​Vapotage : boutiques qui ferment et licence obligatoire, la nouvelle réglementation change le secteur


Tahiti, le 3 juin 2026 - À moins d'un mois de l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation sur le vapotage, les commerçants s'adaptent tant bien que mal. À Papeete, plusieurs boutiques ont déjà fermé leurs portes.
 
Le rideau est baissé chez E-Cig Store, au-dessus d'Alain Afflelou, en plein centre-ville de Papeete. Au total, quatre boutiques spécialisées dans la vente de cigarettes électroniques et de puffs ont fermé ou s'apprêtent à fermer leurs portes ce mois-ci à Tahiti.
 
En cause : l'entrée en vigueur au 1er juillet 2026 de nouvelles dispositions prévues par la loi du Pays relative à la lutte contre le tabagisme. Les commerçants déjà en activité, tout comme les fournisseurs et les détaillants ont jusqu'au 30 juin pour déposer une demande de licence auprès de la Direction de la santé afin de pouvoir continuer à commercialiser des produits du vapotage.
 
À partir du 1er juillet, la vente de cigarettes électroniques restera autorisée, mais elle sera soumise à un encadrement beaucoup plus strict. Les rayons dédiés au vapotage devront être cachés de la vue du public, tout comme le tabac. Dans plusieurs commerces du centre-ville, les vitrines ont déjà été modifiées. Certaines baies vitrées ont été recouvertes du logo de l'enseigne alors que d'autres vendeurs en galeries marchandes ont anticipé avec l'achat de rideaux noirs pour couvrir leur échoppe.
 
Les arômes multiples interdits
 
La réglementation prévoit que les produits contenant plusieurs arômes seront interdits. Fini donc les mélanges melon-citron, fraise-passion ou encore mangue-ananas. Les commerçants écoulent actuellement leurs derniers stocks de liquides et de puffs concernés par ces restrictions.
 
Selon le vendeur de chez Pump My Vape, place de la cathédrale Notre-Dame de Papeete, une trentaine de puffs et une cinquantaine de dispositifs rechargeables sont vendus chaque semaine. La licence a été demandée et validée. “On était obligés de prendre la licence, sinon on n'aurait pas pu continuer à vendre”, reconnaît le jeune vendeur.
 
Pour de nombreux commerçants, les informations sur la réforme ont d'abord transité par les fournisseurs. Certains se sont rapidement mis en conformité et ont obtenu leur licence. D'autres, notamment les magasins généralistes dont l'activité principale n'est pas la vente de produits du vapotage, ont pris du retard. “On a monté notre dossier et on l'a transmis il y a deux semaines”, confie ainsi le directeur d'un commerce de première nécessité à Papeete.
 
D'autres commerçants expliquent en partie leur fermeture par les nouvelles contraintes d'approvisionnement. Les petites boutiques spécialisées auraient davantage de difficultés à commander de faibles quantités auprès des fournisseurs et à absorber les coûts liés à la réglementation.
 
Des conséquences rédoutées
 
Si la majorité des professionnels affirme s'adapter à la nouvelle réglementation, certains redoutent déjà ses conséquences. Responsable d'un point de vente à Faa'a, Delbi Villa craint notamment un retour vers le tabac traditionnel : “Les ventes de tabac ont diminué ces derniers temps, certains craignent que les nouvelles contraintes poussent une partie des utilisateurs de vapote à revenir vers la cigarette classique. Ceux qui ne trouveront pas facilement des cigarettes électroniques reprendront la clope”, s'inquiète-t-il.
 
Selon les autorités sanitaires, près de 100 000 personnes fument ou vapotent aujourd'hui en Polynésie française. D'après l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives, environ un adulte sur deux est fumeur.
 
La Direction de la santé cherche des solutions pour contrer ce fléau et indique qu'un temps de communication commun avec le ministère de la Santé est prochainement prévu sur le sujet.

Delbi Villa, responsable du point de vente de la galerie Carrefour
“Il y avait eu une première réglementation en décembre 2025, mais certaines dispositions n'avaient finalement pas été appliquées immédiatement, le temps que les modalités se mettent en place. Aujourd'hui, nous nous préparons à nous adapter à la loi afin de pouvoir continuer à commercialiser les produits de vapotage. L'un des principaux changements concerne l'exposition des produits. Comme pour le tabac, nous aurons l'obligation de les dissimuler. Les cigarettes électroniques, qu'elles soient jetables ou rechargeables, ne pourront plus être visibles du public. Les clients devront les demander directement au vendeur.
On a effectué la demande de licence auprès de la Direction de la santé. Au départ, les démarches n'étaient pas très claires, mais depuis quelques semaines, le dispositif semble opérationnel.
Concernant les produits eux-mêmes, l'importation de certains modèles jetables de grande capacité doit être interdite. À terme, lorsque les stocks seront épuisés, ces références disparaîtront des rayons. Les modèles autorisés pourront continuer à être vendus, sous réserve du respect de la réglementation.
Nous ne prévoyons pas de promotions pour écouler les stocks, les produits seront simplement vendus jusqu'à épuisement des stocks disponibles.
Pour nous, l'objectif est avant tout de nous conformer à la réglementation.”

Rédigé par Violaine Broquet le Mercredi 3 Juin 2026 à 17:03 | Lu 962 fois