​Un an pour mûrir son projet agricole


Une formation en alternance qui permet d’acquérir les bases du métier.
Tahiti, le 22 septembre 2026 – La première Formation à l’installation agricole (FIA) organisée à Taravao par le CFPPA est lancée. Quinze stagiaires vont être formés à la gestion d’entreprise et à différents aspects techniques selon la spécialité choisie : production végétale, élevage ou agro-transformation. Huit mois de stage en entreprise leur permettront de mettre leurs ambitions à l’épreuve sur le terrain. Deux autres sessions se profilent à Raiatea et à Tubuai pour les porteurs de projet des Raromata’i et des Australes.
 

Ambiance studieuse à la paroisse protestante de Taravao. Derrière les ordinateurs et les tableaux comptables, les 15 stagiaires de la Formation à l’installation agricole (FIA) sont déterminés à aller de l’avant pour concrétiser leur projet. Depuis 2019, il s’agit de la treizième session dispensée à Tahiti et dans les îles par le Centre de formation professionnelle et de promotion agricoles (CFPPA), la première à la Presqu’île dans une démarche de proximité. Si une partie des bénéficiaires sont effectivement originaires du sud de Tahiti, d’autres ont fait le déplacement depuis la zone urbaine, mais aussi de Rangiroa et Huahine – avec la possibilité d’être logés sur place durant les quelques semaines d’enseignement théorique.
 
Lancée le 7 septembre, la FIA se déroule sur un an, dont huit mois de stage en entreprise. Qualifiante, cette formation destinée aux porteurs de projet en recherche d’emploi est indemnisée par le ministère de l’Agriculture. “La Formation à l’installation agricole les aide à démarrer une activité en production végétale, élevage ou agro-transformation. On les accompagne sur la partie théorique avec des cours de gestion, de communication, d’étude de marché et d’informatique, mais aussi selon leur spécialité. À l’issue, ils présentent un business plan et ils sont en mesure de demander l’aide Fa’ati’a [ex-ICRA, NDLR] avec une enveloppe pour se lancer et une aide mensuelle”, explique Sonia Rabier, responsable de la formation.
 

Si la période de stage en entreprise occupe une large partie de la formation, les cours théoriques sont tout aussi importants.

​“Cette formation, c’est une boîte à outils”


Les profils des stagiaires sont variés : certains sont des passionnés qui n’ont jamais osé se lancer, tandis que d’autres amorcent une véritable reconversion professionnelle (lire interviews) avec parfois l’envie de valoriser des terres familiales. “Ils arrivent avec des bases, mais certains sont plus techniciens que d’autres. Ils viennent chercher ce qui leur manque : cette formation, c’est une boîte à outils qui s’est enrichie au fil du temps pour répondre à leurs besoins”, poursuit la formatrice. Quatre modules attendent les porteurs de projet entre la période de stage, leur future fonction de chef d’entreprise et la concrétisation du projet d’installation. Sans oublier les unités de formation propres à chaque spécialité, telles que le machinisme agricole pour la production végétale, l’abattage pour l’élevage ou le perfectionnement avec un chef et le packaging pour l’agro-transformation, à titre d’exemples. “Et ils ont tous une formation obligatoire en hygiène alimentaire et en santé et sécurité au travail, et le Certificat d’aptitude à la commercialisation ou manipulation des pesticides.”
 
En 2025, sur un total de 69 stagiaires, “71 % sont sortis de la formation et 60 % ont obtenu l’ICRA”, souligne Sonia Rabier. “Le principal souci, c’est le foncier : quand les porteurs de projet n’ont pas de terres dans la famille, ça complique la réalisation de leur projet. Je note aussi que la formation se féminise énormément”, analyse-t-elle.
 
En parallèle de Taravao, deux autres sessions se profilent aux Raromata’i, à partir du 5 octobre à Raiatea, et aux Australes, à partir du 2 novembre à Tubuai. Plus d’infos sur la page Facebook CFPPA Polynésie.
 

Jonathan Aurentz, 37 ans, de Vairao : “Valoriser la terre de mon père”

“J’ai un parcours atypique : j’ai commencé par un bac pro en menuiserie, puis en techniques de l’architecture, et je suis plombier de profession. Ça peut paraître éloigné de l’agriculture, mais ce sont des métiers manuels qui demandent de la rigueur et de la précision. Ce projet de reconversion vient du fait que j’ai envie de valoriser la terre de mon père. Je compte me spécialiser dans les rhizomes, plus précisément le gingembre. C’est un produit très consommé par les familles et dans la restauration, qui a aussi des propriétés médicinales. En Polynésie, on produit environ 60 tonnes par an alors que la demande serait de 93 tonnes. J’ai prévu de mécaniser mon activité pour réduire mes charges physiques : je n’ai pas prévu de planter un hectare de gingembre à la barre à mine... J’aimerais m’investir de la culture jusqu’au consommateur en proposant des produits dérivés. Les jeunes ont tendance à dévaloriser le fa’a’apu, alors que nous sommes tous consommateurs et que les besoins sont conséquents au Fenua. Il faut se lancer !”.

Miliani Tauru, 22 ans, de Taravao : “Acquérir des compétences techniques”

“J’ai un bac STMG, option mercatique, puis j’ai fait une licence en école de commerce et j’ai été chargée de communication dans une boutique en ville. Avec mon frère, qui suit aussi cette formation, nous avons des terres familiales au plateau que nous voulons valoriser. Notre père a commencé avec des arbres fruitiers. J’ai envie de me lancer dans le maraîchage, notamment au niveau des tomates, concombres, aubergines et courgettes qui sont des produits demandés, mais j’attends de faire mon étude de marché et mon stage à la ferme HP pour approfondir mon projet. Je n’ai aucune expérience dans le domaine agricole, donc cette formation va me permettre d’acquérir des compétences techniques. Pour les cours théoriques sur ordinateur, je suis dans mon élément ! Mais j’ai hâte d’aller sur le terrain : je sais maintenant que ce n’est pas derrière un écran que je vais m’épanouir. Le fait que la FIA soit proposée à Taravao, c’est un vrai plus”.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Mardi 22 Septembre 2026 à 18:29 | Lu 391 fois