Tahiti, le 15 janvier 2026 – Le gouffre n’est pas encore comblé, mais la chute semble freinée. Après l’année noire de 2022 et un exercice 2023 encore fortement déficitaire, les résultats consolidés 2024 du groupe OPT confirment une amélioration progressive, avec une perte ramenée à 1,78 milliard de francs contre plus de 2,3 milliards un an plus tôt. Si la direction met en avant les premiers effets du plan de performance engagé jusqu’en 2028, la situation financière de l’établissement public demeure fragile et encore largement dépendante du soutien du Pays.
La descente aux enfers de l’OPT ne s’est pas arrêtée brutalement. Elle s’est étalée dans le temps. Après un déficit jugé “préoccupant” en 2021 (- 319 millions de francs), l’année 2022 avait marqué une rupture brutale, avec une perte record de plus de deux milliards de francs pour le groupe. Une année noire que la direction expliquait alors par une “conjonction de phénomènes négatifs” : sortie de crise Covid, baisse des revenus télécoms, plans de départs volontaires, investissements lourds et lancement de nouvelles filiales.
Les comptes consolidés de l’exercice 2024, examinés ce jeudi par l’assemblée, confirment que la crise est loin d’être totalement résorbée. Le groupe affiche encore une perte nette de 1,78 milliard de francs, en amélioration par rapport aux - 2,37 milliards enregistrés en 2023. Une évolution qui traduit, selon la direction, les premiers effets concrets du plan de redressement devenu “plan de performance”.
Une amélioration encore largement conjoncturelle
Dans le détail, le chiffre d’affaires consolidé atteint un peu plus de 22 milliards de francs, en léger recul par rapport à 2023. Les télécommunications demeurent le principal moteur économique du groupe, avec plus de 15 milliards de francs de recettes, mais la pression concurrentielle continue d’éroder les marges, notamment sur la téléphonie mobile et la distribution de terminaux. La branche Onati, longtemps considérée comme la locomotive financière de l’OPT, reste déficitaire, tandis que Fare Rata demeure structurellement dépendante des subventions publiques pour assurer ses missions de service public, notamment dans les îles.
La maîtrise des charges constitue l’un des rares motifs de satisfaction. Les charges d’exploitation reculent de près de 600 millions de francs sur un an, traduisant une rigueur budgétaire renforcée. Le résultat financier s’améliore également, permettant d’amortir partiellement un résultat d’exploitation toujours très négatif. Autant d’éléments qui expliquent la réduction du déficit, sans pour autant masquer l’ampleur des déséquilibres persistants.
Dans ce contexte, le plan de performance 2024-2028 apparaît comme la colonne vertébrale du redressement. Héritier du plan de rétablissement des équilibres financiers (PREF) lancé après la débâcle de 2022, il vise désormais à aller au-delà de la seule rigueur comptable : optimisation des ressources humaines, amélioration de l’efficience opérationnelle, diversification des revenus et défense des intérêts du groupe dans un marché libéralisé. Un cap stratégique censé permettre à l’OPT de retrouver, à terme, l’équilibre financier.
Des satellites publics sous perfusion budgétaire
Mais ce redressement reste suspendu au soutien du Pays. En 2024, une subvention de fonctionnement de 1,4 milliard de francs a été accordée pour garantir la continuité du service public, notamment postal, tout en rappelant la nécessité d’une diminution progressive de cette dépendance. Si la trésorerie du groupe demeure solide, elle reste fragile face aux investissements lourds engagés, notamment dans les infrastructures télécoms. Les tensions sociales survenues mi-2024, les contentieux persistants et la nécessité de financer des missions non rentables rappellent que le chemin vers l’équilibre est encore long.
Mais, après plusieurs années de turbulences, l’OPT semble avoir amorcé un début de stabilisation et avance désormais sur une ligne de crête : moins déficitaire, mais toujours vulnérable. Le plus dur est peut-être passé, mais le retour à l’équilibre reste encore un objectif incertain. Une équation d’autant plus sensible que le redressement de l’OPT ne s’inscrit pas dans le vide. Comme l’Office polynésien de l’habitat (OPH) ou Air Tahiti Nui (ATN), également secourus à coups de subventions d’équilibre, l’OPT fait partie de ces satellites du Pays dont la survie pèse de plus en plus lourd sur les finances publiques.
Une question désormais pleinement politique
Or, dans son dernier rapport d’orientation budgétaire, le gouvernement reconnaît lui-même que la dynamique de croissance ralentit, tandis que les dépenses de transfert vers le secteur public ont progressé de plus de 16 % en 2024. Un signal d’alerte, alors que les élus – majorité comme opposition – appellent l’exécutif à “réfléchir” à la pérennité de ces soutiens financiers, jugés de moins en moins soutenables.
C’est dans ce contexte que la question posée par les comptes 2024 de l’OPT dépasse largement le seul périmètre de l’établissement : jusqu’où le Pays peut-il continuer à amortir les déficits de ses opérateurs stratégiques, et à quelles conditions politiques, budgétaires et sociales ? Une interrogation que le ministre Warren Dexter avait déjà formulée lors de l’examen des comptes 2023, en soulignant que certaines missions de l’OPT, notamment postales et bancaires dans les archipels, ne pourront jamais être rentables et posent la question de leur prise en charge au titre du service public. Le ministre de l’Économie et des Finances qui a souligné ce jeudi, face aux élus, que les “défis sont encore énormes pour redresser la barre de cet Office des postes et télécommunications”. Et d’ajouter : “On doit limiter la casse au maximum dans les travaux de restructuration et utiliser au mieux les ressources humaines. Parce qu’on ne peut pas dire aujourd’hui que pour réduire la voilure, on va vous licencier. Le Pays, quel que soit le bord politique, est en partie responsable des difficultés du groupe.”
Les comptes de l’OPT pour 2024 ont été adoptés à l’unanimité en un tour de main sans réel débat. Moins déficitaire, l’OPT reste aujourd’hui sous perfusion. Le débat n’est plus seulement financier : il est devenu un choix politique sur le périmètre, le coût et la définition même du service public.
La descente aux enfers de l’OPT ne s’est pas arrêtée brutalement. Elle s’est étalée dans le temps. Après un déficit jugé “préoccupant” en 2021 (- 319 millions de francs), l’année 2022 avait marqué une rupture brutale, avec une perte record de plus de deux milliards de francs pour le groupe. Une année noire que la direction expliquait alors par une “conjonction de phénomènes négatifs” : sortie de crise Covid, baisse des revenus télécoms, plans de départs volontaires, investissements lourds et lancement de nouvelles filiales.
Les comptes consolidés de l’exercice 2024, examinés ce jeudi par l’assemblée, confirment que la crise est loin d’être totalement résorbée. Le groupe affiche encore une perte nette de 1,78 milliard de francs, en amélioration par rapport aux - 2,37 milliards enregistrés en 2023. Une évolution qui traduit, selon la direction, les premiers effets concrets du plan de redressement devenu “plan de performance”.
Une amélioration encore largement conjoncturelle
Dans le détail, le chiffre d’affaires consolidé atteint un peu plus de 22 milliards de francs, en léger recul par rapport à 2023. Les télécommunications demeurent le principal moteur économique du groupe, avec plus de 15 milliards de francs de recettes, mais la pression concurrentielle continue d’éroder les marges, notamment sur la téléphonie mobile et la distribution de terminaux. La branche Onati, longtemps considérée comme la locomotive financière de l’OPT, reste déficitaire, tandis que Fare Rata demeure structurellement dépendante des subventions publiques pour assurer ses missions de service public, notamment dans les îles.
La maîtrise des charges constitue l’un des rares motifs de satisfaction. Les charges d’exploitation reculent de près de 600 millions de francs sur un an, traduisant une rigueur budgétaire renforcée. Le résultat financier s’améliore également, permettant d’amortir partiellement un résultat d’exploitation toujours très négatif. Autant d’éléments qui expliquent la réduction du déficit, sans pour autant masquer l’ampleur des déséquilibres persistants.
Dans ce contexte, le plan de performance 2024-2028 apparaît comme la colonne vertébrale du redressement. Héritier du plan de rétablissement des équilibres financiers (PREF) lancé après la débâcle de 2022, il vise désormais à aller au-delà de la seule rigueur comptable : optimisation des ressources humaines, amélioration de l’efficience opérationnelle, diversification des revenus et défense des intérêts du groupe dans un marché libéralisé. Un cap stratégique censé permettre à l’OPT de retrouver, à terme, l’équilibre financier.
Des satellites publics sous perfusion budgétaire
Mais ce redressement reste suspendu au soutien du Pays. En 2024, une subvention de fonctionnement de 1,4 milliard de francs a été accordée pour garantir la continuité du service public, notamment postal, tout en rappelant la nécessité d’une diminution progressive de cette dépendance. Si la trésorerie du groupe demeure solide, elle reste fragile face aux investissements lourds engagés, notamment dans les infrastructures télécoms. Les tensions sociales survenues mi-2024, les contentieux persistants et la nécessité de financer des missions non rentables rappellent que le chemin vers l’équilibre est encore long.
Mais, après plusieurs années de turbulences, l’OPT semble avoir amorcé un début de stabilisation et avance désormais sur une ligne de crête : moins déficitaire, mais toujours vulnérable. Le plus dur est peut-être passé, mais le retour à l’équilibre reste encore un objectif incertain. Une équation d’autant plus sensible que le redressement de l’OPT ne s’inscrit pas dans le vide. Comme l’Office polynésien de l’habitat (OPH) ou Air Tahiti Nui (ATN), également secourus à coups de subventions d’équilibre, l’OPT fait partie de ces satellites du Pays dont la survie pèse de plus en plus lourd sur les finances publiques.
Une question désormais pleinement politique
Or, dans son dernier rapport d’orientation budgétaire, le gouvernement reconnaît lui-même que la dynamique de croissance ralentit, tandis que les dépenses de transfert vers le secteur public ont progressé de plus de 16 % en 2024. Un signal d’alerte, alors que les élus – majorité comme opposition – appellent l’exécutif à “réfléchir” à la pérennité de ces soutiens financiers, jugés de moins en moins soutenables.
C’est dans ce contexte que la question posée par les comptes 2024 de l’OPT dépasse largement le seul périmètre de l’établissement : jusqu’où le Pays peut-il continuer à amortir les déficits de ses opérateurs stratégiques, et à quelles conditions politiques, budgétaires et sociales ? Une interrogation que le ministre Warren Dexter avait déjà formulée lors de l’examen des comptes 2023, en soulignant que certaines missions de l’OPT, notamment postales et bancaires dans les archipels, ne pourront jamais être rentables et posent la question de leur prise en charge au titre du service public. Le ministre de l’Économie et des Finances qui a souligné ce jeudi, face aux élus, que les “défis sont encore énormes pour redresser la barre de cet Office des postes et télécommunications”. Et d’ajouter : “On doit limiter la casse au maximum dans les travaux de restructuration et utiliser au mieux les ressources humaines. Parce qu’on ne peut pas dire aujourd’hui que pour réduire la voilure, on va vous licencier. Le Pays, quel que soit le bord politique, est en partie responsable des difficultés du groupe.”
Les comptes de l’OPT pour 2024 ont été adoptés à l’unanimité en un tour de main sans réel débat. Moins déficitaire, l’OPT reste aujourd’hui sous perfusion. Le débat n’est plus seulement financier : il est devenu un choix politique sur le périmètre, le coût et la définition même du service public.
Les cinq chiffres clés 2024 de l’OPT
- Résultat net consolidé : – 1,78 milliard francs (contre – 2,37 milliards en 2023)
- Chiffre d’affaires consolidé : ≈ 22 milliards de francs (en léger recul sur un an)
- Télécommunications : > 15 milliards de francs de recettes (premier moteur économique du groupe)
- Évolution des charges d’exploitation : – 600 millions de francs (efforts de maîtrise des coûts en 2024)
- Subvention de fonctionnement du Pays : 1,4 milliard de francs (pour garantir la continuité du service public)


























