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À l’UPF, les doctoriales mettent la recherche sur le devant de la scène


Tahiti, le 12 mai 2026 - Les doctoriales de Polynésie française ont débuté ce mardi à l’Université et se poursuivent mercredi à l’auditorium du pôle recherche. Pendant deux jours, doctorants, chercheurs, institutions, entrepreneurs et grand public se retrouvent autour d’un même objectif : mieux faire connaître la recherche menée au Fenua et ses applications concrètes pour le territoire.
 
Cette année, 42 doctorants issus des différents centres de recherche présents en Polynésie – UPF, ILM, IRD, Ifremer et Criobe – présentent leurs travaux devant un jury, mais aussi devant des professionnels et des auditeurs venus découvrir les enjeux scientifiques locaux.
 
Parmi les sujets présentés cette année figure notamment la thèse de Charlotte Esposito, présidente et fondatrice de l’association Oceania. Ses recherches portent sur l’estimation de la taille de la population de baleines à bosse dans les eaux polynésiennes et son évolution, dans un contexte où la Polynésie française s’apprête à devenir la plus vaste aire marine protégée (AMP) au monde. Également passée à l'oral ce mardi, Aurélie Aqua, doctorante en troisième année, a quant à elle misé sur un projet de lutte biologique pour sa thèse. “Aquaculture restaurative - Le rôle des oursins comme biocontrôle de la pression algale sur les récifs coralliens” qui s’intéresse au rôle que jouent des oursins pour lutter contre les algues envahissantes de Polynésie. Pour Franck Lucas, directeur de l’École doctorale du Pacifique, ces doctoriales permettent avant tout aux doctorants de se confronter aux réalités du métier de chercheur.

​“Présenter leurs travaux au grand public”


“L’objectif pour nos étudiants en thèse est d’être dans le quotidien d’un chercheur”, explique-t-il. “Cette année, c’est nouveau : on leur demande, en plus de l’oral, de réaliser un article scientifique de quatre pages.” Au-delà de l’exercice académique, l’événement veut aussi montrer l’utilité concrète de la recherche pour le territoire. “L’idée est de voir à quel point les jeunes chercheurs de Polynésie contribuent au développement économique, environnemental et social du territoire, et trouvent des solutions. Si les jeunes chercheurs de Polynésie ne cherchent pas de solutions, qui le fera ?”, interroge le directeur de l’École doctorale du Pacifique.
 
À travers leurs travaux, les chercheurs peuvent contribuer à apporter des réponses concrètes aux problématiques économiques, environnementales et sociales du territoire. Pour les doctorants, les Doctoriales représentent aussi un exercice de vulgarisation. Ancien participant en 2023 et 2024, Yacine Benhalima garde un très bon souvenir de l’expérience. “L’enjeu est de nous permettre de présenter nos travaux au grand public. Ça m’a permis de m’exercer et aujourd’hui je réalise des conférences”, confie-t-il.
 
Plusieurs prix seront remis à l’issue des présentations, pour les meilleures prestations orales, le meilleur poster explicatif ou encore la thèse offrant la meilleure perspective de valorisation économique ou culturelle.
 
Rendez-vous mercredi à la fin des présentations orales pour les résultats. Une conférence plénière du délégué interministériel au climat et au développement durable, Léopold Biardeau, est également prévue mercredi matin.

“Après ma thèse, j’aimerais peut-être écrire un livre”, Charlotte Esposito.

Votre thèse porte sur les baleines à bosse de Polynésie française alors qu'aucune thèse sur le sujet n'a jamais été faite à l'UPF depuis la création des doctoriales. Pourquoi ce sujet est-il devenu plus important aujourd’hui ?
“Il y a beaucoup de nouveaux outils, il y a aussi un contexte local qui est extrêmement propice à ce genre de sujet. L’aire marine protégée (AMP) a clairement mis sur la table ces questions-là. Maintenant, tout le monde a besoin de nous.”
 
Quels outils ont changé votre manière de travailler ?
“Typiquement, je passe à la photo-identification. Jusqu’au début de ma thèse, on faisait encore tout manuellement. Le fait qu’il y ait l’algorithme de reconnaissance automatique, validé par la communauté scientifique et testé sur une base de données mondiale, ça nous a drastiquement changé la vie. Ensuite, il y a aussi l’arrivée de l’acoustique sur le territoire. En peu de temps, il y a eu énormément de nouveaux outils.”
 
Vous avez été surprise en commençant votre doctorat ? Votre travail dépasse le cadre scientifique ?
“Oui. Quand je me suis inscrite en doctorat, j’ai été hyper surprise de savoir que j’étais la première thèse sur les baleines à bosse de Polynésie française. Mon master, je l’ai eu il y a presque 15 ans. Et finalement, aujourd’hui, je vois comme une force le fait de faire ce doctorat plus tardivement. Je n’aurais pas abordé mon sujet de la même façon avant.
Il y a un manque crucial de communication entre le monde académique et le milieu associatif. En Polynésie, ce sont aujourd’hui les associations qui déploient la majorité des expéditions sur le terrain.”
 
Votre thèse doit aussi permettre d’adapter les politiques de conservation ?
“Les publications qui vont découler de mon doctorat vont officiellement poser ces savoirs dans la communauté scientifique. Et surtout, ça répond à un vrai manque de data. J’ai bien conscience que ma thèse, il n’y a pas grand monde qui va la lire. C’est quelque chose de très indigeste. Le volume, le contenu… dans une thèse, tu rentres vraiment dans le dur. Donc il y a cette partie d’exercice de vulgarisation que j’ai vraiment envie de faire après ma thèse, j'aimerais peut-être écrire un livre. Vraiment donner accès à la population, à la communauté.”
 
En parallèle de votre doctorat, l’association Oceania a aussi grandi...
“Au début de ma thèse, ils étaient trois à l’association en permanence. Maintenant ils sont neuf. Vu que je suis passée en doctorat, je ne suis plus du tout à temps plein à l’association. Donc j’ai recruté une directrice, puis des chefs de projet et des responsables de pôle. Mais je reste présidente et fondatrice, et je suis toujours impliquée sur les sujets de l’association.”

Programme complet des doctoriales 2026 : https://www.tahiti-infos.com/docs/Livret-Doctoriales.pdf

Rédigé par Violaine Broquet le Mardi 12 Mai 2026 à 17:33 | Lu 319 fois