​Un collectif en ordre dispersé


Tahiti, le 9 juillet 2026 - L’assemblée pourrait adopter ce vendredi le collectif budgétaire 2 du gouvernement Brotherson. Un texte strictement identique à celui qu’elle a rejeté il y a deux semaines. Un revirement qui interviendrait après des discussions entre les groupes Tavini et A Fano Ti’a mercredi qui éviterait au président Brotherson de devoir engager la responsabilité du gouvernement. Un jeu politique qui laisse en bouche un goût de “tout ça pour ça”.

 
Depuis le début d’année, un jeu de chat et de la souris s’est mis en place à l’assemblée de la Polynésie française entre le gouvernement et les élus de Tarahoi. Moetai Brotherson, qui sait pouvoir compter sur les élus A Fano Ti’a, doit composer avec le Tavini, le Tapura et les non-inscrits, déjà à l’origine du rejet de nombreux textes (télécommunications, pass tama’a maitai, réforme du RNS, etc.). Dernier bras de fer en date, le rejet du collectif budgétaire 2. Un texte purement technique, de report des crédits non consommés en 2025 vers le budget 2026.
 
Ce collectif budgétaire, Moetai Brotherson a décidé de le représenter à l’identique, quitte à devoir, en cas de nouveau vote contre, engager la responsabilité du gouvernement. Une procédure qui n’a été utilisée qu’une seule fois, en 2011, par Gaston Tong Sang. Mais cette procédure a un revers de médaille. Elle ouvre la possibilité aux élus de l’assemblée de déposer une motion de renvoi, avec proposition d’un nouveau président du Pays à la clé.
 
L’option, évoquée par la presse ces derniers jours, semble pourtant vouloir s’éloigner. Jeudi matin, une heure avant le match France-Maroc, pour lequel Moetai Brotherson a pronostiqué en aparté le score exact, le président ne semblait pas inquiet de l’échéance à venir. “J'ai vu un déchaînement d'analyse politique autour d'un 49.3 au lait de coco”, a-t-il commenté. “Nous, on fait une lecture simple du statut, son article 176-1. C'est pour ça qu'on a représenté le collectif 2 à l'identique, puisqu'il n'y a eu aucun amendement de déposé lors de la séance durant laquelle le collectif 2 avait été rejeté. Donc le statut ne nous permet pas de présenter un autre document complètement différent.”

Un pas en avant, un pas en arrière

Ce collectif budgétaire “technique, comptable, de report de crédit”, Moetai Brotherson pourrait le voir cette fois-ci voté par l’assemblée. Loin du jeu politique, qui reprendra rapidement sa place, ce report de crédit devrait être voté par ceux mêmes qui l’ont rejeté il y a quinze jours, après une réunion entre le groupe Tavini et le groupe A Fano Ti’a en début de semaine. Un communiqué du groupe A Fano Ti’a, non signé et non confirmé par le Tavini, affirme même cette hypothèse. “Les deux formations ont réaffirmé leur volonté commune de concentrer leurs efforts sur les enjeux majeurs qui engagent l’avenir du Pays.” Dans ces conditions, la “priorité immédiate” serait “l’adoption en seconde lecture du collectif 2”. Un pas en avant, un pas en arrière donc pour le Tavini qui était, jeudi, sur le point de voter pour un texte identique à celui pour lequel le groupe a voté contre il y a deux semaines.
 
La raison de ce revirement ? “Éviter tout blocage économique, notamment concernant les crédits déjà engagés au titre du budget 2025.” Une façon de calmer le jeu et de relancer la machine économique pour honorer les paiements des contrats en cours du Pays vers les entreprises. “Nous avons reçu les professionnels du BTP, ils sont très inquiets et ils comptent beaucoup sur l'adoption de ce collectif 2. Sinon, certains vont simplement mettre la clé sous la porte dès la semaine prochaine. Nous recevons aujourd'hui d'autres secteurs productifs. Tous sont dans l'attente de cet acte technique demain”, expliquait le président ce jeudi.
 
Si cette option se confirme ce vendredi matin en séance extraordinaire pour la seconde lecture de ce collectif budgétaire, le président du Pays n’aura pas, alors, à engager la responsabilité de son gouvernement.
 
Moetai Brotherson ne se leurre pas pour autant sur la suite des événements. “La discussion va intervenir autour du collectif 3, qui est là un acte plus politique. On peut parler d'orientation, on peut discuter de ce qui manque aux yeux de certains, de ce qu'il faut améliorer. Mais cette discussion-là aura lieu autour du collectif 3.”
 
Une précision sur laquelle le communiqué de A Fano Ti’a revient. “Les échanges ont également porté sur le collectif budgétaire n°3, dont les discussions débuteront prochainement. A Fano Ti’a et le Tavini Huiraatira entendent saisir cette nouvelle étape pour proposer, chacun selon sa méthode et sa vision propre, des réponses concrètes aux attentes des Polynésiens.”
 
Chacun sa méthode, chacun sa vision, et peu importe que cela change tous les 15 jours.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Jeudi 9 Juillet 2026 à 18:23 | Lu 746 fois