​Un drone pour la surveillance des rāhui


L’expérimentation de ce nouvel outil devrait être lancée en août avec les premiers survols des sites concernés (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 27 mai 2026 - La fédération des rāhui de Tahiti s’est dotée d’un nouveau gardien : un drone professionnel qui a vocation à dissuader les contrevenants en renforçant la surveillance des zones de pêche réglementée. Avant sa mise en service envisagée au mois d’août, les référents des comités de gestion ont entamé cette semaine une formation. Si ce projet “pilote” est concluant, il pourrait être étendu en faveur de la préservation des ressources.
 

Comment faire respecter les différentes zones de pêche réglementée (ZPR), ainsi que l’aire maritime protégée de Teahupo’o ? C’est l’un des principaux enjeux qui animent la fédération des rāhui de Tahiti, Te Marae Mo’a. En décembre dernier, trois pêcheurs de langoustes ont été interpelés dans la ZPR de Mataiea, mais d’autres parviennent à passer entre les mailles du filet. Face au manque de moyens en la matière, la fédération a décidé d’expérimenter une nouvelle approche en se dotant d’un drone professionnel associé à des équipements spécifiques : projecteur, haut-parleur et capteur thermique pour les sorties nocturnes, soumises à des autorisations spécifiques. 
 
“L’idée d’investir dans un drone et une formation vient de nos problèmes de surveillance. Certaines communes bénéficient d’une surveillance ponctuelle de la part de la police municipale, mais les moyens ne sont pas suffisants. La fédération a donc décidé d’acquérir un drone et de former un membre de chaque comité”, explique Clément Vergnhes, président de la fédération. Cet investissement matériel à hauteur de 1,8 million de francs a été réalisé grâce au soutien financier de la fondation Pew-Bertarelli. Quant à la formation (lire encadré ci-dessous), le volet théorique se tient cette semaine à la mairie de Mataiea en présence des référents des rāhui de Mahina à Papara, en passant par Teva i Uta et Tautira.
 

​Décollage en août


Si tout se déroule comme prévu, le survol des zones concernées devrait être lancé au mois d’août. “L’objectif, c’est d’expérimenter cette approche pour voir si cette solution est efficace pour renforcer notre présence et dissuader les contrevenants. On pourra aussi capter des images pour identifier les personnes et les utiliser comme preuves pour appliquer la réglementation”, poursuit Clément Verghnes. Pour rappel, les infractions au sein d’une ZPR sont passibles d’une contravention de 179 000 francs et de la saisie des produits de la pêche.
 
Pour les comités, l’enjeu est toujours le même : laisser aux espèces marines le temps du grossissement et de la reproduction, une étape essentielle au maintien de la pêche. “On entre dans la période de Matari’i i raro et on s’inscrit dans la continuité des pratiques des anciens, qui mettaient en place des rāhui. C’est important si on veut que la ressource soit durable. C’est une petite zone qui est fermée et les bénéfices reviennent à la communauté. On peut dire que 90 % des gens respectent, mais il y a toujours un pourcentage d’infractions qui peut devenir problématique si on ne s’en occupe pas. Il n’y a rien de plus frustrant pour un pêcheur qui respecte de voir que d’autres ne jouent pas le jeu. Si on ne renforce pas la surveillance, ça peut entraîner de plus en plus de personnes à ne plus respecter le rāhui”, conclut le président de la fédération.
 
La technologie au service de l’environnement et des traditions, c’est le pari de Te Marae Mo’a. Si ce projet “pilote” s’avère concluant, la fédération envisage de monter des demandes de subvention pour équiper chaque comité de gestion de son propre drone.
 

Des télépilotes à former

La formation théorique se tient cette semaine à la mairie de Mataiea.
Avant de se jeter dans le grand bain, les futurs télépilotes de ce drone professionnel suivent une formation indispensable, l’espace aérien étant assujetti à une réglementation stricte. Cette formation se déroule en deux temps. “On commence par la théorie qui dure une semaine. On détaille l’ensemble de la réglementation, l’aéronef, la météorologie, la mécanique de vol, les facteurs humains, etc. Les stagiaires vont augmenter leurs savoirs grâce à une plate-forme en ligne dans les prochaines semaines, puis ils passeront l’examen auprès des services d’État de l’aviation civile”, précise Sébastien Duverne, représentant de Tahiti Aerial View. Une seconde semaine de formation dédiée à la pratique est prévue en juillet : “On met les stagiaires en situation de vol dans des contextes variés pour qu’ils puissent à terme évoluer seuls en respectant la réglementation et la sécurité. Je pense qu’un drone est un outil adapté à leurs besoins de surveillance : le rayon d’action est important et on reste en sécurité.”

Vehia Villierme, riveraine du rāhui de Mahina : “Dissuader les braconniers”

“Notre rāhui existe depuis plusieurs années, mais on rencontre de gros problèmes de braconnage. Ça peut aller jusqu’à des confrontations. Nous ne sommes que deux à assurer la surveillance, donc pouvoir bénéficier d’un drone, c’est une vraie avancée. Ça va nous permettre de rester en sécurité et, j’espère, de dissuader les braconniers. Je veux que nos enfants puissent connaître toutes les espèces qui vivent dans la mer. Il s’agit de préserver notre garde-manger pour aujourd’hui et les générations futures.”

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Mercredi 27 Mai 2026 à 16:32 | Lu 399 fois