​Union des partis sur la question de l’autodétermination


Tahiti, le 20 septembre 2026 - Changement de paradigme vendredi à l’assemblée de la Polynésie française. Dans un vote commun, les élus des différents groupes politiques à Tarahoi, ont adopté en commission une proposition de résolution relative à la mise en œuvre effective du processus d’autodétermination de la Polynésie française sous l’égide des Nations Unies. A Here ia Porinetia, absent lors du vote en commission, donnera son avis sur le texte lors de la séance plénière ce jeudi.
 
 
En fin de semaine dernière, les élus de l’assemblée de la Polynésie française ont adopté en commission des institutions, vendredi, une proposition de résolution qui sera envoyée, si elle est votée ce jeudi en séance plénière, au secrétariat général de l’ONU.
 
Ce texte propose, de façon commune, qu’une délégation du comité des 24 - Comité spécial chargé d'étudier la situation en ce qui concerne l'application de la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux - vienne en Polynésie française pour y entendre les acteurs de la vie politique, économique, sociale et religieuse, sur la question de l’autodétermination du Pays.
 
Cette demande n’est pas une première, mais avait jusqu’à présent été faite de façon désordonnée par les différentes formations politiques du Fenua. Le Tavini bien sûr, mais aussi le Tapura, qui demandaient que cette visite soit organisée afin de clarifier la situation sur la réelle volonté de la population et, le cas échéant, permettre le dialogue avec l’État sur la question et préparer, à l’avenir, un éventuel référendum d’autodétermination.

Une démarche sans objectif précis

“Le présent projet de résolution vise à permettre à l’assemblée de la Polynésie française de prendre position sur cette situation et, surtout, de proposer une démarche commune permettant de faire progresser concrètement le processus engagé en 2013”, explique en préambule le projet de rapport qui précise immédiatement que “cette démarche n’a pas pour objet de préjuger de l’issue institutionnelle ou politique qui pourrait, à terme, être retenue par le peuple de la Polynésie française”.
 
Les élus sont prudents, il ne s’agit pas là de faire comprendre aux Polynésiens que le train de la Polynésie française vient d’être engagé sur les rails de l’indépendance. Une constante pour le Tapura, une nouveauté pour le Tavini qui a radicalisé sa communication sur le sujet ces trois dernières années et qui s’exprime à la manière d’un désaveu de son leader, Oscar Temaru, qui déclarait encore il y a peu vouloir déclarer l’indépendance, sans même en demander l’assentiment par les urnes.
 
En effet, le texte propose expressément que “les représentants puissent se retrouver non sur une solution institutionnelle prédéterminée, mais sur une méthode permettant de garantir que le peuple de la Polynésie française puisse, le moment venu, exercer son choix librement, démocratiquement, pacifiquement et en pleine connaissance de cause”. Du pain béni pour Moetai Brotherson qui met cette solution en avant depuis le début de son combat politique, au point d’avoir provoqué sa mise sur le banc du parti indépendantiste historique.

Ouverture du dialogue

Dans les faits, au fil de ses quatre pages, cette proposition de résolution affirme “une démarche commune’ des élus, demande “l’organisation d’une mission de visite des Nations Unies”, ainsi que “l’élaboration d’un programme de travail pour le processus d’autodétermination”, l’“ouverture d’un dialogue structuré avec la République française” et le “respect de la pluralité politique”.
 
Cette résolution est présentée en séance à l’assemblée deux semaines avant l’organisation de la réunion de la 4e commission de l’ONU à New York. Cette commission est chaque année le théâtre d’une litanie de propos, souvent excessifs, parfois mensongers, de la part des pétitionnaires indépendantistes, face aux positions identiques d’année en année des autonomistes et au siège laissé vide par l’État.
 
Cette réunion se tiendra le 5 octobre prochain alors que – hasard du calendrier – le haut-commissaire de la République en Polynésie française ne pourra exposer la position de l’État, empêché par le devoir de réserve lié à l’organisation prochaine des élections sénatoriales.

Le Tapura nuance déjà sa position
 
Dans un communiqué envoyé à la presse samedi, le Tapura a précisé sa position suite à son vote favorable en commission sur le projet de résolution. “Cette demande n’est ni nouvelle, ni circonstancielle”, explique le parti d’Édouard Fritch. “Nous souhaitons que la situation institutionnelle, politique, humaine, économique et sociale de la Polynésie française puisse être examinée objectivement par les membres C24 de l’ONU.”
 
Le Tapura estime que s’associer à cette proposition doit “permettre de regarder la réalité polynésienne telle qu’elle elle” : “(…) Nous ne craignons pas qu’une telle mission examine également, de manière objective, si la Polynésie française présente aujourd’hui, ou non, les caractéristiques d’une situation coloniale.” “Nous refusons, souligne aussi le parti autonomiste, qu’un choix aussi fondamental soit décidé à la place du peuple polynésien. C’est pourquoi le Tapura Huiraatira demande à nouveau que l’ONU vienne en Polynésie française. Qu’elle regarde notre réalité. Qu’elle écoute notre peuple. Qu’elle entende toutes les voix. Et que les faits parlent.”
 
Une position partagée par le Tavini qui, vendredi, expliquait que “la proposition de résolution vise à sortir de l’immobilisme le processus d’autodétermination ouvert par la réinscription de la Polynésie sur la liste des territoires non autonomes en 2023”.
 
“L’adoption de cette résolution est la preuve que les visions idéologiques respectives de chaque parti n’empêchent pas la collaboration à une œuvre commune d’intérêt général”, estime le communiqué du Tavini plus ou moins piloté aujourd’hui par Oscar Temaru.

Le C24, c’est quoi ?
 
Le Comité spécial de la décolonisation, ou Comité spécial chargé d'étudier la situation en ce qui concerne l'application de la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux) est un organe subsidiaire de l'Assemblée générale des Nations unies. Créé en 1961, sa mission principale est d'examiner la situation dans les territoires non autonomes qui ne s'exercent pas encore pleinement à l'autodétermination, de formuler des recommandations et d'envoyer des missions de visite sur le terrain pour faciliter leur processus de décolonisation.
 
Il est composé aujourd'hui de 29 états membres représentant différentes régions du monde (Afrique, Asie-Pacifique, Amérique latine et Caraïbes, Europe).
Certains de ces membres ne sont cependant pas des modèles eux-mêmes de démocratie comme le Mali, la République-Unie de Tanzanie, la Tunisie, la Chine, l’Iran, l’Irak, Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la fédération de Russie ou la Syrie.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Dimanche 20 Septembre 2026 à 17:27 | Lu 490 fois