10 lauréats soutenus par le Fonds Natura Porinetia


Tahiti, le 13 mai 2026 - Soutenir les initiatives polynésiennes en faveur de l’environnement : c’est l’objectif du Fonds Natura Porinetia, porté par la Fédération des associations de protection de l’environnement (Fape). Cette année, le dispositif atteint un nombre record avec dix projets subventionnés, un record depuis sa création. Chaque association retenue bénéficiera d’un soutien compris entre 300 000 et 500 000 francs afin de concrétiser ses actions de terrain.

Parmi les projets 2026, les initiatives se distinguent avec des poursuites de projets et des nouveautés : 

À Temoe, protéger le tutururu en éradiquant la fourmi folle jaune

Sur l’atoll isolé de Temoe, aux Gambier, l’association Tomomiki no Mangareva, accompagnée par l’association SOP Manu, mène un projet de grande ampleur : éradiquer la fourmi folle jaune afin de permettre, à terme, la réintroduction du tutururu, un oiseau endémique parmi les plus menacés du territoire. “Aujourd’hui, il reste moins de 200 individus dans le monde”, explique Tehani Withers de SOP Manu. “Cette espèce ne vit plus que sur les atolls Actéon. Si une maladie, un cyclone ou une autre menace venait toucher cette zone, l’espèce pourrait disparaître très rapidement.” Le tutururu, appelé itikoe aux Gambier, occupait autrefois plusieurs îles de Polynésie française, notamment dans les archipels des Gambier et de la Société. Avec le temps, l’introduction de prédateurs et les perturbations des habitats naturels ont provoqué sa disparition dans plusieurs îles. Le projet vise désormais à créer une “population de sécurité” sur Temoe, un atoll inhabité situé à proximité de Mangareva et considéré comme particulièrement favorable à l’accueil de l’espèce. “Temoe possède encore un habitat naturel très intéressant pour le tutururu”, poursuit Tehani Withers. “L’atoll est peu fréquenté aujourd’hui, essentiellement par quelques pêcheurs qui viennent ponctuellement camper. C’est donc un lieu idéal pour créer une sorte de sanctuaire naturel.”

Mais avant toute réintroduction des oiseaux, une étape est jugée indispensable : éliminer la fourmi folle jaune, une espèce invasive particulièrement agressive. “La fourmi folle peut attaquer les oiseaux, notamment les plus jeunes”, détaille la représentante de SOP Manu. “Une première campagne d’éradication a déjà été menée en 2025 et le financement obtenu grâce au Fonds Natura Porinetia permettra de finaliser l’opération.”  

L’intervention repose sur la dissémination contrôlée d’un insecticide spécifique, déjà testé dans d’autres projets de restauration écologique en Polynésie, notamment à Tetiaroa. “Les doses utilisées sont très faibles et les traitements sont réalisés avec précaution pour limiter les impacts sur les autres espèces”, précise Tehani Withers. “Les oiseaux terrestres ont pratiquement disparu de Mangareva”, rappelle-t-elle. “Ramener le tutururu, c’est aussi restaurer une partie du patrimoine naturel et culturel des habitants.”

À Faaa, un jardin pédagogique pour sensibiliser les enfants

À Faaa, l’association Hotuarea Nui mise sur la sensibilisation des plus jeunes à travers un projet baptisé “Mon jardin tout en récup". L’objectif : créer un jardin pédagogique construit à partir de matériaux récupérés. Un espace destiné aux enfants accueillis en périscolaire par l’association. “Nous accueillons des enfants de 3 à 12 ans tous les mercredis, les vendredis après-midi et pendant les vacances scolaires”, explique Hinavai Hatitio, responsable animation. “Avec ce projet, nous voulons les sensibiliser concrètement à l’environnement en les impliquant directement dans la création du jardin.”

Le futur jardin reposera entièrement sur le principe du réemploi. Palettes en bois, matériaux recyclés et objets récupérés serviront à fabriquer les espaces de culture, le mobilier et les ateliers pédagogiques. “Le premier enjeu, c’est la réduction des déchets”, souligne Hinavai Hatitio.“Nous voulons montrer qu’il est possible de donner une seconde vie à des matériaux qui seraient normalement jetés.”  

Le projet entend aussi sensibiliser les enfants à l’autonomie alimentaire. “Ils pourront planter, récolter et repartir avec leurs fruits et légumes”, poursuit l’animatrice. L’idée est qu’ils comprennent qu’il est possible de cultiver chez soi, même à petite échelle. Le jardin mettra également en avant les techniques de permaculture, sans recours aux produits chimiques. “Nous voulons former de futurs citoyens responsables et sensibles aux questions environnementales”, sourit Hinavai Hatitio. 

“Te Moana Fest”, un festival pour reconnecter les jeunes à l’océan

Sensibiliser les jeunes à l’environnement marin tout en créant un grand rendez-vous populaire sur le thème de l’océan : c’est l’ambition du projet “Te Moana Fest”, porté collectivement par plusieurs associations de Tahiti, dont Oceania, Parent Autrement, To’a Hine et Reva Atea. À l’origine tournée vers l’éducation alternative et l’instruction en famille, l’association Parent Autrement a progressivement élargi ses actions à l’éducation environnementale.  

“Cette année, nous avons décidé d’orienter davantage nos activités vers l’éducation à l’environnement lagonaire”, explique la présidente de l’association. “Nous proposons désormais des activités pour les enfants les mercredis, vendredis après-midi, le samedi matin et pendant les vacances scolaires.” Le premier grand rendez-vous prendra forme le 6 juin prochain, à l’occasion de la Journée mondiale de l’océan. Baptisé “Te Moana Fest”, l’événement se déroulera sur le site de Tevai, à Mahina, en bord de mer. Les organisateurs espèrent accueillir près de 650 personnes, dont environ 300 enfants issus des quartiers prioritaires. “L’idée est vraiment de rassembler toute la population autour de la protection de l’océan”, poursuit-elle. “On veut que cet événement soit accessible à tous : enfants, familles, habitants du quartier, visiteurs…”  

Au programme : village associatif, ateliers immersifs, sorties lagonaires, découverte des espèces marines et baptêmes de plongée. “L’objectif, c’est de reconnecter les jeunes à l’océan”, explique une organisatrice. “À travers les activités nautiques, la découverte des métiers de la mer ou encore la pédagogie autour des espèces marines, nous voulons transmettre des connaissances mais aussi recréer du lien avec cet environnement.”  

Les associations souhaitent concrètement inscrire le festival dans la durée afin d’en faire un rendez-vous annuel dédié à l’océan.

Samedi 6 juin 2026 de 8h à 17h / Kvai Sunset Beach
​Lien : 
https://www.facebook.com/events/961829949990623/?acontext=%7B%22event_action_history%22%3A%5B%7B%22surface%22%3A%22home%22%7D%2C%7B%22mechanism%22%3A%22attachment%22%2C%22surface%22%3A%22newsfeed%22%7D%5D%2C%22ref_notif_type%22%3Anull%7D

À Tubuai, la lutte contre les taramea pour protéger les récifs

À Tubuai, l’association Tomite Taurua Rima Motu no Tupuai souhaite agir contre l’un des principaux prédateurs du corail vivant : la taramea, ou étoile de mer couronne d’épines. Le projet “Protection des récifs du lagon de Tubuai contre les taramea” vise à limiter la prolifération de cette espèce invasive dans le lagon. “Les taramea détruisent les coraux vivants lorsqu’elles prolifèrent en trop grand nombre”, explique la représentante de l’association. “L’objectif est d’abord d’identifier précisément les zones les plus touchées afin d’organiser ensuite des opérations d’intervention.” Une fois les secteurs infestés repérés, les bénévoles procéderont manuellement à l’élimination des taramea. “Il faudra injecter de l’eau de javel à la main dans chaque taramea afin de les neutraliser sans impacter l’ensemble du milieu marin.” 

©Aimeho Va’a Taie
Transmission aux jeunes générations à Moorea

À Moorea, l’association Aimeho Va’a Taie développe le projet “Ha’api’ira’a Taumata Fe’e 2026”, un programme éducatif mêlant culture polynésienne, environnement et sciences marines. L’objectif : accompagner des enfants et adolescents pendant plusieurs mois afin de renforcer leur connaissance de leur environnement, de leur identité culturelle et des enjeux liés à l’océan. “Nous voulons offrir à nos enfants un espace où ils peuvent grandir à travers nos histoires, notre vision et notre environnement”, explique un représentant de l’association. Le programme combinera savoirs traditionnels et approche scientifique. Des ateliers autour des baleines, des requins ou encore des écosystèmes océaniques sont proposés aux jeunes participants avec différents intervenants et partenaires scientifiques.  

Des échanges avec d’autres communautés du Pacifique sont également organisés. “Ces échanges permettent aux enfants de découvrir nos différences mais aussi tout ce qui nous relie culturellement dans le Pacifique.” 

Restaurer les coraux de la Pointe des Pêcheurs

Depuis plus de dix ans, l’association Tamarii Pointe des Pêcheurs agit pour préserver les récifs situés à la Pointe des Pêcheurs, face à l’hôtel Tahiti Lagoon Resort (ex-Méridien). Le projet “Préservation des récifs de Nuuroa” vise à poursuivre la restauration du site connu sous le nom de “jardin corallien”. “Nous poursuivons aujourd’hui un important travail de restauration des coraux”, explique l’association. “L’objectif est notamment de développer le bouturage corallien afin de régénérer certaines zones fragilisées.”  

En parallèle, l’association organise des ateliers pédagogiques autour des récifs, des raies, des cétacés et des algues marines, principalement destinés aux scolaires. Le financement permettra également de poursuivre les campagnes régulières d’arrachage d’algues invasives. 

Aux Gambier, restaurer la forêt naturelle

Aux Gambier, l’association Coureurs des Gambier poursuit un vaste projet de restauration écologique et de valorisation du patrimoine naturel. Créée à l’origine pour entretenir les sentiers de randonnée de Mangareva, l’association a progressivement élargi ses actions à la protection des forêts naturelles et à la sensibilisation environnementale. Le projet soutenu prévoit notamment la restauration d’une petite forêt naturelle clôturée afin de la protéger des chèvres et des bovins. “L’objectif est de contrôler les plantes envahissantes comme le falcata, le lantana ou le framboisier, puis de replanter progressivement des arbres locaux menacés.”

 Le programme s’étendra sur trois ans avec plusieurs phases : pépinière, plantations, suivi scientifique et extension progressive des zones restaurées. L’association souhaite aussi développer une signalétique le long des 40 kilomètres de sentiers de randonnée de Mangareva, avec des informations naturelles et culturelles.

 À Moorea, former de jeunes ambassadeurs de la pêche responsable

À Moorea, l’association To’a Hine Spearfishing souhaite former une nouvelle génération de pêcheurs responsables à travers le projet “To’a no ananahi”. Le programme prévoit d’accompagner sept jeunes de Moorea lors d’ateliers mêlant réglementation, sécurité en apnée, identification des espèces et sensibilisation à l’environnement marin. L’objectif est aussi de permettre aux participants de transmettre ensuite leurs connaissances à d’autres jeunes pêcheurs de l’île.

Des échanges sont également prévus avec des pêcheurs de Bora Bora afin de favoriser le partage d’expériences et de pratiques. À terme, l’association souhaite créer un kit pédagogique consacré à la pêche responsable.

Le projet Fare Aru poursuit son développement

L’association Te Ora Naho poursuit le développement du projet “Fare Aru”, déjà soutenu l’année dernière par le Fonds Natura Porinetia. Après l’achat de matériel destiné à l’entretien et au débroussaillage du site, l’association souhaite désormais développer davantage l’espace pédagogique en y intégrant de nouvelles espèces végétales, notamment des bananiers. Le projet prévoit aussi la réalisation d’études pour l’implantation d’un Fare Hutu et d’un Fare Pote’e destinés à accueillir des scolaires, des enfants et, à terme, des visiteurs. “L’idée est de créer un véritable espace d’accueil et de transmission autour de l’environnement et des savoirs traditionnels”, développe Jean-Claude Foglia, secrétaire de la Fape. 

Transformer une algue invasive en ressource durable

À Tahiti, l’association Tamarii no te Moana porte le projet “Moana Fenua”, une initiative qui ambitionne de lutter contre les algues invasives tout en créant une filière locale de valorisation. Le principe : arracher les algues qui envahissent certains récifs puis les transformer en engrais naturel destiné à l’agriculture. “Le but est de lutter contre cette plante envahissante tout en transformant cette contrainte en ressource”, expliquent les porteurs du projet. “Nous voulons travailler avec l’ensemble des acteurs locaux : pêcheurs, habitants, associations et responsables de quartiers.” Le programme repose sur trois sites pilotes installés en lien avec les pêcheurs des zones concernées. Environ 15 pêcheurs doivent être formés aux techniques d’arrachage et au traitement des algues récoltées.  

Au total, près de 20 tonnes d’algues pourraient être retirées des récifs dans le cadre du projet. Au-delà du nettoyage des lagons, l’initiative prévoit également un suivi scientifique de l’état des récifs et de la qualité de l’eau. “Nous voulons construire un système durable et reproductible”, explique Jean-Claude Foglia. “L’objectif est de créer un modèle qui puisse continuer dans le temps, générer des activités locales et renforcer les liens entre les communautés autour de la protection du lagon.”

Rédigé par Violaine Broquet le Mercredi 13 Mai 2026 à 16:10 | Lu 363 fois