Tahiti, le 19 février 2026 - Déjà autrices d’une étude menée en 2019 en Polynésie française sur la consommation et la circulation de l’ice, Alice Valiergue, docteure en science politique, et Alice Simon, docteure en sociologie, publient, en compagnie d’Henri Bergeron, directeur de recherche au CNRS, un nouvel ouvrage intitulé Sous emprises. Méthamphétamine et inégalités sociales en Polynésie française aux éditions du Croquant. Un livre coup de poing qui démonte l’absence de politique sanitaire et sociale efficace au Fenua, tous gouvernements confondus.
Depuis vingt ans maintenant, l’ice détruit des vies, des familles et exacerbe les conflits sociaux en Polynésie française. Rares sont les journées au tribunal où un dossier concernant l’ice n’est pas étudié. Derrière le fléau des violences intrafamiliales, la consommation de stupéfiants, et d’ice en particulier, gangrène la société, remplit les prisons et les lits d’hôpitaux.
Alice Valiergue, docteure en science politique, et Alice Simon, docteure en sociologie, ont déjà publié une première étude en 2019 intitulée L’ice en Polynésie française : une enquête de terrain sur le trafic, la consommation et les politiques publiques. En ce début d’année 2026, elles publient un ouvrage complémentaire sur le sujet, en compagnie d’Henri Bergeron, directeur de recherche au CNRS, qui revient sur les causes et les conséquences de ce trafic, avec un œil critique sur la gestion du problème par le Pays. 107 entretiens ont été réalisés avec des professionnels et acteurs associatifs pour mener cette enquête.
Depuis vingt ans maintenant, l’ice détruit des vies, des familles et exacerbe les conflits sociaux en Polynésie française. Rares sont les journées au tribunal où un dossier concernant l’ice n’est pas étudié. Derrière le fléau des violences intrafamiliales, la consommation de stupéfiants, et d’ice en particulier, gangrène la société, remplit les prisons et les lits d’hôpitaux.
Alice Valiergue, docteure en science politique, et Alice Simon, docteure en sociologie, ont déjà publié une première étude en 2019 intitulée L’ice en Polynésie française : une enquête de terrain sur le trafic, la consommation et les politiques publiques. En ce début d’année 2026, elles publient un ouvrage complémentaire sur le sujet, en compagnie d’Henri Bergeron, directeur de recherche au CNRS, qui revient sur les causes et les conséquences de ce trafic, avec un œil critique sur la gestion du problème par le Pays. 107 entretiens ont été réalisés avec des professionnels et acteurs associatifs pour mener cette enquête.
Politique sociale de l’autruche
Vingt ans que le Pays fait l’autruche au sujet de la gestion du trafic d’ice en Polynésie française. Le statut d’autonomie et la répartition des compétences entre communes, État et Pays embarrasse autant qu’il permet de trouver des excuses à l’inaction.
Le livre d’Alice Valiergue, Alice Simon et Henri Bergeron a en cela l’avantage d’être déconnecté de chacune de ces trois entités. “Si l’ice est désormais devenue un sujet central de la scène politique polynésienne, cet ouvrage montre que les politiques publiques actuelles, centrées sur la répression, ne permettent pas, comme c’est le cas dans un grand nombre de pays, de répondre aux problèmes révélés par la consommation et le trafic d’ice”, annonce l’introduction du livre. “Dans un contexte où les inégalités sociales sont particulièrement fortes et où l’État providence est quasi-inexistant, le problème de l’ice est un puissant révélateur des conditions de vie d’une partie de la population des Outre-mer français, qui subissent les coûts du manque d’accès aux services publics. (…) À la différence de la plupart des pays et de la France hexagonale, le sujet est uniquement traité comme un problème de délinquance et la réponse publique est centrée sur la répression, au détriment de la mise en place d’une politique sociale et de santé publique.”
Le ton est donné et si les deux premiers chapitres du livre reviennent sur l’arrivée et l’implantation de l'ice au Fenua, le dernier chapitre interpelle par sa clairvoyance. “Les dispositifs de prévention, de soin, de réinsertion, d’aide pour les proches, etc. sur lesquels les consommateurs peuvent s’appuyer sont dans l’ensemble très insuffisants pour faire face à l’ampleur du phénomène”, expliquent les auteurs dans leur analyse. Si le manque d’infrastructure est patent pour gérer le problème, une autre attitude est aussi mise en avant. “Si la rareté des structures de soin et leur concentration dans la zone urbaine de Tahiti représentent un frein à la prise en charge des consommateurs, la culture somatique, c’est-à-dire le rapport à la santé et au soin, tendanciellement plus centré sur le corps souffrant et ses symptômes dans les milieux populaires (Boltanski, 1971) contribue également à l’isolement des plus précaires d’entre eux.”
Le livre d’Alice Valiergue, Alice Simon et Henri Bergeron a en cela l’avantage d’être déconnecté de chacune de ces trois entités. “Si l’ice est désormais devenue un sujet central de la scène politique polynésienne, cet ouvrage montre que les politiques publiques actuelles, centrées sur la répression, ne permettent pas, comme c’est le cas dans un grand nombre de pays, de répondre aux problèmes révélés par la consommation et le trafic d’ice”, annonce l’introduction du livre. “Dans un contexte où les inégalités sociales sont particulièrement fortes et où l’État providence est quasi-inexistant, le problème de l’ice est un puissant révélateur des conditions de vie d’une partie de la population des Outre-mer français, qui subissent les coûts du manque d’accès aux services publics. (…) À la différence de la plupart des pays et de la France hexagonale, le sujet est uniquement traité comme un problème de délinquance et la réponse publique est centrée sur la répression, au détriment de la mise en place d’une politique sociale et de santé publique.”
Le ton est donné et si les deux premiers chapitres du livre reviennent sur l’arrivée et l’implantation de l'ice au Fenua, le dernier chapitre interpelle par sa clairvoyance. “Les dispositifs de prévention, de soin, de réinsertion, d’aide pour les proches, etc. sur lesquels les consommateurs peuvent s’appuyer sont dans l’ensemble très insuffisants pour faire face à l’ampleur du phénomène”, expliquent les auteurs dans leur analyse. Si le manque d’infrastructure est patent pour gérer le problème, une autre attitude est aussi mise en avant. “Si la rareté des structures de soin et leur concentration dans la zone urbaine de Tahiti représentent un frein à la prise en charge des consommateurs, la culture somatique, c’est-à-dire le rapport à la santé et au soin, tendanciellement plus centré sur le corps souffrant et ses symptômes dans les milieux populaires (Boltanski, 1971) contribue également à l’isolement des plus précaires d’entre eux.”
Autonomie et indépendance polluent les actions
De la même façon que la guerre de dix ans entre autonomistes et indépendantistes à l’assemblée a mis par terre tout un pan de l’économie locale de 2004 à 2014, bien aidée par la crise mondiale de 2008, cette guerre qui a donné naissance à 13 gouvernements n’a pas aidé à prendre le temps de s’occuper des vrais problèmes de société. Les associations Vivre sans drogue et No ice sont restées inaudibles et “les élites politiques locales rechignent à s’emparer des questions relatives aux conditions de vie des Polynésiens, dont celles des usages nocifs de drogues et des addictions, à l’ice en particulier”, notent les auteurs.
Faute d’action pédagogique du Pays, c’est l’État et surtout la justice qui a pris le relais. Un relais forcément répressif. La ministre des Outre-mer entre 2017 et 2020, Annick Girardin, déclare à l’époque entrer “en guerre contre l’ice”, expliquent les auteurs. La seule politique menée alors consiste à “dissuader par la menace de la sanction en informant la population sur les saisies de biens encourues dans le cas d’une condamnation pour trafic”… Comme aujourd’hui finalement.
Faute d’action pédagogique du Pays, c’est l’État et surtout la justice qui a pris le relais. Un relais forcément répressif. La ministre des Outre-mer entre 2017 et 2020, Annick Girardin, déclare à l’époque entrer “en guerre contre l’ice”, expliquent les auteurs. La seule politique menée alors consiste à “dissuader par la menace de la sanction en informant la population sur les saisies de biens encourues dans le cas d’une condamnation pour trafic”… Comme aujourd’hui finalement.
L’inaction, peu importe le gouvernement
“Aborder le sujet sous cet angle (une vraie politique sanitaire et sociale, NDLR) serait pour les élus polynésiens la reconnaissance de l’échec de leur politique de santé et sociale actuelle ; pour les représentants de l’État, cela reviendrait à reconnaître l’importance des inégalités en termes de conditions de vie et d’accès au soin entre citoyens polynésiens et citoyens de la France hexagonale”, sanctionnent les auteurs qui concluent : “La persistance d’un unique cadrage répressif du problème de l’ice profite aux élus polynésiens, qui ne sont pas mis en cause pour les défaillances de leur politique sociale et de santé publique et aux représentants de l’État qui peuvent ainsi mettre en avant le travail des services de l’ordre.”
Le livre de 96 pages, documenté sur les conditions d’arrivée et d’implantation de l’ice dans la société polynésienne, termine son récit avec force et secoue les politiques. “Force est de constater que l’élection de Moetai Brotherson (…) n’a pas fondamentalement modifié ni les politiques sociales et sanitaires, ni le cadrage du problème des drogues par rapport à ce qu’on observait lorsque Édouard Fritch était au pouvoir. L’élection de Moetai Brotherson a en revanche remis le sujet de l’indépendance au centre de l’agenda médiatique national et polynésien. (…) Les changements opérés au sein des administrations sont davantage liés à des enjeux de pouvoir qu’à une nouvelle politique sociale qui viserait l’amélioration des conditions de vie des Polynésiens. (…) L’arrivée au pouvoir du parti indépendantiste n’aura donc pas permis d’imposer – ni même d’amorcer – la concurrence du cadrage répressif du problème de l’ice par une lecture sociale et sanitaire, pourtant seule à même de répondre aux causes structurelles des addictions – à l’ice, mais aussi au cannabis ou à l’alcool.”
Le livre de 96 pages, documenté sur les conditions d’arrivée et d’implantation de l’ice dans la société polynésienne, termine son récit avec force et secoue les politiques. “Force est de constater que l’élection de Moetai Brotherson (…) n’a pas fondamentalement modifié ni les politiques sociales et sanitaires, ni le cadrage du problème des drogues par rapport à ce qu’on observait lorsque Édouard Fritch était au pouvoir. L’élection de Moetai Brotherson a en revanche remis le sujet de l’indépendance au centre de l’agenda médiatique national et polynésien. (…) Les changements opérés au sein des administrations sont davantage liés à des enjeux de pouvoir qu’à une nouvelle politique sociale qui viserait l’amélioration des conditions de vie des Polynésiens. (…) L’arrivée au pouvoir du parti indépendantiste n’aura donc pas permis d’imposer – ni même d’amorcer – la concurrence du cadrage répressif du problème de l’ice par une lecture sociale et sanitaire, pourtant seule à même de répondre aux causes structurelles des addictions – à l’ice, mais aussi au cannabis ou à l’alcool.”