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“Arrêter ces pratiques complètement illicites”


Tahiti, le 2 novembre 2026 - Le référé de la CSIP relatif au recours à des pistards “étrangers” par Air New Zeland et Air France pendant la grève d‘Air Tahiti a été une nouvelle fois renvoyé, ce lundi. L’avocat du syndicat dénonce “des pratiques illégales” considérant qu’Air Tahiti “n'a pas le droit” de louer son matériel. Il s’interroge aussi sur le fait que les permis de travail et l’“accréditation” aéroportuaire pour les “étrangers” aient été délivrés aussi rapidement alors qu’il faut à peu près, selon lui, “cinq semaines” pour l’accréditation.  
 
L’affaire relative à l’utilisation de “pistards étrangers par Air New Zeland et Air France” sur la plateforme aéroportuaire de Faa’a a été reportée, pour la seconde fois lundi, à la demande de la présidente du tribunal de première instance, Nathalie Tissot.
 
En effet, après à peine quelques minutes de la plaidoirie de l’avocat de la Confédération des syndicats indépendants de Polynésie (CSIP), Me Arcus Usang, la magistrate a regretté ne pas avoir été destinataire des nouvelles pièces jointes au dossier.
 
“Nous avions effectivement échangé des pièces avec l'avocat d’Air Tahiti et la présidente a estimé devoir reporter (…). C'est une procédure rapide et donc on admet les échanges de pièces entre confrères in extremis, même juste avant l'audience, ce qui est tout à fait normal”, indique Me Arcus Usang qui souligne d’ailleurs que “nous avions indiqué au tribunal que nous étions prêts pour plaider ce dossier”.
 
Un report qui n’a pas du tout été du goût des avocats.

“Des pratiques complètement illégales”

Lors de sa courte plaidoirie, Me Arcus Usang a rappelé que le 25 octobre dernier, “de nouveaux personnels” sont intervenus pour “l’assistance” et ce à “la demande”, selon lui, d’Air Tahiti. Précisons qu’une assistance concerne notamment tout ce qui relève de l‘embarquement ou le débarquement des bagages, les différentes opérations sur la plate-forme aéroportuaire comme le tractage ou encore l’enregistrement.  
 
Toujours selon l‘avocat, lors d’une réunion à cette même date, le directeur de la compagnie aérienne, Édouard Wong Fat, “a autorisé” les deux compagnies aériennes “à procéder à l'assistance”.
 
Interrogé à l’issue de l’audience, Me Arcus Usang indique que la CSIP a constaté que des “sociétés étrangères” ont eu recours à de “la main-d’œuvre étrangère” pour utiliser du matériel d’Air Tahiti. “C'est normal que le syndicat s'offusque de ces pratiques complètement illégales”.
 
L’avocat de la CSIP explique qu’Air Tahiti fait de “l’auto-assistance”, ce que ne peuvent pas Air New Zeland ou Air France car ces dernières “n'ont pas le matériel pour le faire et c'est Air Tahiti qui est propriétaire de tout le matériel sur le site de l'aéroport de Tahiti”.

“On ne peut pas contourner (le droit de grève) par des contorsions juridiques”

Me Arcus Usang considère qu’au regard du code du travail de la Polynésie, Air Tahiti “n'a pas le droit” de mettre en location son matériel et que la compagnie aérienne “se positionne au regard de la jurisprudence française, mais nous ne sommes pas en France, nous sommes en Polynésie avec un code spécifique à la Polynésie”.
 
L’avocat rappelle l’article LP 1231 du code du travail de la Polynésie, qui interdit de conclure un contrat à durée déterminée “pour remplacer un salarié dont le contrat de travail a été suspendu pour cause de grève”.
 
Pour Me Arcus Usang, “la problématique essentielle, c'est que le droit de grève, c'est un droit fondamental et on ne peut pas contourner par des contorsions juridiques le mouvement de grève pour empêcher les salariés d'exercer leur droit de grève”.
 
Il explique que l’article du code du travail vise à “défendre le droit de grève, pour éviter que les entreprises, les employeurs cassent le mouvement de grève en recrutant des CDD, des intérimaires ou tout autre procédé comme prévu par le code”.

“La procédure d'autorisation n'a pas du tout été respectée”

Concernant le personnel “étranger”, Me Arcus Usang souligne qu’il y a “toute une procédure de permis d'autorisation de travail assortie aussi à la loi du Pays de 2019 sur la protection et la promotion de l'emploi local, avec des délais de publication au Sefi pour voir si effectivement la main-d’œuvre compétente existe localement. Si elle n'existe pas, là on peut recourir. Mais faire ça en 4-5 jours, c'est surprenant”.
 
Il rappelle que le personnel en grève d’Air Tahiti a saisi la Direction du travail qui a ensuite “invité les grévistes à saisir les juges des référés et toutes instances compétentes pour dénoncer cette pratique”.
 
L’accès à la plateforme aéroportuaire relève, quant à lui, de la compétence de l’État au travers notamment de la Direction générale de l’aviation civile. Et à ce sujet, Me Arcus Usang s’étonne du fait que les autorisations aient été données : “C'est toute la problématique parce que toute la procédure d'autorisation n'a pas du tout été respectée (…) par exemple pour avoir l'accréditation qui est d'environ cinq semaines et tout cela n'a pas été appliqué (…). C'est l'objet de notre stupéfaction lorsque nous avons vu des employés d'Air New Zeland débarquer de l'étranger pour se livrer à de l'auto-assistance”.
 
Me Arcus Usang indique que la situation est “un peu différente”, mais ajoute que “c'est le même fondement juridique”. Il assure ensuite que le syndicat a également “constaté qu'il y avait deux nouveaux salariés qui opéraient avec du matériel de la Somstat (…). Je ne connais pas les arguments et les pièces de la Somstat. J'ai donc par sécurité pour les grévistes demandé un renvoi pour examiner l'ensemble des arguments de la Somstat”.
 
L’affaire a donc été reportée à ce mardi et l’avocat dit mettre “tout en œuvre de façon à arrêter ces pratiques complètement illicites”.
 
L’avocat de la CSIP conteste d’ailleurs les termes utilisés par Me Yves Pirou, avocat d’Air Tahiti, la semaine dernière : “Je ne parlerais pas d'instrumentalisation de la justice, mais je parle de contournement peut-être du code de travail ou d'instrumentalisation du droit du travail”.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Lundi 2 Novembre 2026 à 18:09 | Lu 439 fois