Archives Tahiti Infos (Crédit photo Anne-Charlotte Lehartel)
Tahiti, le 29 juillet 2026 - Les démantèlements de trafics d’ice se multiplient ces derniers mois et n'épargnent pas les Îles Sous-le-Vent. Si certains élus, comme les tāvana de Tahaa et Raiatea, réclament un durcissement des peines, d'autres communes renforcent leurs actions de prévention pour éviter de nouveaux consommateurs. Centres d’accueil pour adolescents à Moorea, déploiement d’une équipe cynophile à Bora Bora, soirée de sensibilisation à Paea… les initiatives se multiplient.
L'ice. Près d’une personne sur six aurait déjà consommé cette drogue dure en Polynésie. Grâce aux moyens mit en œuvre contre le trafic, les opérations de démantèlement de réseaux se multiplient et les maires tirent la sonnette d’alarme.
Mardi, le tribunal de Papeete a condamné un habitant de Taha’a à trois ans de prison ferme pour trafic. Quelques jours plus tôt, c'est un habitant de Bora Bora qui écopait d'un an de prison ferme. Deux affaires, deux réponses judiciaires différentes, qui relancent le débat sur la répression du trafic. Pour les tāvana, la lutte contre l’ice ne peut pas reposer uniquement sur les sanctions. De Raiatea à Bora Bora, en passant par Moorea, Paea ou Punaauia, les communes développent chacune leur propre stratégie : le souhait de davantage de fermeté pour certaines, plus de moyens opérationnels pour d’autres, et surtout un renforcement de la prévention.
L'ice. Près d’une personne sur six aurait déjà consommé cette drogue dure en Polynésie. Grâce aux moyens mit en œuvre contre le trafic, les opérations de démantèlement de réseaux se multiplient et les maires tirent la sonnette d’alarme.
Mardi, le tribunal de Papeete a condamné un habitant de Taha’a à trois ans de prison ferme pour trafic. Quelques jours plus tôt, c'est un habitant de Bora Bora qui écopait d'un an de prison ferme. Deux affaires, deux réponses judiciaires différentes, qui relancent le débat sur la répression du trafic. Pour les tāvana, la lutte contre l’ice ne peut pas reposer uniquement sur les sanctions. De Raiatea à Bora Bora, en passant par Moorea, Paea ou Punaauia, les communes développent chacune leur propre stratégie : le souhait de davantage de fermeté pour certaines, plus de moyens opérationnels pour d’autres, et surtout un renforcement de la prévention.
Un plan de lutte à Tahaa
À Taha’a, il s’agit d’une toute première implication dans un trafic de stupéfiants ou cette drogue commence seulement à faire son apparition. Pour le maire Martial Teroroiria, “beaucoup de craintes” entourent ce phénomène émergent sur l’île. La commune a récemment pris contact avec l’association de lutte contre l’ice basée à Tahiti. Dans les prochains jours, une première action doit être mise en place avec la population, les associations, mais aussi le milieu religieux, indique le tāvana. Des groupes de travail dans les huit communes de l’île sont également envisagés, avec la désignation d’un référent dans chacune d’entre elle.
Le maire souhaite aussi aller directement sur le terrain, notamment auprès des jeunes dans les établissements scolaires. “L’ice peut toucher tout le monde”, alerte le maire de cette île de 5 000 âmes.“C’est très inquiétant et on attend des sanctions”, dit-il.
Raiatea réclame des peines plus lourdes
Même détermination à Raiatea, où plusieurs affaires de trafic ont récemment été mises au jour. Le tāvana Matahi Brotherson estime que la réponse pénale actuelle n’est pas à la hauteur de l’ampleur du phénomène. Pour le maire, c’est notamment le manque de cohérence entre certaines décisions de justice qui pose question.
Il évoque notamment une affaire récemment jugée où un homme a été condamné à un an de prison ferme, après la découverte de 27 grammes d’ice à Bora Bora. “Il faut des peines plus fortes. Sept ans au minimum. Ce n’est pas possible de prendre seulement un an alors qu’on est pris sur le fait”, estime-t-il. Pour lui, la lutte contre l’ice ne pourra être pleinement efficace sans un durcissement des sanctions : “Si les trafiquants ne prennent qu’un an, ils vont recommencer.” L’édile s’inquiète également de voir des consommateurs de plus en plus jeunes, y compris des mineurs, touchés par le phénomène.
Bora Bora mise sur le renforcement des moyens
À Bora Bora, la commune a choisi une autre approche : renforcer ses moyens opérationnels tout en développant la prévention. Le tāvana Gaston Tong Sang rappelle que la commune a engagé depuis plusieurs années une stratégie globale sur trois axes : la coordination des acteurs, le renforcement des moyens et la prévention.
Créé en 2019, le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) réunit les services de l’État, la justice, la gendarmerie, la police municipale, les établissements scolaires, les associations et les représentants religieux.
Face à l’évolution des conduites addictives, cette mobilisation s’est renforcée en 2025 avec la création de l’association Tauoi, dédiée à la prévention et à l’accompagnement des personnes confrontées aux addictions.
Sur le terrain, la commune met également en avant sa brigade cynophile municipale. Un investissement de plus de 26 millions de francs en 2025, destiné à renforcer les capacités d’intervention de la police municipale grâce à des chiens spécialisés dans la détection de stupéfiants.
Pour Gaston Tong Sang, la lutte contre l’ice passe par une coopération étroite entre les communes et l’État. “Il faut maintenir et renforcer les moyens disponibles face à un phénomène qui touche désormais tout le territoire”, estime-t-il.
Moorea mise sur l’accompagnement des jeunes
À Moorea, la municipalité fait le choix d’agir en amont, avec une politique tournée vers la prévention et l’accompagnement des jeunes. “On a fait beaucoup de ‘one shot’, mais on se rend compte que ça ne marche pas. Là, on va miser sur une immersion de deux semaines avec des encadrants”, informe Hugo Tavaitai, chef du service Prévention, Sécurité et Santé de la commune. Le projet en question : la création de deux centres d’accueil destinés à recevoir 60 enfants pendant 14 jours, avec des encadrants et des ateliers. Encadrés par des accompagnateurs, les jeunes pourront participer à différents ateliers dans un cadre sécurisé. Le dispositif représente un budget estimé à 14 millions de francs.
En novembre 2025, une grande marche citoyenne contre l’ice et les violences avait déjà réuni les habitants dans les îles et également à Papeete ou 7 000 personnes avaient participé. À Moorea, l’Église protestante mā’ohi en partenariat avec la commune, les confessions religieuses et les associations de l’île, avaient sensibilisé les familles et rappelé l’importance de protéger les jeunes face aux addictions. Cette démarche s’inscrit dans le travail du CLSPD de Moorea, qui développe régulièrement des actions auprès des scolaires.
À Huahine, où l’ice a également gagné du terrain ces dernières années, le maire Marcelin Lisan n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.
Et à Tahiti ?
À Paea, la municipalité mise également sur la prévention et le dialogue avec la population. Ce vendredi 31 juillet, une soirée consacrée aux conduites addictives est organisée avec la projection de plusieurs courts-métrages autour de l’ice. L’objectif : informer, ouvrir le débat et présenter les dispositifs d’accompagnement existants.
Au programme notamment : le clip “Garde ton smile, dis non à l’ICE” avec DJ Nash, les courts-métrages “No Ice” réalisés dans le cadre de la campagne de la Direction de la santé, ainsi que le film “Iceberg” réalisé par les étudiants de l’Isepp.
Pour la mairesse Tepuaraurii Teriitahi, récemment installée à la tête de la commune, la réponse ne peut pas se limiter à la répression. La commune espère réunir 400 personnes, notamment des jeunes issus des quartiers prioritaires. L’objectif est aussi de “mettre des images fortes” pour sensibiliser autrement aux conséquences de l’ice.
Au-delà de cette soirée, Paea lutte contre l’oisiveté des jeunes et veut leur redonner confiance. Une action communautaire est prévue le 8 août afin de construire, avec les acteurs locaux, un programme d’activités pour l’année à venir : sorties hors de la commune, découvertes des institutions ou encore actions collectives.
Coordination et surveillance
À Punaauia, la commune a également choisi de renforcer son dispositif de prévention. L’adjoint au maire chargé de la sécurité des biens, des personnes et de la prévention de la délinquance, Yann Leu, a relancé le CLSPD afin d’améliorer la coordination entre les services de l’État, les forces de l’ordre, les associations et les professionnels de santé.
La commune multiplie les actions de terrain, notamment auprès des jeunes. “On organise des ateliers dans les quartiers, des actions dans les écoles tous les mois”, détaille l’élu.
La prévention passe aussi par le renforcement des moyens de surveillance. Punaauia dispose aujourd’hui d’un réseau de 55 caméras de vidéoprotection actives et a renforcé ses effectifs de police municipale avec 12 agents supplémentaires depuis 2023.
“Cela permet de voir ce qui peut se produire sur notre commune”, souligne Yann Leu.
Comme à Raiatea, où un projet de vidéoprotection doit encore être validé avec une première tranche d’environ 18 caméras, Punaauia considère ces outils comme un complément à la prévention et à la présence humaine sur le terrain.
Ces investissements sont souvent accompagnés par des financements de l’État, via la Dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR) ou le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD), qui soutient notamment certains projets de vidéoprotection.
La commune multiplie les actions de terrain, notamment auprès des jeunes. “On organise des ateliers dans les quartiers, des actions dans les écoles tous les mois”, détaille l’élu.
La prévention passe aussi par le renforcement des moyens de surveillance. Punaauia dispose aujourd’hui d’un réseau de 55 caméras de vidéoprotection actives et a renforcé ses effectifs de police municipale avec 12 agents supplémentaires depuis 2023.
“Cela permet de voir ce qui peut se produire sur notre commune”, souligne Yann Leu.
Comme à Raiatea, où un projet de vidéoprotection doit encore être validé avec une première tranche d’environ 18 caméras, Punaauia considère ces outils comme un complément à la prévention et à la présence humaine sur le terrain.
Ces investissements sont souvent accompagnés par des financements de l’État, via la Dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR) ou le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD), qui soutient notamment certains projets de vidéoprotection.
Les CLSPD dans les communes
Créés par la loi, les Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) sont des instances de concertation qui permettent aux communes de coordonner les actions de prévention sur leur territoire.
Présidés par les maires, ils réunissent différents acteurs : services de l’État, forces de l’ordre, justice, établissements scolaires, travailleurs sociaux, professionnels de santé et associations.
Leur objectif : identifier les problématiques locales, partager les constats et construire des réponses communes. Dans la lutte contre l’ice et les addictions, les CLSPD permettent notamment de coordonner les actions de sensibilisation auprès des jeunes, le soutien aux familles, les interventions en milieu scolaire et le travail avec les associations spécialisées.
Présidés par les maires, ils réunissent différents acteurs : services de l’État, forces de l’ordre, justice, établissements scolaires, travailleurs sociaux, professionnels de santé et associations.
Leur objectif : identifier les problématiques locales, partager les constats et construire des réponses communes. Dans la lutte contre l’ice et les addictions, les CLSPD permettent notamment de coordonner les actions de sensibilisation auprès des jeunes, le soutien aux familles, les interventions en milieu scolaire et le travail avec les associations spécialisées.