​Sniper et Roméo au chevet des matahiapo


Avec Roméo, plus besoin de canne pour se promener (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 8 juillet 2026 - Une fois par mois, le Fare Matahiapo de Taravao reçoit des invités de marque : deux chiens visiteurs accompagnés de leurs maîtres du club sportif canin de Teva i Uta, tous spécialement formés. Cette action bénévole et solidaire mise sur les bienfaits de la médiation animale entre jeux, balades et moments de tendresse avec les résidents. Cette année, plusieurs clubs se sont également mobilisés en milieu scolaire dans le cadre de la prévention des risques de morsure.  
 

Entre les activités manuelles et sportives qui rythment le quotidien des 15 résidents du Fare Matahiapo de Taravao, un nouveau rendez-vous mensuel est attendu avec impatience. Une visite pas comme les autres de deux compagnons à quatre pattes : Sniper et Roméo, un berger allemand et un labrador particulièrement sociables accompagnés de leurs maîtres. Au total, ce mercredi matin, ce sont quatre bénévoles du club sportif canin de Teva i Uta, affilié à l’Association canine territoriale de Polynésie française (ACTPF), qui ont fait le déplacement pour le plus grand bonheur des personnes âgées comme du personnel de l’établissement géré par la direction de l’hôpital de Taravao.
 

​Apaiser et stimuler


“Dès qu’on a évoqué la présence de chiens qui viendraient leur tenir compagnie, les visages de nos résidents se sont illuminés. La plupart d’entre eux ont eu des animaux dans leur vie par le passé”, confie la coordinatrice du Fare Matahiapo, Sabine Le Rumeur. La première rencontre avec Sniper a eu lieu début juin et elle s’est avérée concluante : “Ça s’est tellement bien passé et les résidents étaient tellement contents qu’on a demandé à pouvoir reconduire l’initiative une fois par mois, et on remercie les bénévoles pour leur disponibilité”.
 
Pendant environ deux heures, les chiens et leurs maîtres interagissent avec les personnes âgées à travers des démonstrations d’obéissance et de parcours d’obstacles, des caresses et des balades. “Ce sont des moments simples, mais forts en émotions ! C’est vraiment magique. Leur simple présence est à la fois apaisante et stimulante. Ça peut aussi faire remonter des souvenirs. Les rū’au ne vont pas forcément parler, donc ça passe beaucoup par la gestuelle, le regard et le sourire. Les chiens ont vraiment ce sixième sens : ils s’adaptent au rythme de chacun. L’un des chiens s’était même allongé sur les pieds de notre doyen de 94 ans qui a des difficultés à se mouvoir, mais qui adore les animaux”, raconte la responsable quant aux bienfaits de la médiation animale.
 

Le rendez-vous mensuel des chiens visiteurs égaie le quotidien des résidents.

“Ils passent de soignés à soignants”


Un enthousiasme partagé par les intervenants, venus donner un peu de leur temps et partager leur passion pour les chiens dans le cadre d’une convention, suite à une formation spécifique. “La commission nationale d’éducation et d’activités cynophiles (CNEAC) a délégué deux formateurs au mois de février en Polynésie. Avec nos chiens, nous avons été formés et évalués pour la pratique de chiens visiteurs, mais aussi la prévention des accidents chiens-enfants (lire encadré ci-dessous, NDLR), explique Ernest Marchal accompagné de Ghislaine Marchal, son épouse, de Carine Panigot et de Marie-Christine Wagret, membres du club canin de Teva i Uta. Au total, en comptant une précédente session, une douzaine de duos maîtres-chiens auraient été formés au Fenua, tous clubs confondus.
 
“C’est la deuxième fois que nous venons au Fare Matahiapo et des liens se sont déjà tissés. Le but de cette médiation, c’est de rompre l’isolement et de créer des interactions positives. Sur le plan intellectuel, ça encourage les résidents à parler en français ou en tahitien. Sur le plan moteur, ça les encourage à bouger. Ils passent du statut de soigné à soignant en nourrissant et en brossant les chiens. L’objectif, c’est vraiment de leur apporter du réconfort”, poursuit le retraité et maître de Sniper. Soutenu par le Lions Club de Papeete, cet élan de solidarité bénéficie à tous : “Sur le plan relationnel, ça fait beaucoup de bien à nos chiens. Et à nous aussi, ça nous fait plaisir !” Entre un résident qui en oublie sa canne pour promener Roméo et un 89e anniversaire célébré en chanson, cette deuxième rencontre restera gravée dans les mémoires.
 
Les chiens visiteurs ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin : leurs maîtres sont ouverts à des interventions auprès de personnes en situation de handicap, ainsi qu’en milieu carcéral pour contribuer à la réinsertion des détenus.
 

Des caresses ou un brossage, et une bonne dose de réconfort.

​Prévenir les morsures chez les enfants

Les attaques de chiens font régulièrement la une de l’actualité : fin avril, un petit garçon de deux ans a été mortellement mordu à Vairao dans des circonstances qui restent à déterminer. Dans la rue comme à la maison, les chiens sont omniprésents, donc quelques recommandations ne sont pas superflues. C’est l’objet de la prévention des accidents chiens-enfants (PACE) assurée en parallèle des chiens visiteurs. “Il s’agit de conduire les enfants à déceler les signes d’inconfort et de stress chez le chien pour adopter la posture adéquate afin d’éviter de se faire mordre. Nous intervenons dans des classes du premier degré principalement, mais aussi du second degré, à la demande des directeurs dans le cadre d’une convention avec la DGEE et l’ACTPF. C’est assez inédit à l’échelle nationale. Ça bénéficie aux élèves, mais aussi aux enseignants et au personnel communal présents”, explique Ernest Marchal, en tant que membre du club sportif canin de Teva i Uta. À ce jour, 312 élèves de Tahiti et Moorea ont été sensibilisés. L’initiative sera reconduite dès la rentrée prochaine, car “la demande est forte et nous essayons d’y répondre avec tous les binômes formés des clubs polynésiens”.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Mercredi 8 Juillet 2026 à 17:21 | Lu 270 fois