​Vers l’immobilisme, et au-delà


Tahiti, le 28 juin 2026 - L’entreprise de sabordage du gouvernement Brotherson a été enclenchée vendredi matin à l’assemblée de la Polynésie française.
 
Avec deux groupes d’opposition et des non-inscrits (Tapura, Tavini et A here ia Porinetia) qui ne veulent pas rejouer la carte du mariage de la carpe et du lapin, pour créer une nouvelle forme hybride de l’UDSP (Union pour le développement, la stabilité et la Paix), pantalonnade politique de février 2008 qui avait réunit Gaston Flosse et Oscar Temaru, le public a pu découvrir ce qui va être quotidien de l’assemblée de la Polynésie française.
 
Non plus savonner la planche du gouvernement Brotherson, mais bel et bien la scier, de sorte que tout casse pour provoquer un retour aux urnes anticipé. Pour cela, il faut que ce soit le président du Pays qui la demande au président de la République ; et qu’il démissionne. Bien décidé à rester contre vents et marées à la présidence, Moetai Brotherson a donc encouragé les groupes d’opposition à passer à la vitesse supérieure. Le pourrissement des leviers économiques et le blocage des institutions.
 
Vendredi matin, un acte technique, anodin, bien souvent prétexte à saillies contre le gouvernement de la part de l’opposition, avant qu’elle ne s’abstienne au moment du vote, s’est transformé en psychodrame. À l’heure de voter les reports de crédits non engagés en 2025 sur le budget 2026, les élus ont voté contre ce rapport, occasionnant un blocage encore jamais vu au Fenua, même aux pires heures des années 2008 à 2018, à l’époque des gouvernements éphémères.
 
Le pays dans l’impasse
 
Le rejet par l'A-assemblée du collectif budgétaire formalisant le report des crédits de paiement de 2025 sur 2026 entraîne d'importantes conséquences techniques, économiques et politiques. Ce vote peut entraîner des gels de chantiers et de subventions ou encore mettre des projets en péril, notamment l’organisation et le paiement des infrastructures des Jeux du Pacifique 2027.
 
Le Pays n’est pas pour autant en situation de “Shutdown” puisque le budget 2026 est en cours d’exécution, mais les reliquats de 2025 ne peuvent pas être inscrits.
 
La situation politique du Pays se retrouve désormais dans une sorte d’impasse. Le gouvernement peut présenter tous les textes qu’il souhaite, si l’assemblée décide de lui faire un croche-pied, rien ne l’en empêche.
 
Le gouvernement devra prochainement reproposer ce texte pour ne pas mettre la sincérité des comptes du Pays en difficulté, et pour pouvoir payer les chantiers en cours. Les élus de l’assemblée auront une fois encore, le pouvoir de maintenir le blocage ou celui d’accorder une grâce au président du Pays.
 
La motion de défiance, qui obligerait les élus à se choisir, entre eux, un nouveau président du Pays, ne semble pas être la solution choisie par les groupes d’opposition. Cela les conduirait, comme nous l’expliquions tantôt, à se trouver une majorité, qui serait nécessairement boiteuse alors que les échéances électorales majeures s’annoncent (sénatoriales, législatives).
 
En l’absence de remise de démission du président Brotherson, c’est donc la stratégie du pourrissement qui semble avoir été choisie, espérant mettre en oeuvre un blocage institutionnel qui force le président de la République, Emmanuel Macron, à dissoudre l’assemblée de la Polynésie française et à renvoyer les Polynésiens aux urnes pour sortir Tarahoi de l’ornière dans laquelle elle s’est mise toute seule.
 
Moetai Brotherson dénonce un sabotage
 
Vendredi soir, alors que le Fenua avait les yeux rivés en direction de Pirae en attendant une autre élection, celle de Miss Tahiti 2026, le président du Pays a choisi de prendre la parole seul, depuis son bureau, pour s’élever contre cette manoeuvre des élus de l’assemblée.
 
Il a ainsi expliqué que ce geste des élus allait “empêcher le gouvernement de payer les entreprises”, estimant que ces dernières pourraient être obligées de licencier, voir de baisser leurs rideaux.
Même chose pour les Jeux du Pacifique “mis en danger”, a-t-il ajouté
 
“Ils viennent, par ce qu’ils ont fait ce matin, mettre en danger non pas les institutions, non pas le gouvernement, mais bel et bien l’économie du Pays”, a-t-il poursuivi, avant de tacler : “(…) C’est de l’irresponsabilité pure et simple”, dénonçant un comportement de l’assemblée “très grave”. 
 
Pour autant, Moetai Brotherson a exclu de démissionner, laissant l’assemblée de la Polynésie française tirer les conséquences de ses actes avec deux options. L’attente jusque 2028, ou le maintien du pilonnage des textes du gouvernement jusqu’à plus soif. “J’assumerai jusqu’au bout mes responsabilités avec mon gouvernement”, a-t-il conclu.
 
Jusqu’au bout certes, mais jusqu’en 2028, ou jusqu’à l’immobilisation de son action ?

Rédigé par Bertrand PREVOST le Dimanche 28 Juin 2026 à 15:37 | Lu 1665 fois