​Un chantier inédit à Vaihiria


Rebecca Wong Fat-Derval pilote ce chantier de sécurisation aux multiples contraintes (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 20 août 2026 - Remplacer 320 mètres de conduite forcée dans une gorge étroite et escarpée avant la saison cyclonique, c’est le défi que c’est lancé Marama Nui dans la vallée de Vaihiria pour sécuriser la production hydroélectrique, ainsi que l’ensemble de la zone située en aval du célèbre lac. Pour ce “chantier du siècle” à un peu plus d’un milliard de francs, l’entreprise mobilise deux outils exploités pour la première fois au Fenua : une pelle-araignée et un téléphérique de chantier, tout en s’appuyant sur l’expertise d’une société pyrénéenne.
 

À une bonne trentaine de minutes en voiture, dans la haute vallée de Vaihiria à Mataiea, Marama Nui, filiale d’EDT, procède actuellement au remplacement de 320 mètres de conduite forcée entre le lac Vaihiria, en amont, et la centrale de Vaihiria 3, en aval. Mis en service en 1984, cet ouvrage produit 4 GWh par an, un chiffre qui monte à 15 GWh à l’échelle de la vallée, soit l’équivalent d’un quart de la consommation du Secosud. Un imprévu a toutefois impacté sa durabilité : en 1998, le lac a débordé et la conduite, initialement enterrée, est devenue aérienne. Exposée à divers aléas, elle s’est abimée au fil du temps. Suite à des problèmes fonciers, ce n’est qu’en 2020 que des études ont été engagées pour procéder au remplacement de la portion concernée.
 
Et c’est une femme qui pilote ce chantier en faveur des énergies renouvelables. “Fin 2024, on a commencé tout ce qui est approvisionnement. 2025 a été la grosse année d’installation du blondin. Et à partir de mars 2026, on a commencé le remplacement de la conduite forcée”, explique Rebecca Wong Fat-Derval, cheffe de projets hydroélectriques chez Marama Nui. “L’objectif, c’est de finir avant la saison cyclonique au vu des prévisions météorologiques par rapport à El Niño. Le planning est calé pour une remise en service en novembre, si tout va bien. À fin août, on a bien avancé : plus de la moitié de la conduite forcée est installée et les terrassements sont quasiment tous terminés”, poursuit l’ingénieure au sujet ce chantier, probablement le plus complexe de sa carrière.
 

La pelle-araignée et le téléphérique de chantier, deux outils indispensables.

La pelle-araignée et le téléphérique de chantier, deux outils indispensables.

​Pelle-araignée et téléphérique


En cause : la configuration du site au cœur d’une gorge étroite et escarpée, particulièrement difficile d’accès. Pour surmonter ces contraintes d’accès, Marama Nui mobilise deux outils exploités pour la première fois en Polynésie : une pelle-araignée, équipée de quatre pieds mobiles, et un blondin, téléphérique dédié au transport de matériels et matériaux comme les tuyaux en acier de 70 centimètres de diamètre ou du béton prêt à couler. Ancrages, pylônes et câblages, il a été implanté par Mécamont Hydro, entreprise des Hautes-Pyrénées spécialisée dans le transport par câble et les ouvrages hydroélectriques.
 
Là encore, il s’agit d’une première, en partenariat avec Marama Nui, maître d’ouvrage. “On est habitué à travailler dans des endroits montagneux avec des conditions climatiques difficiles. En Polynésie, on a découvert un autre environnement chaud et humide, avec une végétation et un terrain différents. C’est énormément d’adaptation. Pour nous aussi, c’est un chantier compliqué”, reconnaît Mathieu Balansac, conducteur de travaux chez Mécamont Hydro, intervenu sur différents chantiers à l’international et basé à Tahiti depuis 2025. “Localement, on a formé plusieurs personnes pour la conduite du blondin, mais aussi des soudeurs et des chaudronniers pour les techniques spécifiques au montage de ce genre d’ouvrage”, précise-t-il concernant le partage de savoir-faire. En moyenne, une vingtaine de personnes interviennent quotidiennement sur site en comptant les entreprises locales de construction en sous-traitance.
 

​Sécurité renforcée


La coactivité fait aussi partie des défis de ce chantier, tant d’un point de vue de la coordination entre les différents corps de métiers que de la sécurité de tous. “On est très vigilant”, assure Rebecca Wong Fat-Derval. Exercice d’évacuation avec les pompiers de Teva i Uta, briefing de sécurité chaque matin, tableau de présence, plusieurs procédures sont mises en œuvre. Pour le grand public, des restrictions temporaires d’accès restent d’actualité entre le lac et la centrale : actuellement, une fermeture de 7 h 30 à 16 heures est en vigueur ; du 31 août au 29 septembre, la piste sera totalement fermée ; puis ce sera le retour à une fermeture en journée uniquement, jusqu’à la fin du chantier. Une dérogation dans le cadre de la course Xterra Transtahitienne, le 5 septembre prochain, est en discussion.
 

​1,1 milliard de francs

Le “chantier du siècle” pour Marama Nui.
1,1 milliard de francs, c’est le coût de cette opération financée par la concession : après plusieurs mois de discussion avec le Pays, le prix de vente de l’électricité “historiquement bas” à Vaihiria a été augmenté pour financer ces travaux, compensé par une baisse dans la vallée de Papeno’o, “sans incidence pour les clients”. Au-delà des enjeux de production hydroélectrique, il s’agit aussi de sécuriser la zone située en contrebas du lac pour éviter d’avoir un jour à évacuer 1 700 habitants.
 
Pour rappel, cette retenue d’eau s’est formée suite à un éboulement naturel, il y a plusieurs siècles. En cas de fortes pluies, sa profondeur maximale peut atteindre 36 mètres avant débordement. Sous surveillance constante, le lac ne peut être vidangé qu’au moyen de la conduite forcée. “C’est un chantier incontournable : il permet de garantir et d’améliorer la sécurité du lac Vaihiria. Pour Marama Nui, c’est le chantier du siècle. On fait régulièrement des gros chantiers de réhabilitation de nos barrages autour du même montant, mais qui durent entre cinq et dix ans. Là, la particularité, c’est vraiment le calendrier avec la saison cyclonique comme date butoir”, souligne Yann Wolff, directeur général délégué de Marama Nui. Une fois les travaux terminés, une campagne de revégétalisation sera opérée en partenariat avec AOA Polynesian Forests.

La mise en service est prévue en novembre, à l’aube de la saison cyclonique.

Plusieurs entreprises locales sont mobilisées, ainsi que des experts de Mécamont Hydro.

Le lac de Vaihiria ne peut être vidangé qu’au moyen de la conduite forcée.

La centrale de Vahiria 3, en contre-bas du chantier.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Jeudi 20 Aout 2026 à 18:03 | Lu 615 fois