​Décolonisation : Oscar Temaru veut faire “front commun”


Le Metua rêve d’unité à l’approche de la prochaine réunion de la quatrième commission de l’ONU, en charge des questions politiques liées à la décolonisation (Crédit : archive).
Tahiti, le 25 juin 2026 - Malgré sa convalescence, Oscar Temaru poursuit son combat en faveur de la décolonisation. Dans un long communiqué, le leader indépendantiste lance un appel à “toute notre population” et aux “vrais partis politiques (...) représentés de longue date au sein de notre assemblée” à s’unir en faveur de l’ouverture du dialogue de décolonisation lors de la quatrième commission de l’Organisation des Nations unies (ONU), en octobre prochain. Un vœu pieux qui exclut le groupe émergeant A Fano Ti’a, tandis que l’État en prend pour son grade.
 

Dans un communiqué transmis mercredi soir, le président-fondateur du Tavini Huira’atira reprend la plume quelques jours après avoir “fustigé” la création du nouveau parti politique A Fano Ti’a par le président du Pays, Moetai Brotherson, et “plaidé” en faveur de l’unité autour du président de l’assemblée de la Polynésie française, Antony Géros. En convalescence, il adresse ses remerciements au personnel médical et aux nombreux soutiens qui lui sont parvenus, y compris des confessions religieuses, dont l’Église protestante mā’ohi.
 

​L’État harponné


Mais pour Oscar Temaru, le combat historique du parti en faveur de la décolonisation continue. Dans une lettre de trois pages, le leader indépendantiste de 82 ans s’adresse “à toutes les formations politiques représentées de longue date au sein de notre assemblée”, excluant de fait le groupe émergeant des indépendantistes modérés, et “à toute notre population et ses différentes sensibilités”. La “puissance administrante”, c’est-à-dire l’État, en prend pour son grade : Oscar Temaru dénonce “certaines manœuvres”, comme la “démultiplication” des instruments financiers, des conventions État-Pays “de plus en plus nombreuses” ou encore des opérations militaires “récurrentes”. Oscar Temaru y voit un “activisme de l’État” qui maintient “un statut quo” dans la région Pacifique. “Ces mesures ne prennent pas en considération les aspirations profondes de notre population”, estime-t-il, mettant à nouveau en avant le “droit de souveraineté” de Ma’ohi Nui sur “ses richesses naturelles” sous-marines, maritimes, terrestres et aériennes, voire “extra-atmosphériques” et “atmosphériques”.
 
Pour le président du Tavini, “tout cela était bien connu d’avance”. Il se remémore une rencontre en 1996 avec le président américain Bill Clinton, “un des grands leaders partisans du Monde Libre”, en compagnie du militant anti-nucléaire Eni Faleoma Vaega, suite à leur interpellation par les autorités françaises dans le cadre d’un déplacement à Moruroa pour une protestation pacifique contre la reprise des essais nucléaires avec des militants de Greenpeace à bord du Rainbow Warrior II, en septembre 1995. Cette rencontre avait été l’occasion d’aborder “le rôle crucial qu’allait jouer la région Pacifique au XXIe siècle”. “Le président Clinton m’a encouragé à poursuivre mes démarches pour l’émancipation du peuple polynésien”, affirme Oscar Temaru, qui évoque aussi une “mise en garde (...) eu égard aux enjeux liés à nos ressources naturelles et surtout à la géopolitique forgée autour de la possession des ressources sous-marines et des terres rares (métaux utiles à diverses technologies, NDLR).
 
Autre souvenir convoqué par le chef du parti bleu ciel : le cyclone Veena d’avril 1983, qui avait dévasté de nombreuses maisons, les réseaux d’eau et d’électricité et les exploitations agricoles. Oscar Temaru déplore avoir obtenu une possibilité de secours plus rapide de la part de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, mais l’État aurait privilégié l’aide de Paris.
 

​Les “vrais” partis politiques


Au terme de son argumentation, le président du Tavini Huira’atira appelle “les vrais partis politiques de notre assemblée à faire front commun”, ainsi que “la population de Ma’ohi Nui, de toutes origines confondues, à s’engager pour promouvoir, sous l’égide de l’ONU, un réel processus pacifique de décolonisation”. À la façon d’un testament, il accorde sa confiance à Antony Géros pour “coordonner ce mouvement”. La réinscription par l’ONU de la Polynésie française sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser remonte au 17 mai 2013. “Cette inertie perdure depuis treize ans”, constate Oscar Temaru, qui reste déterminé à “briser cette offense” et à “nous libérer de cette aberration néocoloniale”.
 
Sa volonté est la suivante : “Celle d’une plateforme unifiée représentative de tous les grands partis siégeant dans l’hémicycle de l’assemblée de la Polynésie française” pour “l’ouverture du dialogue de décolonisation” lors de la réunion de la quatrième commission de l’ONU chargée des questions politiques spéciales de la décolonisation, en octobre prochain. Pas sûr que ce message “transpartisan historique” fasse écho dans le camp autonomiste... à l'approche de la fête de l’Autonomie, dont le jour férié a été rayé du calendrier. En mai 2025, le Tapura Huira’atira avait plaidé en faveur de son propre point de vue devant le comité de décolonisation réuni au Timor oriental.
 

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Jeudi 25 Juin 2026 à 13:09 | Lu 783 fois