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Au CHPF, la grève se durcit et les réquisitions tombent


Tahiti, le 21 octobre 2026 - Au deuxième jour de grève, la mobilisation ne faiblit pas au CHPF. Mercredi matin, quelque 120 personnels hospitaliers étaient réunis devant l'établissement, soutenus par les klaxons des automobilistes. Médecins, infirmiers, brancardiers et agents administratifs dénoncent ensemble la dégradation du système public de santé. Alors que les premiers refus d'assignation ont conduit à des réquisitions du haut-commissaire, le gouvernement maintient ses propositions et la Fissap menace à son tour d'entrer en grève.
 

Devant le CHPF, les coups de klaxon des automobilistes accompagnent la mobilisation. Un soutien qui ne passe pas inaperçu sur le piquet de grève, où médecins, infirmiers, brancardiers et personnels administratifs font front commun. “La population a tout à fait compris que nous sommes là pour sauver le système de santé”, assure Manu Nouet, infirmier et représentant de la CSTP-FO. Et le mouvement est loin de se limiter aux quelque 120 personnes rassemblées devant l'établissement. Selon Tony Tekuataoa, chef des urgences, “100 %” des praticiens hospitaliers titulaires sont en grève, même si certains continuent de travailler dans le cadre du service minimum.
 
Pour Corinne, infirmière au sein de l'équipe de visites à domicile en psychiatrie, les revendications dépassent largement la question des rémunérations des médecins. “Le travail d'un médecin sans le travail d'une infirmière ne sert à rien. Et moi, mon travail d'infirmière sans les secrétaires, sans les brancardiers, sans les aides-soignantes, sans les femmes de ménage, il est inefficace.” Elle dénonce des équipes à bout de souffle, des heures supplémentaires non payées et les conséquences du manque de soignants pour les patients.
 
Les syndicats réclament notamment des revalorisations statutaires, la reprise de l'ancienneté des infirmiers et aides-soignants et des créations de postes. La CSTP-FO en demande 105 à la Direction de la santé, mais selon Manu Nouet, seuls 17 auraient été proposés. De son côté, Moetai Brotherson affirmait chez nos confrères de Radio 1 qu'une grande partie des postes réclamés a déjà été créée dans le cadre du collectif budgétaire n° 3. Quant aux contraintes budgétaires invoquées par le président du Pays, le syndicaliste ne les balaie pas, mais s'interroge : “Nous l'entendons tout à fait, mais est-ce que nous, ils nous entendent ? C'est une autre question.”

Des assignations aux réquisitions
 
À l'intérieur de l'hôpital, la direction doit composer avec une situation de plus en plus délicate. “Depuis ce matin, pour l'équipe qui devait relever l'équipe de nuit, il y a eu beaucoup de refus d'assignation”, confirme Hani Teriipaia, directrice du CHPF. Six praticiens des urgences étaient initialement concernés, avant que d'autres ne leur emboîtent le pas dans différents services. “On soumet au haut-commissariat ces refus d'assignation et le haut-commissariat prend la décision de les réquisitionner”, précise-t-elle. Les premières réquisitions ont été notifiées dès 8 heures. Elle assure néanmoins que les services vitaux, notamment les urgences, la réanimation et les interventions urgentes au bloc opératoire, restent assurés.
 
En fin de matinée, Hani Teriipaia a reçu Patrick Galenon, secrétaire général de la CSTP-FO, Tony Tekuataoa et un représentant d'A ti'a i mua pour discuter de l'organisation du service minimum. La directrice du CHPF ne dispose en effet d'aucune marge de négociation sur les revendications statutaires, qui relèvent du gouvernement. Et mercredi matin, elle n'avait connaissance d'aucun nouveau rendez-vous. “Nous, on est dans notre rôle d'organiser les soins, la sécurité des soins, tout le long des négociations, jusqu'à ce qu'elles aboutissent”, résume-t-elle.
 
Le gouvernement campe sur ses propositions
 
De son côté, Moetai Brotherson a défendu au micro de Radio 1 les deux hausses de 15 % proposées aux praticiens hospitaliers, en 2027 puis en 2028. Un effort que le président du Pays chiffre à environ 1,5 milliard de francs par an à terme, en incluant les mesures relatives aux conditions de travail. Invoquant les contraintes budgétaires, il estime que le Pays ne peut aller plus loin. “On ne peut pas, sur un exercice budgétaire, venir rattraper tout ce qui n'a pas été fait en 30 ans”, affirme-t-il. Une présentation que conteste Tony Tekuataoa : “La proposition qui a été faite, qu'on a vue sur le protocole d'accord, c'était pas 15 plus 15, c'était 15. Et puis après, on verra si éventuellement, potentiellement, on pourrait discuter du 15 supplémentaire.”
 
Pour le chef des urgences, le désaccord dépasse toutefois la seule rémunération des médecins. Il insiste sur l'attractivité des carrières et la difficulté à fidéliser les personnels. “Notre métier, c'est soigner. Mais on veut soigner dans des conditions relativement correctes, avec du personnel qui soit stabilisé, fidélisé.”
 
Le praticien regrette également ce qu'il considère comme une mise à l'écart de la ministre de la Santé dans les discussions. Celle-ci se trouve actuellement à Manille, avec le directeur de la Santé, pour une réunion de l'Organisation mondiale de la santé. Tony Tekuataoa ne comprend pas que sa qualité de médecin puisse justifier qu'elle ne prenne pas position sur ce dossier, rappelant que d'autres médecins, comme Jacques Raynal ou Charles Tetaria, ont déjà occupé ce portefeuille. Et le conflit pourrait encore s'élargir.

La Fissap prête à rejoindre le mouvement
 
Après une assemblée générale mercredi matin, la Fédération des interprofessionnels des services de la santé en Polynésie (Fissap) réclame à son tour une rencontre urgente avec le gouvernement. L'annonce d'une enveloppe d'un milliard de francs par an pour les praticiens hospitaliers a fait grincer des dents au sein de la fédération, qui représente également d'autres catégories de personnels.
 
“Si on trouve un financement pour nos collègues, pour les praticiens hospitaliers, parce que ce sont quand même nos collègues, il faut faire de même pour les autres”, insiste sa secrétaire générale, Mireille Duval. Elle rappelle que les revendications statutaires de ces personnels remontent à plusieurs années et réclame des financements transparents et pérennes. Faute de réponse du gouvernement, la Fissap pourrait déposer un préavis de grève "dans les 48 heures".

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 21 Octobre 2026 à 16:44 | Lu 786 fois