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Périnatalité : le réseau Te Hono Tini réclame des moyens et une enquête


Tahiti, le 4 octobre 2026 - Née en mai 2025, le réseau Te Hono Tini qui rassemble les professionnels de la périnatalité en Polynésie attend du Pays une reconnaissance officielle, mais aussi le financement d’une grande enquête sur la périnatalité. Car aujourd’hui, le constat est là : en Polynésie, les données sur la santé des mères et des nouveau-nés manquent cruellement.

Le gros chantier en ligne de mire du réseau de périnatalité Te Hono Tini est donc la collecte de données. Cette association comptent près de 200 professionnels du public comme du privé œuvrant dans le secteur de la périnatalité, c’est-à-dire auprès de mamans dans la période comprise entre la 28e semaine de la grossesse et le 7e jour suivant la naissance. Et elle milite pour une vision globale de ce qu’est la périnatalité au Fenua. Les dernières informations publiques disponibles sur les naissances en Polynésie sont celles du bilan démographique 2025 de l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF) : 3.220 naissances. Mais au-delà de ce chiffre, le flou reste important. Combien de femmes souffrent de dépression post-partum ? Quel est le risque de suicide chez les jeunes mères ? Quelle place occupent les addictions pendant la grossesse ? Combien de femmes allaitent leur enfant ?

Autant de questions auxquelles il est aujourd’hui difficile de répondre. Pourtant, ces données sont essentielles pour mieux comprendre les besoins des femmes et des enfants afin d’adapter les politiques de santé. Le taux d’allaitement maternel constitue notamment un indicateur important, particulièrement en matière de prévention de l’obésité à l’âge adulte.

C’est ce déficit d’information sur les réalités de terrain que le réseau de périnatalité Te Hono Tini se fait fort combler, avec une enquête d’ampleur sur la santé périnatale en Polynésie. L'enjeu dépasse la statistique. Pour le réseau Te Hono Titi, des données solides permettraient de plaider une aide financière auprès des institutions. Les consommations, les addictions et les vulnérabilités psychosociales sont en première ligne : tabagisme passif, tabagisme pendant la grossesse, mais aussi violences conjugales et intrafamiliales. Avec des chiffres en main, le réseau entend plaider en faveur de subventions lui permettant d’agir avec en tête l’exemple de ce qui a fait ses preuves ailleurs dans le Pacifique. Comme en Nouvelle-Zélande, où de grandes campagnes font reculer le tabagisme dans les populations maories.

Mais cette enquête a un coût. Et, la Polynésie française étant une collectivité autonome, compétente en matière de santé, un tel travail de recensement ne pas être inclus dans l'enquête nationale, financée par l'État et le ministère national de la Santé. ​“On ne peut pas chiffrer, parce qu'on n'a pas les moyens”, résument sa présidente et sa vice-présidente, deux soignantes, Ariimihi Jamet et Charline Leick.

“On prend ça sur nos heures de travail”


En métropole, les initiatives comme celles du réseau Te Hono Tini sont souvent des associations reconnues d'intérêt public, liées à l'Agence régionale de santé (ARS) par des contrats d'objectifs assortis de moyens, ce qui leur garantit à la fois l'indépendance et un financement. En Polynésie, rien de tel. Reçues la semaine dernière par la ministre de la Santé, les responsables du réseau ont obtenu une écoute, mais pas encore la promesse de moyens. “Le Pays étudie plusieurs voies, dont une délégation de service public, et doit encore se concerter.” En attendant, pour Te Hono Tini, tout repose sur le temps personnel des membres. “On prend ça sur nos heures de travail”, indiquent les deux soignantes, alors que l'une d'elles est “censée être en congé” et que la seconde est de garde le jour de l'interview. Si elles mettent en lumière le réseau c’est avant tout “pour [les] mamans”, confie l’une d’elle.

Pour mener à bien cette enquête, le réseau a demandé une subvention d'environ 15 millions francs au Pays et sollicité, par ailleurs l'Agence française de développement (AFD) et l'État.

Le protocole que souhaite mettre en œuvre Te Hono Tini graviterait autour de 1 000 questionnaires de 28 pages à remplir sur six mois, là où la métropole boucle son enquête en une semaine grâce à ses nombreuses maternités. Avec seulement 3 500 naissances par an, la Polynésie n'a pas d'autre choix que d'étaler la collecte. Chaque questionnaire demande environ deux heures de travail à une sage-femme enquêtrice. Elles devront être rémunérées, d'autres seront mises à disposition par les maternités, dans le public comme dans les deux cliniques privées, que le réseau a sollicitées par courriel. C'est ce qu'elles présentent comme l'un des fruits du réseau : “un gain de temps et d'argent”, puisque les sage-femmes qui dégagent du temps dédié ne coûtent pas plus cher.

Retour sur l’année écoulée


En un an, le réseau a déjà posé ses premières pierres. Il organise des “soirées du réseaux”, à savoir de petites de formations, une fois par mois en principe, sur la gynécologie, la pédiatrie ou le psychosocial.

Ces rencontres permettent d'harmoniser les pratiques, les années d'installation en Polynésie et les générations. La prochaine, cette semaine, porte sur l'allaitement maternel, avec une médecin formée à la lactation.

Le réseau a tenu sa première journée de la périnatalité en avril. L’événement doit devenir un rendez-vous annuel, “un peu comme un congrès”. Il a surtout relancé le Diplôme Inter-Universitaire (DIU) de psychopérinatalité, en convention avec les universités de Montpellier et de Lyon. Sa promotion de 30 personnes réunit des professionnels des cliniques, du CHPF, de la Direction de la santé, qui a envoyé sept agents, et du libéral. Les candidatures ont dû être bloquées faute de places. La formation compte deux sessions, la première en août, la seconde en mars-avril. Une action que souhaite pérenniser Te Hono Tini. La structuration a aussi des conséquences très concrètes. Aujourd'hui, ce sont des réseaux métropolitains qui certifient chaque année les praticiens réalisant les échographies du premier trimestre, une accréditation que Te Hono Tini ne peut pas encore assurer. En métropole, le réseau analyse les résultats de chacun et peut retirer l'accréditation à ceux qui ne respectent pas les standards, ce qui garantit moins de complications et un meilleur repérage des enfants vulnérables et des mères en difficulté dès la grossesse.

La Fédération des réseaux, à laquelle Te Hono Tini est affiliée, pose deux conditions : que l'association soit reconnue officiellement comme seul réseau de Polynésie et qu'elle dispose des moyens humains pour évaluer environ 80 praticiens. Il reste encore du chemin même si les deux femmes à la tête du réseau, Ariimihi Jamet et Charline Leick, sont toujours très optimistes. 

Un réseau qui s’épuise déjà au bout d’un an et demi ?


Le réseau doit aussi servir de point d'ancrage aux professionnels isolés dans les îles, où il n'y a pas de sage-femme et où les soins sont assurés par des auxiliaires de santé. Te Hono Tini pourrait leur transmettre des protocoles adaptés et leur donner un numéro à appeler quand une situation les dépasse. Pour l'instant, le réseau n'a ni local ni secrétariat, “juste une adresse e-mail à laquelle on essaie de répondre”, se désole la présidente du réseau Ariimihi Jamet. Elles ont demandé une sage-femme de coordination pour assurer les missions d'un réseau, “parce que là, on ne fait que broder”. Jusqu’à présent, l’initiative de Te Hono Tini ne tient que sur la motivation de ses membres, mais celle-ci s'use : “Si on continue comme ça, ça va être compliqué.”

Infos et contacts
Tous les professionnels du champ médical, paramédical et psychosocial-éducatif sont invités à rejoindre le réseau Te Hono Tini. Plus d’infos par mail à reseau.tehonotini@gmail.com , et sur la page Facebook Te Hono Tini Réseau de périnatalité en Polynésie.

Rédigé par Violaine Broquet le Lundi 5 Octobre 2026 à 16:30 | Lu 199 fois