Remmoa II : l’océan polynésien passé au crible


Remmoa II, ce sont deux avions, 300 heures de vol et 2,2 millions d’euros (262 millions de francs) pour mieux comprendre la mégafaune marine. ©Pelagis
Tahiti, le 28 janvier 2026 - Quinze ans après une première campagne de référence, la Polynésie française redevient un immense terrain d’inventaire… vu du ciel. 
 
Début février 2026, le programme Remmoa II (Recensement des mammifères marins et autres mégafaunes par observation aérienne) lance une vaste mission destinée à actualiser les connaissances sur la distribution et l’abondance des grandes espèces marines – cétacés, oiseaux, tortues, requins et raies – tout en recensant certains indicateurs d’activités humaines, comme les déchets flottants, les bateaux ou les dispositifs de pêche.
 
Portée par l’observatoire Pelagis (La Rochelle Université/CNRS), avec le soutien de l’Office français de la biodiversité (OFB), Remmoa II représente un budget de 2,2 millions d’euros (262 millions de francs), financé par l’OFB et d’autres partenaires, dont La Rochelle Université et des mécènes. 
 
Sur le terrain, une quinzaine de personnes, dont onze scientifiques, seront mobilisées entre février et avril 2026. L’équipe s’appuiera sur deux avions (BM2 à turbine) et sept pilotes, pour un total de 300 heures de vol, dont 200 heures d’observation. Près de 30 000 kilomètres de transects permettront de couvrir une zone d’environ 850 000 km², englobant les cinq archipels de Polynésie française.
 
La méthode est précise : l’avion suit un plan de vol préétabli, à altitude et vitesse constantes. Installés derrière des hublots bulles, deux observateurs scrutent une “bande” de chaque côté de l’appareil – 200 mètres pour les oiseaux et méduses, davantage pour les espèces plus rares. La distance avion-animal est mesurée, puis les comptages sont corrigés statistiquement afin d’estimer au plus près le nombre réel d’individus présents.
 
Comparaison avec les données de 2011
 
Remmoa II mise aussi sur le renforcement des compétences locales : huit observateurs polynésiens viendront compléter l’équipe de l’observatoire Pelagis après une phase de formation. Le déploiement se fera par étapes depuis Tahiti vers plusieurs bases dans les archipels, en fonction de la météo.
 
L’intérêt de cette seconde mission est de pouvoir comparer les données avec celles de 2011. À l’époque, la campagne avait notamment mis en évidence un gradient nord-sud de biodiversité et identifié les Marquises comme un “hotspot” majeur, un résultat qui avait contribué à leur reconnaissance internationale.
 
Pour Taivini Teai, ministre de l’Agriculture, des Ressources marines, de l’Environnement, en charge de l’Alimentation, de la Recherche et de la Cause animale, ces nouvelles données doivent déboucher sur des actions concrètes : “Cela va nous permettre d’affiner l’identification de cette mégafaune et d’établir des couloirs de navigation, afin qu’elle soit le moins perturbée possible par les échanges maritimes”, a-t-il souligné, évoquant aussi les projets d’aires marines protégées, dont une AMP transfrontalière envisagée entre les Gambier et Pitcairn.
 

Rédigé par Darianna Myszka le Mercredi 28 Janvier 2026 à 15:40 | Lu 422 fois