​Autisme : la Polynésie se dote d'un plan d’action


©Présidence
Tahiti, le 12 août 2026 - Après dix mois de concertation et d’état des lieux, le gouvernement présente son premier plan d’action consacré à l’autisme. Objectif : mieux informer, former davantage les professionnels, améliorer la prise en charge et surtout renforcer la coordination entre les différents acteurs.
 
Les chiffres de l’autisme permettent aujourd'hui de mesurer l’ampleur des besoins... Une étude réalisée durant dix mois recense 508 mineurs suivis par les structures publiques spécialisées. Elle avance également une estimation indicative d’environ 820 jeunes de moins de 20 ans potentiellement concernés.
 
Pour Nathalie Salmon-Hudry, déléguée interministérielle au Handicap et à l’Inclusion, les familles sont confrontées à un parcours du combattant. Elle raconte avoir reçu dans son bureau plusieurs parents venus parler de leur enfant atteint d’un trouble du spectre autistique (TSA). Des parents qu’elle décrit comme “démunis”, certains arrivant en larmes avec la même question : “Comment agir ?”
 
Communication, formation, inclusion scolaire, accès aux soins et accompagnement des familles... Autant d'objectifs du nouveau plan d’action du gouvernement consacré à l’autisme pour aider ces parents à répondre à cette question. Il s’agit de “mieux coordonner les dispositifs et les adapter aux besoins des jeunes âgés de moins de 20 ans avec un trouble du spectre de l’autisme”. “Ce handicap évolue et il faut adapter les mesures mises en œuvre”, posent comme première pierre les différents ministres ce mercredi lors de la conférence de presse organisée à la présidence.

​ Santé, éducation, emploi

 
Après l'enjeu de la détection d’un TSA vient celui de l’inclusion scolaire. En Polynésie française, 154 accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH), soit 143 équivalents temps plein, interviennent actuellement auprès des élèves en milieu scolaire. Depuis l’an dernier, une unité d’enseignement autisme (UEEA) a notamment ouvert à Paea. Elle accueille dix enfants, qui partagent leur temps entre le milieu scolaire et un accompagnement médico-social. Le dispositif affiche déjà complet.
 
“On fait le pari d’inclure les élèves dans les classes, parmi les autres enfants”, explique Emmanuelle Prelois, inspectrice de l’Éducation nationale. Mais cette inclusion ne peut pas être pensée de la même manière pour tous. Le spectre de l’autisme recouvre des situations très différentes, allant de jeunes ayant besoin d’un plateau technique médico-social important à ceux qui peuvent suivre une scolarité ordinaire avec peu ou pas d’accompagnement.
 
Du côté de la santé, la ministre souhaite revoir les aides à la prise en charge et renforcer l’intégration du TSA au sein du pôle de santé mentale, avec notamment des psychiatres formés à l’autisme.

​ Et dans les îles?


La question de l’accès aux soins se pose avec encore plus d’acuité dans les îles éloignées. La télémédecine fait partie des pistes envisagées, avec la nécessité de former les professionnels à la téléconsultation.
 
Le manque de personnel et le turn-over constituent également des difficultés récurrentes. La ministre de l’Emploi, Vannina Crolas, évoque la mise en place de formations avec “un retour au Fenua obligatoire”.
 
Pour le gouvernement, l’un des principaux enseignements de ces dix mois de travail reste la nécessité de mieux faire travailler ensemble les institutions, les professionnels, les associations et surtout les familles. L'épisode survenu ce mardi à Moorea l’a encore illustré. À Teavaro, le nom d’un garçon présentant un trouble du spectre de l’autisme ne figurait pas sur les listes de rentrée. Après un message largement relayé sur les réseaux sociaux, la situation s’est débloquée et l’enfant a finalement pu faire sa rentrée ce mercredi.
 
Ce premier plan 2026-2029 s’inscrit dans une volonté plus large de prise en compte des handicaps et troubles invisibles. D’autres plans d’action pourraient suivre, notamment autour du trouble de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), des troubles spécifiques du langage et des troubles du neurodéveloppement.
  
Pratique : La présentation officielle du plan autisme 2026-2029 est prévue vendredi 14 août, à 8 heures, à la présidence de la Polynésie française. Elle réunira les services du Pays, les professionnels, les associations et les familles concernées. Le grand public est également invité.

INTERVIEW : Emmanuelle Prelois, inspectrice de l’Éducation nationale : “La coordination, c’est pour moi vraiment le point fort”

Le choix du gouvernement est-il de privilégier l’inclusion plutôt que de développer les places en institut d’insertion médico-éducatif (IIME) ?
“Oui. Il y a deux IIME sur le territoire et nous faisons plutôt le pari d’inclure les élèves dans les classes, parmi les autres enfants. Mais l’image du spectre est importante parce qu’elle correspond à la grande diversité des situations. Certains jeunes ont besoin d’un établissement médico-social avec un plateau technique et la présence régulière d’éducateurs, d’ergothérapeutes ou d’orthophonistes. D’autres peuvent être scolarisés en milieu ordinaire avec un accompagnement adapté.”
 
Une unité d'enseignement élémentaire autisme (UEEA), autrement dit une classe spécialisée implantée au sein d'une école ordinaire, a justement ouvert l’an dernier. Comment fonctionne-t-elle ?
“L’UEEA de Paea accueille dix enfants. Ils partagent leur temps entre le milieu scolaire et le dispositif spécialisé. C’est une réponse pour des enfants qui ont encore besoin d’un plateau technique important mais qui commencent déjà à être en milieu scolaire.”
 
Peut-elle être étendue ?
“Oui, si les besoins augmentent. La commission chargée d’évaluer les situations notifie les besoins des élèves. Aujourd’hui, environ dix élèves sont notifiés pour l’UEEA. Si demain nous en avons quinze ou seize, il faudra réfléchir à la création d’un autre dispositif. Mais cela prend du temps : il faut travailler avec les professionnels spécialisés, trouver un lieu, éventuellement une école et associer la mairie. La mise en place peut prendre environ un an.”
 
La formation des enseignants et des accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) fait-elle partie des enjeux du plan ?
“Oui. Il existe déjà des formations et un accompagnement par des enseignants itinérants spécialisés dans l’autisme, qui interviennent régulièrement dans les écoles pour travailler avec l’élève, l’enseignant et l’AESH. Mais certaines formations restent aujourd’hui organisées de manière ponctuelle ou sur la base du volontariat. Le plan doit permettre de mettre les choses à plat et de voir ce que l’on souhaite généraliser.”
 
Qu’est-ce que ce plan vous inspire de bon?
“Je suis vraiment contente de la concertation et de la coordination. La coordination, c’est pour moi vraiment le point fort. ”

Rédigé par Violaine Broquet le Mercredi 12 Aout 2026 à 19:34 | Lu 371 fois