Mihiroa Ariitai est spécialisée dans la culture et la transformation du taro (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 18 mai 2026 - Mihiroa Ariitai se destinait au secrétariat, mais elle a finalement suivi la voie de sa mère en reprenant le fa’a’apu familial. Confortée par une formation à l’installation agricole, elle s’est spécialisée avec “force et amour” dans le taro à travers une quinzaine de variétés. Une culture exigeante physiquement, d’autant qu’elle y ajoute plusieurs étapes d’agrotransformation pour valoriser sa production en morceaux prêts à cuire.
Pour accéder à la tarodière de Mihiroa Ariitai, il faut s’aventurer au fond d’une vallée du quartier Lucky. À 40 ans, cette maman de deux enfants a passé la première partie de son enfance à Tubuai, avant de rejoindre Papara. D’une île à l’autre, l’agriculture constitue un héritage familial, mais sa voie professionnelle n’était pas pour autant toute tracée.
Pour accéder à la tarodière de Mihiroa Ariitai, il faut s’aventurer au fond d’une vallée du quartier Lucky. À 40 ans, cette maman de deux enfants a passé la première partie de son enfance à Tubuai, avant de rejoindre Papara. D’une île à l’autre, l’agriculture constitue un héritage familial, mais sa voie professionnelle n’était pas pour autant toute tracée.
De mère en fille
“L’agriculture, ce n’était pas du tout ce que je voulais faire au départ ! J’ai suivi des études de secrétariat, puis j’ai enchaîné des emplois précaires”, confie Mihiroa Ariitai, qui a vécu la fin d’un énième contrat à durée déterminée et l’échec d’un concours comme un déclic. “L’autre raison qui m’a fait changer d’avis, c’est en voyant ma maman, un matin, dans son fa’a’apu : pourquoi aller chercher du travail ailleurs quand il y a de quoi faire ici ?” Elle a donc progressivement pris la suite de l’exploitation familiale, déjà spécialisée dans le taro. “J’ai commencé par une parcelle, puis ma maman m’a confié de plus en plus de terrain. Ce qui devait être un complément de revenu est devenu mon travail à temps plein.”
Pour amorcer cette reconversion, Mihiroa Ariitai s’est orientée en 2023 vers une formation à l’installation agricole dispensée par le Centre de formation professionnelle et de promotion agricoles (CFPPA) de Opunohu. “Pendant un an, j’ai eu des cours théoriques et des stages pratiques en lien avec mon projet. Ça m’a beaucoup aidée, car il ne s’agit pas que de planter et récolter : on apprend aussi la comptabilité, la gestion et la commercialisation”, explique-t-elle. Un volet administratif qui ne lui faisait pas vraiment peur, ayant déjà les bases du secrétariat en poche.
La récolte se fait à la force des bras.
Quinze variétés
Aujourd’hui, l’agricultrice exploite 8 000 à 9 000 m2 de terres marécageuses irriguées par plusieurs ruisseaux et des tranchées creusées autour de chaque parcelle ; un terrain particulièrement fertile pour les taros. Elle cultive une quinzaine de variétés. “Je plante selon la demande de la clientèle, mais j’essaie aussi de préserver des variétés qui se perdent. La majorité de ma production, c’est du taro rarotoa qui est apprécié pour son goût et sa texture. L’autre avantage, c’est qu’il est à maturité à sept mois, contre neuf mois en général. Je plante aussi du taro veo, manaura, iihi, tinito et d’autres variétés dédiées au concours de la foire agricole.” Succédant à son père spécialisé dans les ufi (ignames), Mihiroa Ariitai a participé à l’événement pour la première fois en 2025 avec deux collègues et l’un de ses frères.
Préparer le sol, réaliser les trous à l’aide d’une tarière, planter les rejets soigneusement conservés, désherber, récolter à la force des bras... La culture du taro n’est pas de tout repos. “Je plante en fonction de la lune. J’essaie de faire 1 000 plants par mois pour avoir une bonne rotation. L’année dernière, j’ai récolté une tonne de taro”, indique-t-elle. Un travail qu’elle réalise essentiellement seule, avec le soutien de son mari.
Produire et transformer
Reste une dernière étape cruciale : la vente. Mihiroa Ariitai commercialise très peu ses taros en l’état, “tā’amu”, c’est-à-dire simplement attachés en paquet. Elle mise sur l’agrotransformation, qui nécessite de passer par l’épluchage, la découpe, l’emballage et la congélation pour obtenir de précieux morceaux de taro prêts à cuire ; un domaine dans lequel elle a pu investir grâce au dispositif d’Insertion par la création ou la reprise d’activité (Icra) du Pays. Elle écoule les paquets de 1 kg à 1 200 francs et de 1,5 kg à 1 800 francs, sans difficulté. “C’est une plus-value sur le produit et aujourd’hui, c’est ce que beaucoup de gens demandent”, remarque-t-elle. Ses clients sont majoritairement des particuliers, mais elle fournit aussi deux établissements scolaires, un restaurant et depuis peu deux magasins de Papara. Elle ambitionne de développer ses points de vente autour de Tahiti, ainsi que ses produits.
Dans ce but, l’exploitante cherche à agrandir sa surface de culture, mais elle se heurte au manque de disponibilité foncière. “Il y a environ deux ans, j’ai fait une demande de lot agricole, car je n’ai plus de place. J’aimerais me diversifier avec du manioc, des patates douces et du gingembre, en restant dans les produits vivriers. J’ai eu un avis favorable, mais l’attribution est longue”, confie-t-elle. Si elle contribue à son échelle à nourrir la population, le chemin vers l’autonomie alimentaire est encore long et elle le mesure quotidiennement. “Aujourd’hui, c’est difficile d’inciter les jeunes à se tourner vers le secteur primaire. Et le foncier reste un frein avec les terres en indivision et le manque de lots agricoles. On ne produit pas assez de ma’a pour répondre à la demande : je commercialise à Tahiti, mais j’ai de la demande jusqu’aux Tuamotu et aux Marquises.”
“Force et amour”
Malgré ces obstacles, Mihiroa Ariitai chausse ses bottes d’agricultrice avec fierté : “Ce qui me motive, c’est que c’est un métier qui répond à un besoin. C’est dur, le taro en particulier, mais je trouve qu’on est de plus en plus de femmes à se lancer dans l’agriculture. C’est un métier et une passion dans lesquels je mets toute ma force et tout mon amour !” Elle a d’ailleurs choisi “Vahine taro” comme nom de marque et pseudonyme, un hommage à toutes les femmes qui ont osé se lancer dans des domaines où on ne les attendait pas.