Tahiti, le 17 mars 2026 – Le tribunal administratif examinait ce mardi le recours du psychiatre de l’hôpital de Taaone connu pour avoir scellé à la colle époxy trois chambres d’isolement de l’unité Tokani qu’il jugeait indignes. Après l’annulation en 2025 de son licenciement pour faute grave, le CHPF a engagé une nouvelle procédure et prononcé un licenciement pour faute simple, que le praticien conteste. À l’audience, son avocat a dénoncé une position “incohérente” au regard de la première décision du tribunal. Le rapporteur public recommande de rejeter la requête. Décision le 24 mars.
Un an après avoir obtenu l’annulation de son licenciement pour faute grave, le psychiatre de l’unité Tokani joue à nouveau son avenir devant le tribunal administratif. Et cette fois, l’issue pourrait lui être moins favorable. Dans ses conclusions rendues ce mardi, le rapporteur public a en effet estimé que la nouvelle décision du 27 juin 2025, par laquelle le centre hospitalier de Polynésie française (CHPF) a prononcé son licenciement pour faute simple, n’était pas entachée d’illégalité. Il recommande donc au tribunal de rejeter la requête du praticien.
Un revirement apparent qui crispe la défense. Car en juin 2025, la juridiction avait jugé disproportionné le premier licenciement pour faute grave, retenant notamment que l’action du médecin – sceller trois chambres d’isolement – s’inscrivait dans une volonté de dénoncer des conditions d’accueil jugées indignes.
Sur ce point, le rapporteur public ne s’en écarte pas frontalement. Il invite même le tribunal à “distinguer ces griefs”, en reconnaissant que les chambres en question “ne satisfaisaient pas aux standards d’hospitalisation dans un service psychiatrique moderne” et en replaçant le geste du praticien dans “un conflit éthique d’un professionnel du soin”.
Un acte compris… mais des limites franchies
Des conditions déjà dénoncées de longue date : des pièces aveugles, sans accès direct à l’eau, que le contrôleur général des lieux de privation de liberté décrivait même comme “moins confortables que les cellules disciplinaires” en milieu pénitentiaire. Dans ce contexte, le rapporteur public estime que l’acte de blocage et sa médiatisation ne constituent pas, à eux seuls, une faute justifiant un licenciement.
Mais la ligne est franchie ailleurs, selon lui. Le rapporteur public pointe des “menaces écrites et orales”, une médiatisation revendiquée et un refus d’obéissance hiérarchique, évoquant un comportement qui “caractérise des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire”. Car après avoir scellé les portes, le psychiatre a en effet adressé un message aux personnels dans lequel il affirmait avoir “saboté” les chambres et prévenait que, pour “chaque personne qui entreprendrait de les rouvrir”, il engagerait une médiatisation “locale, nationale et internationale” ainsi que des actions en justice.
Le rapporteur public évoque également des propos menaçants à l’égard de confrères, certains collègues rapportant qu’il leur aurait fait comprendre qu’ils “en subiraient les conséquences” s’ils ne se montraient pas solidaires. C’est là, selon lui, que le dossier bascule. Une bascule que la défense rejette.
“On le licencie quand même sur la forme”
“Tout le monde est d’accord : ces cellules étaient indignes”, insiste Me Thibault Millet, affirmant qu’elles ne sont d’ailleurs plus utilisées aujourd’hui grâce à l’action de son client. Dès lors, réduire l’affaire à des “menaces” reviendrait, selon lui, à passer à côté de l’essentiel : “On reconnaît qu’il avait raison sur le fond, mais on le licencie quand même sur la forme.”
Pour l’avocat du psychiatre, la posture du rapporteur public va à l’encontre de la première décision du tribunal, qui avait estimé que la gravité des faits devait être “fortement minorée” pour écarter le licenciement pour faute grave. Dès lors, comment ces mêmes faits pourraient-ils aujourd’hui justifier un licenciement, même requalifié en faute simple ? “On est passé de 100 % de sanction à 99 %. Concrètement, ça ne change rien”, ironise-t-il, dénonçant un problème de “cohérence” de la justice.
Au-delà du cas individuel, il y voit un enjeu de principe : “Est-ce qu’on dit merci à un médecin qui met fin à des pratiques indignes, ou est-ce qu’on le licencie ?”
Un dossier aussi humain que disciplinaire
La défense insiste aussi sur le contexte humain, décrivant un praticien isolé et sous tension. Me Thibault Millet rappelle ainsi que son client a été “interné par ses propres collègues”, avant d’être finalement libéré par le juge des libertés et de la détention, sur la base de l’expertise d’un psychiatre indépendant, “choqué” par la situation. Pour l’avocat, cet épisode illustre un véritable “inversement de l’échelle des valeurs”.
En réponse, le CHPF assume une ligne plus ferme. Pour son avocat, Me Robin Quinquis, si le débat sur les conditions d’hospitalisation peut être entendu, il ne saurait justifier certains débordements. “Il est temps de signer la fin du match”, a-t-il lancé, estimant qu’“un établissement public ne peut pas tolérer des menaces envers ses agents”. Évoquant des faits “d’une gravité certaine”, il considère que le maintien du praticien est incompatible avec ses fonctions. Dès lors, “le CHPF est tenu de l’application de son pouvoir disciplinaire”.
Deux visions irréconciliables s’affrontent donc : celle d’un médecin lanceur d’alerte, et celle d’un agent ayant franchi les limites du cadre professionnel. Le tribunal administratif rendra sa décision le 24 mars. Si les conclusions du rapporteur public sont suivies dans la grande majorité des cas, Me Thibault Millet assure néanmoins garder “un vrai espoir” dans ce dossier, qu’il juge “difficile” et susceptible de faire “hésiter” la juridiction.
Un an après avoir obtenu l’annulation de son licenciement pour faute grave, le psychiatre de l’unité Tokani joue à nouveau son avenir devant le tribunal administratif. Et cette fois, l’issue pourrait lui être moins favorable. Dans ses conclusions rendues ce mardi, le rapporteur public a en effet estimé que la nouvelle décision du 27 juin 2025, par laquelle le centre hospitalier de Polynésie française (CHPF) a prononcé son licenciement pour faute simple, n’était pas entachée d’illégalité. Il recommande donc au tribunal de rejeter la requête du praticien.
Un revirement apparent qui crispe la défense. Car en juin 2025, la juridiction avait jugé disproportionné le premier licenciement pour faute grave, retenant notamment que l’action du médecin – sceller trois chambres d’isolement – s’inscrivait dans une volonté de dénoncer des conditions d’accueil jugées indignes.
Sur ce point, le rapporteur public ne s’en écarte pas frontalement. Il invite même le tribunal à “distinguer ces griefs”, en reconnaissant que les chambres en question “ne satisfaisaient pas aux standards d’hospitalisation dans un service psychiatrique moderne” et en replaçant le geste du praticien dans “un conflit éthique d’un professionnel du soin”.
Un acte compris… mais des limites franchies
Des conditions déjà dénoncées de longue date : des pièces aveugles, sans accès direct à l’eau, que le contrôleur général des lieux de privation de liberté décrivait même comme “moins confortables que les cellules disciplinaires” en milieu pénitentiaire. Dans ce contexte, le rapporteur public estime que l’acte de blocage et sa médiatisation ne constituent pas, à eux seuls, une faute justifiant un licenciement.
Mais la ligne est franchie ailleurs, selon lui. Le rapporteur public pointe des “menaces écrites et orales”, une médiatisation revendiquée et un refus d’obéissance hiérarchique, évoquant un comportement qui “caractérise des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire”. Car après avoir scellé les portes, le psychiatre a en effet adressé un message aux personnels dans lequel il affirmait avoir “saboté” les chambres et prévenait que, pour “chaque personne qui entreprendrait de les rouvrir”, il engagerait une médiatisation “locale, nationale et internationale” ainsi que des actions en justice.
Le rapporteur public évoque également des propos menaçants à l’égard de confrères, certains collègues rapportant qu’il leur aurait fait comprendre qu’ils “en subiraient les conséquences” s’ils ne se montraient pas solidaires. C’est là, selon lui, que le dossier bascule. Une bascule que la défense rejette.
“On le licencie quand même sur la forme”
“Tout le monde est d’accord : ces cellules étaient indignes”, insiste Me Thibault Millet, affirmant qu’elles ne sont d’ailleurs plus utilisées aujourd’hui grâce à l’action de son client. Dès lors, réduire l’affaire à des “menaces” reviendrait, selon lui, à passer à côté de l’essentiel : “On reconnaît qu’il avait raison sur le fond, mais on le licencie quand même sur la forme.”
Pour l’avocat du psychiatre, la posture du rapporteur public va à l’encontre de la première décision du tribunal, qui avait estimé que la gravité des faits devait être “fortement minorée” pour écarter le licenciement pour faute grave. Dès lors, comment ces mêmes faits pourraient-ils aujourd’hui justifier un licenciement, même requalifié en faute simple ? “On est passé de 100 % de sanction à 99 %. Concrètement, ça ne change rien”, ironise-t-il, dénonçant un problème de “cohérence” de la justice.
Au-delà du cas individuel, il y voit un enjeu de principe : “Est-ce qu’on dit merci à un médecin qui met fin à des pratiques indignes, ou est-ce qu’on le licencie ?”
Un dossier aussi humain que disciplinaire
La défense insiste aussi sur le contexte humain, décrivant un praticien isolé et sous tension. Me Thibault Millet rappelle ainsi que son client a été “interné par ses propres collègues”, avant d’être finalement libéré par le juge des libertés et de la détention, sur la base de l’expertise d’un psychiatre indépendant, “choqué” par la situation. Pour l’avocat, cet épisode illustre un véritable “inversement de l’échelle des valeurs”.
En réponse, le CHPF assume une ligne plus ferme. Pour son avocat, Me Robin Quinquis, si le débat sur les conditions d’hospitalisation peut être entendu, il ne saurait justifier certains débordements. “Il est temps de signer la fin du match”, a-t-il lancé, estimant qu’“un établissement public ne peut pas tolérer des menaces envers ses agents”. Évoquant des faits “d’une gravité certaine”, il considère que le maintien du praticien est incompatible avec ses fonctions. Dès lors, “le CHPF est tenu de l’application de son pouvoir disciplinaire”.
Deux visions irréconciliables s’affrontent donc : celle d’un médecin lanceur d’alerte, et celle d’un agent ayant franchi les limites du cadre professionnel. Le tribunal administratif rendra sa décision le 24 mars. Si les conclusions du rapporteur public sont suivies dans la grande majorité des cas, Me Thibault Millet assure néanmoins garder “un vrai espoir” dans ce dossier, qu’il juge “difficile” et susceptible de faire “hésiter” la juridiction.