Géros contre-attaque : “Il essaie de faire une OPA mais je n’ai pas l’impression que ça marche”


Tahiti, le 29 avril 2026 - Dans une interview accordée à Tahiti Infos, Antony Géros réagit aux conclusions du tribunal administratif sur l’annulation du gala MMA de Paea, qu’il assume sur le fond malgré les critiques sur la forme… avant de contre-attaquer sur le terrain politique. Accusé d’“OPA” au Tavini, il renvoie l’accusation à Moetai Brotherson, et n’exclut pas un basculement à l’occasion du collectif budgétaire, sans pour autant s’engager sur le dépôt d’une motion de renvoi. Sur le RNS, il indique travailler déjà à une remise à plat du texte au Cesec avec les partenaires sociaux et les élus du Tapura et de Ahip. 

 
Vous souhaitiez réagir après les conclusions du rapporteur public sur l’annulation du MMA à Paea

“Oui, parce que derrière ce dossier, il y a une position de fond. J’oppose clairement le combat sportif au combat spectacle. Aujourd’hui, dans certaines pratiques du MMA, on autorise à frapper un adversaire à terre. Pour moi, ça s’apparente à du combat de rue. Dans la rue, on intervient pour arrêter ça. Dans une cage, on applaudit… Je trouve que ce n’est pas normal.”
 
Vous n’êtes donc pas opposé à la pratique en elle-même ?

“Non, les gens s’entraînent, il n’y a aucun problème. Mais lorsqu’il s’agit d’un événement, ouvert à tous, y compris aux mineurs, je veux qu’on reste dans un cadre de combat sportif.”
 
Sur la forme, le tribunal relève surtout un problème de timing…

“Je ne conteste pas la décision du juge. Il y a eu un concours de circonstances. Deux demandes ont été déposées : une par courrier, une au guichet. J’ai répondu à celle reçue par courrier en refusant. Mais l’autre, au guichet, a été autorisée sans que l’information ne remonte. Quand j’en ai eu connaissance, j’ai refusé aussi. C’est ce décalage qui pose problème.”
La facture est aujourd’hui assumée par votre successeure…

“C’est la continuité. Moi-même, j’ai dû assumer des décisions héritées. Sur la station d’épuration, ça m’a coûté 43 millions. Là, on parle d’un peu plus d’un million. Le delta est quand même important.”
 
Sur un plan politique, vous avez lu l’interview de Moetai Brotherson qui évoque une OPA au sein du Tavini. Que lui répondez-vous ?

“Quand on est cadre du Tavini, on ne peut pas faire une OPA sur le Tavini. Par contre, effectivement, quand on ne l'est pas, comme c'est le cas pour lui, oui, il peut faire une OPA, mais moi non. Moi j'y suis depuis des lustres. J'ai été nommé vice-président. J'assume avec les autres membres du comité directeur et, bien entendu, son président, parce que les signatures qui sont déposées, c'est aussi celle du président.”
 
Vous estimez donc que c’est plutôt lui qui tente une OPA ?

“Il essaie de faire une OPA. Malheureusement, je n’ai pas l’impression que ça ait l’air de marcher.”
 
Il renvoie aussi à Oscar Temaru, en disant que son discours est plus apaisé…

“Il faut remettre les choses en place. Le Tavini, c’est plus de 50 ans d’existence. Je ne pense pas qu’au bout de 50 ans, on se trompe sur ses objectifs. Quand aujourd'hui, il y a quelqu'un qui vient juste de naître à l'intérieur du parti, qui remet en cause les fondamentaux du parti, je m'interroge. Les décisions doivent être prises en concertation, pas par une seule personne. Ce sont des gens qui ont baroudé pendant des années au sein du parti qui sont là pour préserver ces fondamentaux.”
 
L’éviction de Moetai Brotherson du Tavini est-elle freinée par le lien affectif qu’il a avec Oscar Temaru ?

“Non, ce sujet n’a pas encore été abordé. L’urgence, c’était d’écarter les 15 qui ont fait dissidence. Ils ont signé, ils se sont eux-mêmes exclus du groupe. Il fallait clarifier la situation avant la reprise des travaux.”

Le cas de Moetai Brotherson est donc différent ?

“Oui, c’est un cas à part. Ce sera l’objet d’une autre réflexion dans les jours qui viennent.”
 
Sur un plan institutionnel, le collectif budgétaire arrive en juin, avec notamment le FRPH qui devrait une nouvelle fois être abondé pour absorber la flambée des prix des hydrocarbures. Est-ce une occasion de changer la donne politique en déposant une motion de renvoi budgétaire ?

“Comme je l’ai dit, le président n’a plus sa majorité, mais il a une majorité. Aujourd’hui, je n’ai pas les 3/5es des voix pour une motion de défiance.”
 
Mais pour une motion de renvoi, il faut 29 voix…

“Voilà. Il en manque sept. Nous sommes 22. Mais cette majorité dont je parle n’est plus celle du président. C’est une majorité sur laquelle chacun peut s’appuyer selon les textes, que ce soit lui… ou d’autres.”
 
Une motion de renvoi est-elle dans les tuyaux dans l’optique de demander au président Macron un retour anticipé aux urnes ?

“Le président de la République n’a pas besoin d’attendre une motion pour dissoudre. Le gouvernement central sait exactement ce qui se passe ici, et puis ils ont suffisamment de marge pour prendre les décisions qui s'imposent.”
 
Certains disent que vous préparez déjà un gouvernement… Info ou intox ?

“C’est de l’intox. Depuis 2023, j’ai déjà de quoi remplir un gouvernement (sourire).”
 
Au risque d’insister, si le collectif budgétaire ne vous convient pas, est-ce que vous passez à l’action ?
“Tout dépendra de la pression que vont exercer les textes présentés par le gouvernement. Si cette pression est trop forte, cette majorité flottante prendra les décisions en conséquence.”
 
Le RNS cristallise justement ces tensions…

“Oui. Au départ, il y avait une demande de suspension. Mais en étudiant le texte, on s’est rendu compte qu’il y avait trop de distorsions. La vraie question, c’est : est-ce qu’on corrige à la marge ou est-ce qu’on revoit tout ? On est en train de changer complètement de paradigme. On introduit une logique d’impôt sur le revenu dans la PSG. Et là, on dévoie le principe même du régime universel. Surtout qu'aujourd'hui (mercredi matin, NDLR), on a assisté à une commission, on a été entendus par la commission du Cesec sur ce texte. On a échangé avec les élus Tapura et Ahip et les partenaires sociaux. L’objectif, c’est de revenir à un cadre clair et cohérent qui va nous permettre de rester dans les objectifs de l'équilibre de la PSG, avec un régime unique et non pas avec un impôt sur le revenu qui va dévoyer tout le régime universel.”
 
Entre Moetai Brotherson qui affirme que sa réforme sera de toute façon appliquée au 1er juillet, les recours déposés dont les décisions interviendront peut-être avant cette échéance, et votre proposition d’abrogation qui devrait être votée le 21 mai, on est un peu perdus… Que va-t-il se passer ? Est-ce qu'on n'est pas en train de revivre le même scénario qu’avec la loi fiscale de Tevaiti Pomare retoquée par le Conseil d’État, le gouvernement ayant dû ensuite procéder à des remboursements ?

“Oui, c’est un peu ça. On va traverser une période de transition incertaine. On ne sait pas encore de quel côté sera le droit.”
 
Avec un risque réel pour l’économie ?

“Exactement. Il faut éviter que cette incertitude ne vienne pénaliser l’activité. Car je ne pense pas qu'à l'horizon des deux ans qui viennent, on veuille soutenir la politique de la tête brûlée parce que sinon, ce n'est pas la peine de se présenter aux élections en 2023.”
 
Comment sortir de cette situation ?

“En travaillant dès maintenant à l’après. On va se réunir avec les autres groupes et les partenaires sociaux pour rouvrir le dialogue et construire une solution.”
 
Un dernier mot ?

“J’appelle à la paix. Mais aussi à la responsabilité, pour préparer la suite sans attendre.”

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 29 Avril 2026 à 17:48 | Lu 1499 fois