissier, William Miller, André Teriimana Chaze dit Koko, William Miller, fils de Pierre Temoko Mateakutua dit Pedro et de Fime a Ariitai, et le parachutiste tahitien Ernest Tetuaea Constantin.
(Source Maison de la culture)



























