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Place Vaiete, les architectes perdent leur premier round judiciaire


@ Tropical Architecture
Tahiti, le 29 octobre 2026 – Premier revers judiciaire pour les architectes de la place Vaiete. Quelques heures après l'audience de jeudi matin, le juge des référés a rejeté la requête du groupement mené par Tropical Architecture, le cabinet de Charles Pascal-Lacombe. Évincé pour avoir, selon Grands Projets de Polynésie (G2P), dénaturé le projet lauréat, il réclamait la reprise provisoire de son contrat. En vain.
 

D'un côté, des architectes et bureaux d'études qui assurent avoir tenu leurs engagements. De l'autre, G2P, maître d'ouvrage délégué du Port autonome, qui ne reconnaît plus le projet initial. Au cœur du litige : la résiliation pour faute du marché de maîtrise d'œuvre, d'un montant de 126 millions de francs, décidée le 20 août et effective le 24. En jeu, une “oasis urbaine” à 1,3 milliard de francs. Pour obtenir la suspension de la résiliation et la reprise du contrat, le groupement devait démontrer l'urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Son avocat s'en est remis à ses écritures, rappelant que ses clients “n'ont ni abandonné leur mission, ni refusé de reprendre les études”. Le groupement affirme avoir livré trois versions de l'avant-projet sommaire (APS) en sept semaines et impute les difficultés de chiffrage aux modifications demandées par le maître d'ouvrage. Il conteste aussi la mise en demeure préalable. L'urgence ? Les candidatures au nouveau marché fermaient jeudi midi. Mais le juge n'a pas eu à trancher cette question : dès jeudi après-midi, il a estimé qu'aucun argument ne créait de “doute sérieux” sur la légalité de la résiliation. La reprise provisoire est donc refusée.
 
Une “dénaturation du projet”

Un projet cinq étoiles sur le papier, trois étoiles à l'arrivée. Voilà, en substance, le reproche de G2P : le premier avant-projet dépassait le budget de 37 %, puis les économies auraient effacé ce qui avait séduit le jury. Un chiffrage contesté par le groupement "Au moment de la résiliation, nos dernières études estimaient le coût des travaux à +4,69 % par rapport au budget de référence du concours, hors prestation supplémentaire de mise en pépinière anticipée demandée ultérieurement par G2P", nous explique-t-on hors audience.
"Au moment de la résiliation, nos dernières études estimaient le coût des travaux à +4,69 % par rapport au budget de référence du concours, hors prestation supplémentaire de mise en pépinière anticipée demandée ultérieurement par G2P."

Le groupement soutient au contraire que les modifications répondaient aux demandes du maître d'ouvrage. Au-delà du dépassement budgétaire, c'est donc aussi la responsabilité de ces changements qui divise les parties. Selon G2P, retrouver l'ambition paysagère initiale coûterait quelque 90 millions de francs supplémentaires. Une analyse là encore contestée: "En concertation avec G2P, cette optimisation économique n’a pas été réalisée au détriment du projet. Les dernières études conservaient les principales composantes fonctionnelles, programmatiques, architecturales et paysagères du projet présenté au concours. (...) Le Fare Pote’e était maintenu. Contrairement à ce qui a été indiqué à l’audience, la hauteur de sa toiture n’avait pas été réduite et sa transparence vers le parc demeurait."

De même, les griefs concernant la rampe, les kiosques ou encore les fontaines sont là encore balayés par l'architecte. "Tout était maintenu dans le projet contrairement à ce qui a été avancé par G2P en audience. Les quelque 90 millions de francs évoqués par G2P correspondent en réalité à une demande supplémentaire formulée après le concours : chiffrer une mise en pépinière anticipée de plusieurs mois des végétaux, avant leur plantation définitive."

Le Port autonome résume le dilemme : soit “conserver le projet du lauréat, mais accepter une forte hausse de son coût”, soit tenir le budget “mais au prix d'un projet qui avait été profondément modifié”.

G2P contestait aussi l'urgence : le nouveau concours prendra des mois et le préjudice financier allégué ne serait pas démontré. Après trois mois de discussions, sa représentante était catégorique : “Reprendre les relations contractuelles, ce serait nous remettre dans une impasse”. Une impasse qui n'a pas encore trouvé son épilogue judiciaire : un recours au fond reste pendant devant le tribunal administratif. Une situation que le groupement estime comme "profondément regrettable".

Rédigé par Stéphanie Delorme le Jeudi 29 Octobre 2026 à 16:35 | Lu 364 fois